Semaine du 5 au 11 septembre 2018 - Numéro 1240
La simplicité dans la vie et dans la mort
  A l’occasion de la mort du grand écrivain Hanna Mina, Al-Ahram Hebdo republie la traduction d’un extrait de son roman Al-Zeëb Al-Assouad (le loup noir), paru en 2005. Une métaphore poétique de la corruption qui dévore toute une société.
La simplicité dans la vie et dans la mort
Dina Kabil05-09-2018

Les médias ont annoncé, le 21 août dernier, le décès de l’écrivain syrien Hanna Mina. Le père du roman moderne dans son pays avait écrit, en 2008, à son épouse et à sa famille: « Je suis Hanna ben Sélim Hanna Mina, ma mère est Mariana Mikhail Zekour. Né en 1924 à Lattaquié, j’écris mon testament en pleine possession de mes capacités mentales. J’ai eu une longévité remarquable, à tel point que je crains de ne pas rencontrer la mort. Ayant été satisfait du monde, je crois profondément que chaque vie a un destin ».

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Mort à l’âge de 94 ans, Mina a eu une vie tourmentée et marquée par la souffrance. « Je suis né au sein de la souffrance, je l’ai vaincue et c’est une grâce », dit-il dans son testament. L’écrivain a sans aucun doute dû voir beaucoup de choses— des apparences factices, de l’hypocrisie après la mort, des rapports de force au sein de l’intelligentsia et au sein des familles mêmes— pour qu’il opte pour une fin sobre, sans bruit.

Ainsi écrit-il dans ce même testament: « Juste après mon dernier souffle, j’espère et insiste sur le fait que la nouvelle de ma mort ne soit pas diffusée dans tous les médias, lisibles, audio ou visuels. Je suis simple dans ma vie et je veux l’être dans ma mort. Je n’ai pas de famille, parce que ma famille n’a pas reconnu qui je suis de mon vivant, alors ce n’est pas juste de me pleurer lorsqu’ils reconnaîtront ma valeur après que j’aurai quitté cette vie éphémère ». Ce long testament a été, entièrement ou en parties, rapporté à maintes reprises par les médias, comme une sorte d’excuse de ne pas pouvoir répondre à la demande du grand écrivain.

Le long parcours de Hanna Mina est aussi marqué par le militantisme. A l’âge de 12 ans, il s’engage dans la lutte contre le protectorat français. Il quitte l’école après avoir obtenu le diplôme d’école primaire pour faire de petits boulots. Il devient ainsi manoeuvrier dans un port, marin, réparateur de bicyclettes, employé dans une pharmacie, barbier, écrivain de scénarios pour des séries radiophoniques et télévisées, puis employé dans l’administration. Son combat contre l’oppression et l’injustice a toujours été en profond rapport avec l’écriture. Il rédigeait les lettres des habitants de son quartier, surtout des pétitions contre le gouvernement. Et il n’a pas tardé à payer son engagement par la prison.

Mina ne commence à publier qu’à l’âge de 40 ans. Son univers romanesque se caractérise par le réalisme. Ecrivain prolifique, il est l’auteur d’une quarantaine d’ouvrages, son oeuvre s’inspirant largement de l’univers de la mer et de sa ville natale, la cité côtière de Lattaquié. Son premier roman s’intitule Al-Massabih Al-Zorq (les lanternes bleues). Plusieurs de ses romans ont été traduits en français, dont Al-Chams Fi Yom Gheim (soleil en instance, traduction Abdellatif Laâbi, Paris: Unesco/Editions Silex, 1986).

Al-Ahram Hebdo avait publié la traduction de l’extrait ci-dessous de son roman Al-Zeëb Al-Asouad (le loup noir) à l’occasion de sa participation à la conférence de l’Union des écrivains égyptiens en 2005 et de son obtention du prestigieux prix Naguib Mahfouz, décerné en Egypte par l’Union.




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