Semaine du 5 au 11 septembre 2018 - Numéro 1240
Les débris, témoins du patrimoine
  De nombreux objets antiques du Musée d’art islamique du Caire ont été endommagés lors de l’explosion d’une voiture piégée près du bâtiment en 2014. Aujourd’hui, le musée organise une exposition temporaire pour en présenter les travaux de restauration.
L’une des pièces endommagées en 2014.
L’une des pièces endommagées en 2014. (Photo: Bassam Al-Zoghby)
Nasma Réda05-09-2018

« Foutat Al-Torass » (les débris du patrimoine) est une exposition temporaire tenue dans la salle numéro 1 du Musée d’art islamique, dans le quartier de Bab Al-Khalq, au Caire. Inaugurée le 11 août dernier, elle durera jusqu’au 11 septembre. On peut y voir des pièces gravement endommagées suite à la forte explosion d’une voiture piégée devant la préfecture de police du Caire, située juste en face du musée, en janvier 2014. L’exposition renferme aussi des photos et un film documentaire illustrant les différentes phases de la restauration du musée, autant à l’intérieur qu’à l’extérieur du bâtiment antique.

Les pièces exposées ont été restaurées, sont en cours de restauration ou sont présentées quasi détruites. « Cette exposition documente l’une des phases critiques de l’histoire de ce musée, quiabrite la plus grande collection de pièces d’art islamique au monde, avec un total de 100000 pièces antiques rares », a déclaré Mamdouh Osman, directeur du Musée d’art islamique, dans son discours lors de l’inauguration de l’exposition.

« Tout de suite après l’explosion, nous avons entrepris la restauration des pièces avec une équipe de 25 spécialistes », se souvient Hamdi Abdel-Moneim, chef des laboratoires de restauration du Musée d’art islamique, indiquant qu’au départ, cette équipe avait estimé le nombre de pièces détruites à 179, puis ce nombre était monté à 200 pièces antiques. « Au cours d’un an et demi de travail, les restaurateurs ont pu sauver 170 pièces », dit Abdel-Moneim. Et d’ajouter: « C’était un grand défi que de pouvoir redonner à 90 % des pièces endommagées leur splendeur d’autrefois ».

L’exposition regroupe aussi quelques pièces gravement endommagées qui n’ont pas pu être totalement restaurées, car certaines parties ont été perdues. « Ces pièces resteront témoins de cet acte criminel contre le patrimoine », a souligné Osman. « Seuls les pièces métalliques, quelques tissus et quelques objets en bois ont été moins touchés, tandis que certaines pièces rares en verre et en céramique ont été fortement endommagées », explique Abdel-Hamid Abdel-Salam, chef du département des verres du musée.

Dans la salle d’exposition, le logo de l’exposition est affiché, accompagné de divers slogans. « Une main qui détruit et une autre qui construit » est l’une des phrases. « L’exposition montre comment l’équipe de restaurateurs a décidé de faire revivre ces pièces antiques, défiant ainsi l’acte terroriste qui avait pour but d’anéantir une partie importante de l’histoire de l’Egypte, relatée à travers les joyaux de ce musée », reprend Abdel-Salam. Selon lui, bien que des restes de colle et des fissures apparaissent clairement sur quelques pièces restaurées et en affectent l’aspect esthétique, ils donnent une valeur supplémentaire à l’objet. « L’histoire de ces pièces est longue et ces récents défauts en font partie », dit-il.

Photos, hologramme et film

Exposition-photos de l’acte terroriste.
Exposition-photos de l’acte terroriste.

Outre les pièces présentées, l’exposition montre, à travers 30 photos, l’état des pièces et des vitrines endommagées suite à la destruction du bâtiment à l’extérieur et à l’intérieur ainsi que les étapes effectuées pour restaurer ce dernier. « Quelques photos sont exposées pour la première fois, retraçant une phase de l’histoire du bâtiment », explique Elham Salah, chef du secteur des musées auprès du ministère des Antiquités, indiquant que cette exposition s’est faite en collaboration avec l’Association Les Musées pour nous, l’Université de Hélouan et Cultnat (Centre de Documentation du Patrimoine Culturel et Naturel). Un film documentaire, préparé par les conservateurs du musée, est par ailleurs diffusé pour raconter l’envergure des dégâts suite à l’explosion.

La présentation de deux pièces de grande valeur historique grâce à un hologramme constitue l’un des points forts de l’exposition. « On ne possède que de petits morceaux de ces deux pièces et on n’a pas réussi à les reconstituer. On n’a pas voulu les perdre complètement, surtout qu’elles font partie des plus rares objets de verre au monde », explique Abdel-Salam, ajoutant que la technique de l’hologramme permet de représenter l’objet en trois dimensions et que celui-ci paraît « suspendu en l’air ». Il s’agit de deux bouteilles en verre orné et coloré remontant à l’époque mamelouke.

En marge de l’exposition, des séances et des ateliers pour les jeunes sont organisés. L’exposition est accessible toute la semaine de 9h à 17h, en plus d’une ouverture en soirée tous les samedis, de 17h30 à 21h.




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