Semaine du 29 août au 4 septembre 2018 - Numéro 1239
Waël Al-Fashny : Une voix céleste
  Chanteur, compositeur et percussionniste, Waël Al-Fashny s’est fait dernièrement remarquer en interprétant les génériques de feuilletons à succès. Doté d’une voix extraordinaire, il interprète à merveille les chants issus du folklore et du patrimoine soufi.
Waël Al-Fashny
May Sélim 29-08-2018

Sur un air mélancolique et épique de Tamer Karwan, on a entendu Waël Al-Fashny chanter le générique du feuilleton Wahet Al-Ghoroub (l’oasis du coucher), répétant : Safer Habibi wa Wadaani (mon amour est parti et m’a fait ses adieux). La voix nous a ensorcelés. D’où vient-elle ? Elle a quelque chose de céleste, on ne sait quoi. Et l’on a retenu ainsi le nom de Waël Al-Fashny, jusqu’ici inconnu pour la plupart d’entre nous, tout en se posant beaucoup de questions : d’où sort-il ? Est-ce un proche du célèbre récitateur du Coran, le cheikh Taha Al-Fashny, également le maître des chanteurs de louanges ?

Un an après, la même voix nous a surpris à travers un autre générique, celui du feuilleton Tayie, diffusé le Ramadan dernier : Khossaret Al-Hor Law Dasso Al-Zamane (l’homme libre écrasé par le temps). De nouveau une oeuvre musicale dans le dialecte de la Haute-Egypte, ayant marqué les esprits. « Le cheikh Taha Al-Fashny est un proche de la famille de ma mère. J’ai grandi avec sa photo dans notre salle de séjour et l’on écoutait ses enregistrements presque tous les jours, soit en psalmodiant le Coran ou en chantant les louanges de Dieu et de son prophète », dit-il.

Durant ses concerts tenus à Al-Saqia, Waël Al-Fashny alterne les chants issus du folklore de la Haute-Egypte et ceux du patrimoine soufi. Il est également un brillant percussionniste qui parvient à capter l’attention de son audience. Il leur propose un voyage à l’autre bout du monde. Il en est de même lorsqu’il se produit sur les planches du théâtre Al-Salam, dans le cadre de la pièce Hadassa Fi Bilad Al-Saada (ceci s’est passé dans le pays du bonheur), une mise en scène de Mazen Al-Gharabawi, où il joue et chante. « Se trouver sur les planches est effrayant. Jouer et chanter en même temps est très difficile. Je suis à l’aise en chantant, car j’en ai l’habitude, je sais transmettre l’état d’extase au public. C’est une grande joie, mais jouer sur scène, en suivant les directives du metteur en scène, est une autre chose. Je me sens moins libre ». Pourtant, avec l’esprit d’aventurier, Waël Al-Fashny a voulu passer par l’expérience. « Ce qui m’a encouragé à participer à cette pièce est que l’équipe de travail est en parfaite harmonie. De plus, je valorise le message que cherche à communiquer le metteur en scène, Mazen Al-Gharabawi. J’y suis le narrateur principal avec la chanteuse et comédienne Fatma Mohamad Ali », explique le chanteur, qui interprète tous les soirs, en direct, dix chansons composées par Mohamad Moustapha.

Originaire du village d’Al-Fachne en Haute-Egypte et issu de deux familles de religieux, tout semblait le prédestiner à la carrière de son père et de ses oncles : devenir un cheikh d’Al-Azhar ou un récitateur du Coran professionnel. Ainsi, il a suivi le cursus scolaire normal, tout en apprenant le Coran et les méthodes de récitation dans un kottab traditionnel (école coranique). « J’étais un mauvais élève à l’école et au kottab. Je ne pouvais pas jouer au petit, calme et serein. Il y avait une grande énergie en moi, une force rebelle, sans savoir ce qui m’animait exactement ». Cela étant, son grand-père, un vénérable cheikh du village, a demandé à son ami de l’aider afin de mieux éduquer son petit-fils. Cet ami n’était autre que le père copte Abdel-Messih, prêtre de l’église du village.

On emmenait ainsi Waël Al-Fashny, enfant, à la garderie de l’église pour être tout le temps sous la surveillance stricte des pères. « C’était un moyen de m’inculquer la discipline. J’étais donc habitué à fréquenter l’église et à y passer des heures. Une fois, j’ai entendu le choeur et la musique, quelque chose m’a fortement secoué et j’ai décidé de rejoindre la chorale. La musique et le chant me transportaient vers un autre monde. Un des pères m’a demandé : veux-tu jouer de la musique ou chanter avec le choeur ? Alors, j’ai rapidement répondu : je veux jouer sur ces deux tambours : c’était le bongo ». Et de poursuivre : « Même si je ne comprenais pas les mots religieux coptes, le chant et la musique m’apaisaient. J’accordais beaucoup d’intérêt aux répétitions et aux concerts de la chorale. J’avais à peine cinq ou six ans et je me contentais souvent d’aller chercher ma chemise blanche et mon petit papillon rouge, afin de me préparer à monter sur scène ».

A la maison, il écoutait les chanteurs de louanges et les récitateurs du Coran. Et à l’école, les cantiques coptes et le jeu de percussion étaient au rendez-vous. Il suffit de jouer avec les mains sur la surface d’une table ou d’un mur pour que les sons se multiplient. N’importe quel objet peut se transformer entre ses mains en un instrument à percussion. « Parfois, je fuyais la maison pour aller rejoindre des amis au Caire, lesquels travaillaient comme ouvriers du bâtiment. Par exemple, ils étaient en train de peindre la résidence étudiante de l’Université du Caire. Je travaillais avec eux et je m’amusais à chanter en même temps. Les habitants du quartier m’applaudissaient à travers leurs fenêtres. C’était mon premier contact avec le grand public ».

De retour au village, tout le monde voyait en lui un garçon rebelle, sans espoir, ni avenir. Pire encore, il a voulu se joindre à l’Institut de la musique arabe au Caire. « Mon père s’y opposait et m’a coupé les vivres, me lançant : montre-moi comment tu vas réussir ». Sans regret ni hésitation, il a alors voyagé au Caire et a même passé quelques jours dans la rue, sans abri, jusqu’à avoir passé les tests d’admission. Durant ses études à l’institut, il a rapidement brillé. Ses premiers pas professionnels furent dans l’émission de Samir Sabri, Haza Al-Massä (ce soir) dans les années 1990. Ensuite, ce fut la rencontre avec les jazzmen Raouf Al-Ganaïni et Fathi Salama, le chanteur Ali Al-Haggar et le musicien et professeur Alfred Gamil. « La percussion était mon chemin vers le chant. J’ai travaillé en tant que percussionniste avec différentes troupes. Ali Al-Haggar a toujours cru en mon talent, il m’a donné l’occasion de chanter avec lui dans ses concerts à Al-Saqia. Fathi Salama m’a beaucoup appris en matière de percussion ; il me répétait : je sais qu’un jour tu arriveras à toucher le public par ton genre musical ».

Waël Al-Fashny a plongé dans le monde artistique et a abandonné ses études. Pour se perfectionner, il passait des jours entiers dans les ateliers tenus par le violoniste Abdou Dagher et il participait à des concerts de jazz avec Raouf Al-Ganaïni vers la fin des années 1990. « Raouf Al-Ganaïni m’a aidé à obtenir une bourse de six mois pour étudier la percussion en Italie. J’étais impressionné de découvrir les techniques du jeu et les instruments ethniques des différents pays ».

En 2009, le vidéoclip tourné avec le comédien et rappeur Ahmad Al-Fichawi, Sibouni Aeich (laissez-moi vivre), a introduit Al-Fashny autrement. Il y interprétait un mawal traditionnel, intégré dans une chanson rap. Diffusé à la télévision, le vidéoclip a remporté un grand succès et Al-Fashny est devenu célèbre du jour au lendemain. Sa famille est fière de lui, pour la première fois. « Mon père et mes oncles étaient décédés. Mais peu de temps avant, j’ai remarqué un regard de satisfaction dans leurs yeux. C’était un signe de Dieu que je suis sur le bon chemin », lance le chanteur. Et d’ajouter : « Je sais que je ne suis pas le jeune premier qui attire les fans par son allure et sa physionomie. Mon potentiel est dans ma voix. Et toujours je m’interroge : comment je vais l’utiliser ? C’est pourquoi je cherche toujours des paroles et des projets musicaux de qualité ».

Waël Al-Fashny excelle dans le folklore et le religieux. Il multiplie ses contributions avec les troupes Cairokee, Bassata et autres. Il aime s’adresser aux jeunes et communiquer avec eux. Il élargit son public et avance à pas sûrs. « J’aimerais former un orchestre pour le chant soufi et le folklore. Je rêve de chanter les poèmes d’Ibn Al-Fared et d’Ibn Arabi, accompagné d’un grand orchestre symphonique. Un jour, j’y arriverai », conclut-il avec persévérance.

Jalons :

1979 : Naissance au village d’Al-Fachne (Haute-Egypte).
1996 : Installation au Caire.
1997 : Bourse de 6 mois en Italie pour étudier la percussion.
1998 : Rencontre avec Fathi Salama et Ali Al-Haggar.
2009 : Vidéoclip avec le comédien Ahmad Fichawi.
2017 : Chanson du générique du feuilleton Wahet Al-Ghroroub (l’oasis du coucher).
2018 : Narrateur et chanteur dans la pièce Hadassa fi Bilad Al-Saada (ceci s’est passé dans le pays du bonheur).




Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire