Semaine du 29 août au 4 septembre 2018 - Numéro 1239
Trump joue avec le feu
Al-Ahram Hebdo29-08-2018
 
 

Donald Trump en veut visiblement beaucoup aux Palestiniens. Après le transfert, en décembre dernier, de l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem et la réduction des aides américaines à l’UNRWA (l’Agence des Nations-Unies d’aide aux réfugiés palestiniens), le président américain vient de prendre une décision dangereuse en réduisant de 200 millions de dollars l’aide destinée aux Palestiniens. « L’Administration américaine va rediriger plus de 200 millions de dollars initialement prévus pour des programmes (de développement) en Cisjordanie et dans la bande de Gaza vers des programmes hautement prioritaires ailleurs », a déclaré un haut responsable du département d’Etat. Et d’ajouter : « Nous voulons que ces fonds soient dépensés conformément aux intérêts nationaux américains ».

La décision du président américain est dangereuse parce que, comme les précédentes, elle alimente l’instabilité dans les Territoires palestiniens. Cette décision est à mettre sur le compte de la politique pro-israélienne de Donald Trump, qui veut à tout prix se démarquer de son prédécesseur, Barack Obama. Trump veut visiblement peser sur les orientations politiques des Palestiniens, et amener ces derniers à accepter son nouveau plan de paix. Un plan qui, on s’en doute, est hautement favorable à Israël.

En effet, l’Administration américaine prépare depuis quelques mois un nouveau plan de paix aux contours encore flous et dont l’annonce est sans cesse présentée comme imminente. Le gendre du président américain, Jared Kushner, et son émissaire spécial au Proche-Orient, Jason Greenblatt, étaient récemment en tournée dans la région pour présenter aux pays arabes ledit plan et leur demander de faire pression sur les Palestiniens afin qu’ils l’acceptent. Mais ce plan américain, décrit comme « l’accord du siècle », a été accueilli par une fin de non-recevoir par les Palestiniens qui, depuis le transfert de l’ambassade américaine à Jérusalem, considèrent que les Etats-Unis ont « perdu toute crédibilité en tant que médiateur dans le processus de paix ».

Depuis les accords d’Oslo en 1994, les Etats-Unis sont l’un des principaux bailleurs de fonds de l’Autorité palestinienne, avec une aide annuelle estimée à 600 millions de dollars, fournie à travers plusieurs canaux notamment l’USAID. Cet argent est destiné à soutenir l’Autorité palestinienne en allégeant les dettes, en développant l’économie, en modernisant les infrastructures, l’éducation, la santé et l’aide humanitaire.

Cette aide extérieure est vitale pour l’économie palestinienne qui souffre de nombreux maux. Elle permet, notamment de consolider les institutions palestiniennes.

Les Etats-Unis ont toujours utilisé les aides économiques comme monnaie d’échange politique au Proche-Orient. Mais couper les aides aux Palestiniens reviendrait à jouer avec le feu. Las de 25 ans d’un processus de paix aux horizons bouchés, les Palestiniens sont aujourd’hui au bord du désespoir. Alimenter ce désespoir ne mènera, à terme, qu’à une explosion.



Mots clés:

Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire