Semaine du 29 août au 4 septembre 2018 - Numéro 1239
RDC : Une transition compliquée
Sabah Sabet avec agences29-08-2018
 
  La tension remonte de nouveau en République Démocratique du Congo (RDC) après le rejet de la candidature d’une des figures distinguées de l’opposition ainsi que de six autres de la présidentielle prévue fin décembre. L’opposition appelle de nouveau à une mobilisation générale.

Nombreux sont ceux qui croyaient que l’annonce du président de la République Démocratique du Congo (RDC), Joseph Kabila, du retrait de la course présidentielle serait un signe encourageant qui ouvrirait la voie à la paix et qui mettrait fin à une période de tension et de conflit entre le pouvoir et l’opposition. Mais cet espoir s’est vite estompé et la RDC, qui n’a jamais connu de transition pacifique du pouvoir, est en train de vivre une nouvelle période de tension. De nouveau, l’opposition a appelé à la mobilisation le 3 septembre prochain à cause du retrait de ces machines, considérées comme des instruments de fraude par l’opposition et l’absence de consensus sur le fichier électoral.

De même, le rejet de la candidature de l’ex-chef de guerre et figure distinguée de l’opposition, Jean-Piere Bemba, et de six autres noms de l’élection présidentielle, prévue le 23 décembre, pose problème. Ce scrutin a été reporté deux fois depuis décembre 2016, date de la fin officielle du deuxième et dernier mandat de M. Kabila. Les partisans de Bemba ont promis de se mobiliser par tous les moyens. « Nous allons utiliser toutes les voies de droit à notre disposition pour faire valoir la candidature de Jean-Pierre Bemba à la présidentielle », a déclaré à l’AFP la secrétaire générale de son parti, le Mouvement de Libération du Congo (MLC), la députée Eve Bazaiba, en ajoutant que le MLC commencera par un recours devant la Cour constitutionnelle.

Le MLC et l’opposition avaient même lancé un appel « à la mobilisation générale de tous les Congolais » vendredi soir 24 août, avant même la décision de la commission électorale. Cela dit, la vie était normale le lendemain à Kinshasa, l’un des fiefs de M. Bemba, en dehors de la présence inhabituelle de policiers en tenue anti-émeute près de la télévision d’Etat RTNC. Une mesure de « dissuasion », d’après un porte-parole de la police. Rien à voir avec la RDC à feu et à sang des années 2000. Rival malheureux de M. Kabila à l’élection présidentielle de 2006, Bemba avait quitté la capitale sous escorte des Nations-Unies en avril 2007 après des combats entre sa milice et l’armée qui avaient fait entre 200 et 300 morts. Figure de l’ouest du pays face aux « Katangais » du pouvoir, Bemba avait fait un retour triomphal à Kinshasa le 1er août après onze ans d’absence. Il passait pour un candidat sérieux à la succession du président Kabila, qui ne peut plus se représenter et qui a finalement désigné un « dauphin », l’ex-ministre de l’Intérieur Ramazani Shadary, après des mois de tensions et au moins trois jours de violences lors de marches catholiques en début d’année. Après dix ans de prison, Bemba avait été acquitté en juin par la Cour Pénale Internationale (CPI) pour des faits portant sur des exactions commises par sa milice en Centrafrique en 2002-2003.

Craintes de fraudes

A Kinshasa, le cas Bemba est avant tout une affaire politique. Son « élimination scandaleuse » démontre « que le paramètre principal de ces élections sera le niveau de triche », s’est insurgé sur Twitter l’homme d’affaires Sindika Dokolo, à la tête du mouvement citoyen virtuel Congolais debout. Dokolo et d’autres font le rapprochement avec l’opposant en exil Moïse Katumbi, qui affirme avoir été empêché de revenir en RDC pour déposer sa candidature à l’élection présidentielle. Au total, la commission électorale a écarté 6 candidats sur les 25 qui avaient déposé leur dossier à l’élection présidentielle prévue le 23 décembre, dont trois anciens premiers ministres de M. Kabila. « Ces invalidations sont inacceptables et montrent encore une fois l’instrumentalisation totale de la Céni par Kabila », a réagi sur Twitter Moïse Katumbi. Et d’ajouter : « Avec la population, l’opposition, la société civile et nos partenaires, faisons front, augmentons la pression et refusons le simulacre d’élections kabilistes ». La commission a en revanche retenu le dossier de Félix Tshisekedi, président du parti historique d’opposition UPDS, et fils de son fondateur, Etienne Tshisekedi, décédé à Bruxelles le 1er février 2017. Elle a aussi validé la candidature du chef du parti présidentiel PPRD, Emmanuel Ramazani Shadary, le « dauphin » désigné par le président Kabila, et sa coalition Front Commun pour le Congo (FCC). La commission électorale doit publier la liste définitive — après examen des recours — des candidats le 19 septembre.

Reste à dire que si le retrait de M. Kabila, conformément à la Constitution, a fait quelque peu baisser la tension, les Congolais sont loin d’être rassurés : une petite phrase du président Kabila a ravivé les craintes d’un faux départ chez ses adversaires. « Je ne vous dis pas au revoir, mais à bientôt », a-t-il glissé devant ses pairs de la Communauté pour le développement de l’Afrique australe (SADC) en Namibie, la semaine dernière.




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