Semaine du 15 au 21 août 2018 - Numéro 1238
L’éternel Hadari fait ses adieux à la sélection
  Après 22 ans en sélection nationale, le gardien Essam Al-Hadari ne portera plus le maillot des Pharaons. A 45 ans, ce monument du football égyptien, africain et mondial s’est forgé un palmarès de champion et a inscrit son nom en lettres d’or dans les registres du football international.
Hadari
Karim Farouk15-08-2018

L’Egypte, c’est la sélection des Pharaons et Essam Al-Hadari en est le sphinx, le fidèle gardien pour de longues générations. Il a été là pour bien longtemps, soit 22 ans et 159 sélections, avant de décider de mettre un terme à sa glorieuse carrière. « Pour chaque début, il y a une fin, c’est la norme de la vie. Maintenant, après une longue réflexion et des prières, j’ai décidé de me retirer du football international », a-t-il annoncé lundi 6 août sur ses comptes Facebook et Twitter. Il continuera toutefois de protéger les buts d’Ismaïli.

Une surprise ? Peut-être pas, mais à force de le voir toujours dans les cages, alors que plusieurs légendes défilaient, on a oublié qu’il avait 45 ans. Pour lui, c’est le bon moment, après avoir tout réalisé dans sa carrière et surtout son plus grand rêve, celui de jouer en Coupe du monde. « C’est le moment auquel je ne m’attendais pas. J’ai travaillé de longues années, jour et nuit, pour être le plus digne de protéger les cages de la sélection pour de nombreuses générations. Je remercie Dieu pour tous les succès que j’ai remportés et surtout pour la réalisation de mon plus précieux rêve, celui de jouer en Coupe du monde », a ajouté Hadari.

Né le 15 janvier 1973 à Kafr Al-Battikh (village des pastèques), il a débuté sa carrière au petit club de deuxième division égyptienne Damiette à l’âge de 17 ans. Son potentiel a été détecté par le Néerlandais Ruud Krol, alors entraîneur de l’équipe d’Egypte des moins de 23 ans et qui l’a convoqué pour les Jeux panafricains de 1995. Hadari a débuté la compétition sur la touche pour le gardien d’Ahli Moustapha Kamal. Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, Hadari a été titularisé suite à la blessure de Kamal pour enchaîner une excellente performance et mener ses coéquipiers d’alors — Hazem Emam, Abdel-Sattar Sabri, Ahmad Hassan et Mohamad Emara — à la médaille d’or du tournoi de foot.

Envergure mondiale

La suite est un destin hors normes, qui le portera à forger son statut de légende. Il a fait son entrée sur la scène locale par la grande porte en endossant le maillot d’Ahli. Il a rejoint le ténor cairote en 1996 en tant que doublure du gardien vétéran Ahmad Chobeir. Cela a toutefois été le cas juste pour une saison, avant qu’il ne s’installe comme titulaire indiscutable à partir de 1997.

Un vrai monstre dans les buts, avec ses excellents réflexes, qualités techniques et physiques. Il a disputé sa première sélection le 25 mars 1996 face à la Corée du Sud, dans un match amical. Il était alors en rivalité avec Nader Al-Sayed, ancien gardien de Zamalek et meilleur gardien de la Coupe d’Afrique des Nations (CAN) 1998, pour le poste du numéro 1 chez les Pharaons, mais sans que l’un ne puisse bousculer l’autre pour une longue durée. Entre-temps, il avait tout prouvé à Ahli, remportant plusieurs titres de championnats, de coupes et même trois titres de Ligue d’Afrique, en 2001, 2005 et 2006 (voir palmarès).

Mais c’est véritablement en 2006 que la carrière de Hadari a pris une toute autre dimension. Gardien titulaire lors de la CAN disputée à domicile, Hadari devient un héros national après une splendide performance, qu’il a couronnée en arrêtant deux pénalties décisifs des Ivoiriens Didier Drogba et Bakary Koné lors de la finale pour offrir à l’Egypte son 5e titre de l’élite africaine.

Dès lors, peu importe les adversaires, les Egyptiens se vantaient d’avoir Hadari ou le « grand barrage », comme ils l’ont surnommé. La Côte d’Ivoire avait le monstre Drogba, le Cameroun avait l’emblématique Samuel Eto’o, le Ghana avait le fer de lance Asamoah Gyan et l’Egypte avait Hadari, qui les avaient tous éclipsés pour mener les Pharaons à un triplé inédit en CAN (2006, 2008 et 2010).

Ses parades titanesques face à Drogba en finale de la CAN 2006, en demi-finale de la CAN 2008 et notamment face à l’Italie, championne du monde, lors de la victoire historique 1-0 en Coupe des Confédérations 2009, l’ont propulsé au rang des meilleurs gardiens du monde. « Nous avons fait une très bonne deuxième période, mais leur gardien était très bon, il a arrêté quatre ou cinq grosses chances dans cette mi-temps », avait alors dit le sélectionneur italien Marcelo Lippi. Surnommé le « Buffon d’Afrique » — en référence au gardien italien —, Hadari est perçu comme l’un des meilleurs gardiens de l’histoire du continent, avec un record de trois titres de meilleur gardien de la CAN (2006 à 2010).

La légende ivoirienne Drogba, bien que Hadari soit sa bête noire après l’avoir privé du titre de la CAN à deux reprises, le met dans une classe à part. « Hadari, c’est le meilleur gardien que j’ai rencontré », a dit l’ancien attaquant de Chelsea dans un entretien accordé au magazine de l’équipe anglaise en 2017.

L’âge n’est pas une limite

Véritable bête de travail, Hadari a constamment progressé sur le plan technique et n’a presque rien perdu de son potentiel physique hors norme. « Ce qu’il a réalisé, c’est miraculeux. C’est un exemple pour tous les joueurs. Il a dédié toute sa vie au football. Il est très exigeant avec lui-même, travaille jour et nuit pour conserver sa forme et ne s’est jamais laissé abattre », dit Ahmad Nagui, son entraîneur de gardiens de but à Ahli et en sélection.

En effet, Hadari, c’est un 1,90 m de détermination et de confiance. Il suivait un programme d’entraînement spécial et avait même transformé son appartement en salle de gymnastique pour poursuivre ses exercices de récupération. « Je dois faire le double des entraînements que les jeunes joueurs font pour rester en forme. Je dois faire beaucoup de travail et de sacrifice, c’est tout un système de vie que j’applique pour pouvoir évoluer au plus haut niveau jusqu’à présent », avait-il expliqué.

Plusieurs icônes du football égyptien, tels que Hossam Hassan, Hazem Emam et surtout les perles de la génération dorée (2006 à 2010) Mohamad Abou-Treika, Ahmad Hassan et Waël Gomaa, ont arrêté, mais Hadari était toujours là, défiant tous les lois de la nature et de la logique. Ce gardien mythique des Pharaons a pris sur ses épaules la mission de la relève de l’équipe après quelques années de galère. Il a été la valeur sûre et le pilier au sein d’une jeune équipe avec Mohamad Salah, Mohamad Al-Nenni, Mahmoud Hassan « Trezeguet » et Ramadan Sobhi en pleine ascension.

En 2017, l’Egypte, septuple championne d’Afrique, est de retour en CAN après 7 ans d’absence. Et même mieux, les Pharaons sont en finale. Hadari, devenu alors le plus grand joueur de la compétition à l’âge de 44 ans, avait encaissé un seul but en cinq matchs et 410 minutes d’invincibilité, avant la frappe du Burkinabé Aristide Bancé en demi-finale (1-1).

Encore une fois, il a été le héros de la soirée en bloquant deux penalties lors de la session des tirs au but pour qualifier l’Egypte pour la finale. Une finale perdue 2-1 face au Cameroun, mais sans reproches ni remords pour Hadari, qui a prouvé que l’âge, c’est juste un chiffre. « Quand je disais à mes collègues que mon gardien titulaire a 45 ans, ils ne me croyaient pas. Je leur rétorquais qu’ils n’avaient qu’à le voir en action et qu’ils n’allaient pas croire leurs yeux. Pour moi, il est en pleine forme physique et technique et peu importe sa date de naissance », a dit l’ancien entraîneur de l’Egypte, Hector Cuper, à l’issue de la compétition.

Et, enfin, le rêve qu’il a poursuivi pendant plus de 20 ans a été exaucé : la Coupe du monde. D’abord remplaçant face à l’Uruguay (1-0), puis à la Russie (3-0), Hadari a été titularisé face à l’Arabie saoudite (2-1) lors de la troisième et dernière journée de la phase de poule, pour inscrire son nom dans l’histoire du football en tant que joueur le plus âgé à jouer en Coupe du monde. Il est entré sur le terrain et était bon comme presque toujours. Auteur de plusieurs parades, il a couronné sa belle performance par un arrêt de penalty de Fahad Al-Muwallad.

Toujours rassurant et toujours présent. Ce sentiment nous a fait oublier que le temps passe, alors que, pour de longues périodes, on s’imaginait qu’il était un gardien pour l’éternité. Il sera difficile de ne plus le voir évoluer dans les buts des Pharaons, ni de célébrer sur le haut de la barre transversale avec une pastèque à la main, en hommage à son village natal. Le monument du football égyptien, africain et mondial a décidé de raccrocher ses gants en sélection et, finalement, de se plier à la loi de la nature.

Palmarès

Né le 15 janvier en 1973 à Kafr Al-Battikh, à Damiette.

Poste : gardien

Clubs : Damiette (1993-1996), Ahli (1996-2008), Sion (Sui, 2008-2009), Ismaïli (2009-2010), Zamalek (2010-2011), Al-Marrikh (Sou, 2011-2013), Wadi Degla (2013-2014), Ismaïli (2014-2015), Wadi Degla (2015-2017), Al-Taawoun (Ar. saou., 2017-2018), Ismaïli (2018).

Sélection : 159 sélections

1re sélection : 25 mars 1996, Corée du Sud (1-1)

Dernière sélection : 25 juin 2018, Arabie saoudite (1-2)

Palmarès

Vainqueur de la CAN en 1998, 2006, 2008 et 2010.

Vainqueur de la Ligue d’Afrique en 2001, 2005 et 2006.

3 titres de Super Coupe d’Afrique avec Ahli.

Médaille de bronze de la Coupe du monde des clubs en 2006.

8 fois champion d’Egypte avec Ahli.

4 titres de Coupe d’Egypte avec Ahli.

4 titres de Super Coupe d’Egypte avec Ahli.

1 titre de Coupe du Soudan en 2012 avec Al-Marrikh.

Titres individuels

Meilleur gardien de la CAN en 2006, 2008 et 2010

Joueur le plus âgé à jouer en CAN (44 ans et 22 jours, face au Cameroun, le 5 février 2017)

Joueur le plus âgé à jouer en Coupe du monde (45 ans, 5 mois et 11 jours, face à l’Arabie saoudite, le 25 juin 2018).




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