Semaine du 15 au 21 août 2018 - Numéro 1238
La paix des pauvres
Hassan Abou-Taleb15-08-2018
 
 

Ala veille de la signature de l’accord de partage du pouvoir entre le gouvernement du Soudan du Sud et la rébellion armée, dirigée par Riek Machar, le président Salva Kiir s’est engagé à conclure cet accord malgré les réserves émises par certaines factions de l’opposition. Dans ses déclarations, le président Kiir a insisté sur le fait que l’accord n’a été imposé par personne, ce qui signifie que le gouvernement de Khartoum, l’un des parrains de l’accord, n’a exercé aucune pression sur l’une ou l’autre partie pour les amener à accepter le partage du pouvoir.

De son côté, le ministre soudanais des Affaires étrangères, Al-Dirdiri Mohamed Ahmed, a affirmé que son pays n’a aucun moyen de pression sur le gouvernement ou les rebelles au Soudan du Sud, à la différence du Conseil de sécurité de l’Onu qui peut, lui, brandir l’arme des sanctions. Le ministre a insinué que tout le monde partageait la même pauvreté sévissant en Afrique, ajoutant que la communauté internationale est peu intéressée par la paix au Soudan du Sud.

Les propos des deux responsables résument l’atmosphère des négociations parrainées par les pays de l’organisation régionale IGAD pour mettre fin à la guerre civile au Soudan du Sud, le pays le plus jeune et le plus pauvre du continent. Ces négociations ont montré que l’égalité des chances et la médiation désintéressée peuvent mener à des solutions acceptables, plus que les médiations doublées de menaces de sanctions politiques ou économiques. Nous sommes donc face à la formule d’une « paix des pauvres » où toutes les parties partagent une même situation.

Dans le fond, par contre, cette paix des pauvres est introuvable dans le texte de partage du pouvoir signé par le gouvernement et la rébellion. En fait, l’accord représente un fardeau économique dans la mesure où il prévoit un parlement de 550 membres et un gouvernement de 35 ministres, en plus d’une division du pays en 32 Etats, au lieu de 10. Les postes devraient être répartis à raison de 55 % pour le gouvernement, 25 % pour la rébellion de Riek Machar et 20 % pour les autres factions de l’opposition.

Il s’agit donc de distribuer les postes exécutifs et législatifs sur un maximum de personnes représentant le gouvernement et la rébellion, de manière à les inclure tous sans se soucier du coût exorbitant d’une telle formule. En effet, les factions qui ont refusé l’accord ont réclamé un gouvernement plus restreint pour réserver le peu de ressources disponibles au développement et aux services.

Naturellement, le volet politique du partage du pouvoir n’est pas l’ultime étape pour parvenir à une solution globale. Dans ce cas précis, d’autres rounds devront suivre, sous le parrainage du Kenya, notamment le tracé des frontières des Etats, la répartition des postes municipaux, la restructuration de certaines institutions, la répartition des ressources, la gestion de l’économie et de la justice, etc.

Les deux principaux protagonistes avaient décidé à Khartoum le 28 juin dernier l’instauration d’un cessez-le-feu dans les 72 heures, la formation d’un gouvernement de transition pour une durée de trois ans, suivie par des élections générales, la construction d’une armée nationale et de services de sécurité, loin des appartenances tribales, le désarmement de la population civile et la libération des détenus politiques et des prisonniers de guerre.

Personne n’est contre l’instauration de la paix au Soudan du Sud. C’est une nécessité absolue pour le pays concerné ainsi que pour toute la région, à condition que cette paix soit fondée sur les principes de la citoyenneté et de la construction d’un Etat moderne. Or, ces principes semblent absents dans cet accord de partage du pouvoir qui ressemble plus à un plan de distribution des postes.

Si la répartition des postes est relativement utile pour donner un semblant de participation à la gouvernance des diverses composantes tribales et régionales, trop en faire risque de créer des problèmes pouvant mener à l’échec de tout le projet. Il aurait mieux valu réduire le nombre de ministres, de leurs députés et des parlementaires proportionnellement à la taille de la population qui ne dépasse pas les 13 millions.

Il est peut-être trop tôt pour juger les chances de réussite de cet accord, même si le principe du partage numérique des postes ne fait généralement que fragiliser la paix.



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