Semaine du 8 au 14 août 2018 - Numéro 1237
Revisiter Youssef Idriss
  Le second roman de l’écrivain Iman Yéhia, L’Epouse mexicaine, se réfère au personnage de Youssef Idriss et revisite son roman Al-Baydaa sous un jour nouveau.
Revisiter Youssef Idriss
Mostafa Taher08-08-2018

Un grand tumulte dans les milieux culturels a accompagné la sortie du roman d’Iman Yéhia intitulé Al-Zouga Al-Mexikiya (l’épouse mexicaine). La cause principale de ce tumulte est que le roman repose sur l’un des aspects de la biographie du grand écrivain égyptien Youssef Idriss.

Puisque le roman s’attarde sur l’histoire du mariage inédit de cette grande figure de la littérature égyptienne avec une jeune fille mexicaine qui n’est autre que la fille du célèbre Diego Rivera, l’un des artistes les plus marquants de la peinture murale du XXe siècle. De plus, il raconte les débuts des années 1950 en Egypte et dans le monde, des années riches en mouvements, en bouleversements et en influences. Il est intéressant de savoir, de l’écrivain même, pourquoi recourt-il à un détail « épineux » de la vie privée d’une grande figure pour construire son roman. Iman Yehia explique à Al-Ahram Hebdo comment l’idée de L’Epouse mexicaine est née. Il dit : « Cela a commencé lorsque je suis tombé sur une phrase de l’orientaliste russe Valeria Kravtchenko parlant de Youssef Idriss. Il disait qu’Idriss avait épousé la fille du grand peintre Diego Rivera. J’ai voulu me baser sur le personnage d’un homme de lettres comme Idriss, chez qui le réel se mêle inlassablement à la fiction. Et à partir de là, j’ai commencé à réfléchir à la question il y a 7 ans, et l’écriture m’a pris 3 ans ».

L’auteur Iman Yéhia, qui a signé son premier roman à l’âge de 60 ans, revisite les personnages du fameux roman de Youssef Idriss Al-Baydaa, écrit en 1955 et publié en feuilleton dans le quotidien Al-Gomhouriya en 1960 pour n’être publié comme livre qu’en 1970. Or, il est bien connu que parmi les oeuvres d’Idriss, Al-Baydaa a soulevé les intellectuels de gauche et les a rangés contre lui. Parce que, de leur point de vue, Idriss a osé critiquer, dans son roman, la gauche égyptienne et a souligné ses contradictions, tandis qu’il appartenait à ce même clan.

Un mélange de réel et de fiction

Sur ce, Iman Yéhia redonne vie à un texte qui remonte à plus d’un demi-siècle, mais en mélangeant le réel et la fiction. C’est pourquoi on n’est pas surpris lorsqu’on tombe, dans L’Epouse mexicaine, sur de vrais noms de politiciens, d’artistes égyptiens, arabes ou même mondiaux. L’écrivain emprunte le personnage principal d’Al-Baydaa, Yéhia Moustapha Taha, et à travers l’histoire d’amour qui lie Yéhia à Ruth, on peut voir en filigrane, tout au long du roman, la rencontre, ou plutôt le conflit entre deux cultures différentes, deux ambitions et beaucoup de sentiments controversés. En Egypte, on est dans une atmosphère politique instable, et au Mexique, une tragédie frappe la famille de Ruth. On est bien dans les années 1953 et 1954 où on oscille entre démocratie et dictature, entre liberté de la presse et atteintes aux points de vue d’autrui, un dilemme pour les intellectuels : comment concilier le soutien au régime nationaliste et la protestation contre son autoritarisme. C’est le récit de la révolution, une vision sur le monde révolu.

« Dans le roman, il est question de deux histoires : une première histoire d’amour entre un professeur de littérature arabe et une étudiante moitié égyptienne, moitié américaine, tous deux entament un voyage à la recherche de la vérité. Et une deuxième histoire qui se réfère à la voix lointaine de Yéhia Moustapha Taha, le héros du roman Al-Baydaa, et Ruth Rivera », avance l’écrivain.

Message d’amour

Néanmoins, le recours aujourd’hui à l’oeuvre de Youssef Idriss, qui a subi l’injustice de la critique de l’époque, est un message d’amour au grand écrivain. « Il est rare de rencontrer une personne qui a le talent d’Idriss », insiste Iman Yéhia. Il s’agit sans doute d’une remise en valeur du roman d’Idriss, un roman pionnier qui a exploré le monde du monologue intérieur du héros. « Idriss a eu la vertu, très tôt, de critiquer la stagnation de l’idéologie. Tout ce qu’il avait prévu à cette époque, nous l’avons vu plus tard à l’époque de la Perestroika et du Glasnost », confie Yéhia.

C’est pourquoi le nouveau roman de Yéhia va plus loin qu’un mariage inconnu de Youssef Idriss, mais il est question de toute une époque, du commencement de la guerre froide, de la montée des forces de libération nationalistes et en même temps de la pratique du despotisme. Le premier roman d’Iman Yéhia est sorti il y a 5 ans, et était intitulé L’Ecriture par un scalpel. Il se déroule ente 2013 et 2014 dans le monde des universités et des hôpitaux.

Al-Zouga Al-Mexikiya (L’épouse mexicaine) d’Iman Yéhia, aux éditions Al-Shorouk, 2018.




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