Semaine du 1er au 7 août 2018 - Numéro 1236
En Afghanistan, le long chemin de la paix
Maha Al-Cherbini avec agences01-08-2018
 
  Plusieurs réunions ont récemment eu lieu entre Talibans et Américains en préalable à un processus de paix en Afghanistan. Des obstacles majeurs persistent cependant.

Plus les législatives prévues le 20 octobre prochain approchent, plus les efforts internationaux et afghans s’enchevêtrent pour instaurer une paix durable en Afghanistan. Il semble désormais clair que l’Administration américaine est déterminée à en finir avec cette longue et pénible guerre. Une détermination qui a paru au grand jour lors du sommet de l’Otan les 11 et 12 juillet, où le président américain, Donald Trump, a demandé à ses alliés d’augmenter leurs renforts et leur soutien financier aux forces afghanes jusqu’en 2024 contre 2020 actuellement.

Parallèlement, sur le plan politique, plusieurs réunions ont eu lieu, la semaine dernière, au Qatar, entre les leaders talibans et des représentants du gouvernement américain dont l’émissaire des Etats-Unis pour l’Asie du Sud, Alice Wells, pour évoquer la perspective d’un processus de paix en Afghanistan. Ces réunions sont intervenues alors que des voix au sein de l’Administration américaine — dont le chef de la diplomatie Mike Pompeo — ont affirmé la disposition de leur pays à négocier d’une façon « officielle et directe » avec les insurgés. Une nouvelle favorablement accueillie par ces derniers qui ont affirmé attendre cette « offre » de dialogue pour mettre fin à la guerre.

Or, pour entamer ces discussions, les rebelles ont exigé deux conditions : le retrait des noms de leurs chefs de la liste noire des Nations-Unies contre le terrorisme, ainsi que le retrait rapide des forces américaines du pays. Epuisés par une guerre sans issue, plusieurs membres de l’Administration américaine ont commencé ces derniers jours à plaider pour un retrait des forces américaines à condition que les rebelles entament des négociations sérieuses et avec le gouvernement de Kaboul pour un partage du pouvoir et une lutte commune contre Daech pour que ce pays ne devienne pas le berceau du terrorisme international. L’oeuf ou la poule ...

Certes, les Américains veulent en finir avec cette guerre coûteuse, mais, comme l’explique Dr Hicham Mourad, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire, « un retrait sans un compromis avec les Talibans serait synonyme de défaite pour Washington. En outre, cela pourrait transformer le pays en un sanctuaire du terrorisme international, ce que l’Administration américaine ne veut certainement pas. Pourtant, il est désormais évident que les Américains veulent en finir avec une guerre d’usure qui leur a beaucoup coûté. Dans cet objectif, l’Administration américaine sème à tout vent : soutien financier et logistique aux forces afghanes, soutien des négociations entre pouvoir afghan et Talibans, envoi des renforts sur le sol et même offre de discussions directes avec les Talibans ».

Pas sans le gouvernement afghan

Alors que le processus politique s’apparente à un processus bilatéral entre les Talibans et Washington, le gouvernement afghan a rejeté cette semaine toute négociation directe entre les rebelles et Washington en son absence, de peur d’être marginalisé. « Toute discussion de paix doit avoir lieu sous l’égide du gouvernement afghan », a affirmé le porte-parole du président afghan, Ashraf Ghani, tout en soutenant les efforts de paix parrainés par les Américains. Fin février dernier, le président afghan avait offert des négociations de paix sans conditions avec les rebelles, proposant de les reconnaître comme parti politique, de leur délivrer des passeports et d’oeuvrer à retirer les noms de leurs commandants de la liste noire des Nations-Unies. Des offres qui étaient rejetées par les rebelles qui refusent toute offre de négociation avec le gouvernement tant que les troupes étrangères n’ont pas quitté le pays.

Soufflant le chaud et le froid, le gouvernement afghan a affirmé son intention de discuter d’une nouvelle trêve avec eux à partir du 21 août à l’occasion du Grand Baïram, à l’instar de celle décrétée pendant l’Aïd Al-Fitr. Une trêve qui avait nourri l’espoir en une possible percée à la crise afghane, surtout avec des scènes inhabituelles de fraternisation entre le peuple, la police afghane et les Talibans. En même temps, les forces de sécurité afghanes ont déclenché, la semaine dernière, leur plus vaste offensive contre les Talibans au sud et au nord-est du pays, faisant plus d’une vingtaine de morts parmi les rebelles. Prouvant leur existence sur le sol, ces derniers ont riposté en commettant plusieurs attentats suicide, dont le dernier a fait 6 morts parmi les forces de la police afghane, samedi 28 juillet, dans le sud du pays tandis qu’un autre, le même jour, contre une école de sages-femmes à Jalalabad (est), a fait deux morts et cinq blessés. Selon un récent rapport onusien, l’Afghanistan a d’ailleurs enregistré le pire bilan de morts civils au premier semestre 2018 (1 700 morts).

« En fait, l’Afghanistan est dans l’impasse. En cas de retrait des forces américaines sans compromis avec les Talibans, le pays va se transformer en un repaire du terrorisme international, surtout après l’implantation de Daech. En même temps, si les Etats-Unis persistent à garder leurs troupes, les violences des Talibans, décidés à reprendre le pouvoir ou au moins à le partager, se poursuivront. L’Afghanistan tourne dans un cercle vicieux », conclut Dr Mourad .




Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire