Semaine du 25 au 31 juillet 2018 - Numéro 1235
Ahmad Youssef : L’Egypte assume avec succès, malgré la complexité de la crise syrienne, son rôle de médiateur
  Ahmad Youssef, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire, revient sur les facteurs du succès de la diplomatie égyptienne en Syrie et dépeint les défis qu’affronte le régime syrien après ses succès militaires.
Ahmad Youssef
Ola Hamdi25-07-2018

Al-Ahram Hebdo : Que pensez-vous du rôle de la diplomatie égyptienne dans le dossier syrien, qui a témoigné récemment de la médiation égyptienne pour instaurer le cessez-le-feu dans la banlieue nord de Homs et la région côtière de la Syrie ?

Ahmad Youssef : La diplomatie égyptienne en Syrie est la preuve du succès de la politique arabe de l’Egypte. Cette politique est basée sur un principe inébranlable : celui de la préservation de l’Etat national et du soutien des armées nationales dans la protection de leur pays. Ceci ne signifie pas forcément soutenir le régime politique au pouvoir, mais le fait que la stabilité des institutions syriennes est nécessaire à la survie de l’Etat. La réconciliation syrienne a été réalisée sous le parrainage des services de renseignements égyptiens, conformément aux principes de la politique égyptienne, mais aussi en coordination avec le côté russe. L’Egypte, qui joue un rôle actif dans la réconciliation syrienne, n’a dépensé aucune somme pour soutenir telle ou telle faction politique, contrairement à certains pays régionaux qui ont apporté leur soutien à des factions syriennes en versant des sommes colossales sans réaliser aucun gain. En effet, le succès de la diplomatie égyptienne en Syrie ne dépend pas des sommes dépensées, mais de la bonne vision.

— Quels sont donc les facteurs de ce succès ?

— La politique étrangère a des objectifs, une vision et des outils. Les objectifs et la vision étaient clairs. Ils ont été réalisés grâce à certains outils, tels que l’appareil diplomatique représenté par le ministère des Affaires étrangères et les services de renseignements. Ces appareils ont joué un rôle idéal pour réaliser ce genre de réconciliation, vu que le dossier syrien comporte des situations très complexes, comme l’existence de nombreuses factions armées. Un autre outil important est celui de la présence d’un grand nombre des réfugiés syriens.

— L’Egypte s’est-elle vue confrontée à des défis dans ce rôle de médiateur ?

— En fait, on ne peut pas parler de défis, car l’Egypte n’est pas l’unique acteur dans le dossier syrien. D’autres pays y sont plus influents comme la Russie, l’Iran, la Turquie, Israël, les Etats-Unis ainsi que plusieurs pays européens. Dans ce contexte général et dans les conditions économiques de l’Egypte, ce qui a été réalisé dans le dossier syrien est un véritable exploit. Que l’Egypte soit invitée à rejoindre pour la première fois le Small Group est la preuve indéniable de ce succès. Bref, l’Egypte assume avec succès, malgré la complexité de la nature de la crise syrienne, son rôle de médiateur.

— Plus généralement, où en est-on avec le conflit syrien à votre avis ?

— Du point de vue militaire, il est clair que la situation penche en faveur du régime syrien qui poursuit ses victoires et avance d’un pas stable après la reprise de Deraa et Qouneitra dans le sud de la Syrie. Mais cela ne signifie pas que le conflit est résolu, car des problèmes vont entraver le processus politique. Et du côté du règlement politique, le régime syrien a eu recours à une force internationale majeure, telle que la Russie, et à une force régionale, telle que l’Iran, alors que l’opposition a eu recours à la Turquie et à certains pays arabes sans oublier le rôle d’Israël. Par conséquent, le processus du règlement politique sera très difficile, parce que chacun de ces pays exigera sa part dans le règlement.

— Le régime multiplie les succès militaires, mais la crise n’est pas pour autant finie. Quels sont les prochains défis auxquels Damas devra faire face ?

— Le régime a réussi à reprendre Deraa, le berceau de la révolte de 2011 ainsi que d’autres villes, donnant un coup fort à la rébellion, devenue incapable de résister à la puissance du régime qui a repris le contrôle de plus de 60 % du pays. Le vrai défi après la reprise du contrôle des villes syriennes sera d’effectuer une véritable réforme, surtout en ce qui concerne la relation du régime avec ses citoyens en introduisant des étapes démocratiques dans l’équation politique. De faibles indices révèlent que le régime syrien a réalisé l’ampleur du problème. Des amis syriens m’ont rapporté que le régime traitait avec les villages et les villes qui s’opposaient au régime avec une certaine sagesse. J’espère que le régime essayera d’établir un certain équilibre dans sa relation avec le peuple. Un équilibre sans lequel il n’y aura pas de stabilité en Syrie.




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