Semaine du 18 au 24 juillet 2018 - Numéro 1234
La nouvelle « mine d’or  » de Saqqara
  Un atelier de momification, une cachette d’embaumeurs et un cimetière renfermant une trentaine de momies et du mobilier funéraire ont été découverts près de la pyramide d’Ounas, dans la nécropole de Saqqara. Les archéologues espèrent qu’ils leur donneront de nouvelles informations sur la momification.
La nouvelle « mine d’or  » de Saqqara
(Photos : Bassam Al-Zoghby)
Nasma Réda18-07-2018

Une nouvelle découverte importante a été faite cette semaine près de la pyramide d’Ounas, à Saqqara, découverte qui pourrait permettre d’élucider des secrets en matière de momification. « Une mine d’or », telle est la description de Ramadan Hussein, chef de la mission égypto-allemande de l’Université allemande de Tübingen, opérant sur le site archéologique au sud de la pyramide d’Ounas, suite à sa première découverte. C’est à un mètre seulement au sud du cimetière remontant à la XXVIe dynastie et découvert par le Français Gaston Maspero en 1900 que la mission a fait sa découverte spectaculaire.

Un atelier de momification rectangulaire en calcaire, des chambres funéraires renfermant jusqu’à présent près de 35 momies, 6 sarcophages— dont 5 en pierre et un en bois—, un masque en argent avec une couche dorée, des vases canopes, des ouchebtis, des pièces en cartonnages ainsi que d’autres objets remontant tous à la XXVIe dynastie ont été mis au jour. « Le fait de trouver des vases sur lesquels sont gravés les noms des huiles de momification est d’une ultime importance archéologique pour connaître le secret des détails de la momification », souligne Hussein, indiquant qu’une équipe de six chimio-archéologues, soit trois Egyptiens et trois Allemands, étudient actuellement à l’Institut national des recherches au Caire les résidus d’huiles en analysant les poteries. « On pourra, grâce à ces études, déterminer les différents genres d’huiles utilisées dans le processus de momification, de même que les compositions chimiques utilisées pour l’embaumement », ajoute Hussein. Ce dernier espère élucider, à travers ces découvertes, de nombreux secrets en matière de momification dans l’Egypte Ancienne.

La nouvelle « mine d’or » de Saqqara
Des vases canopes exposés dans une vitrine devant le site. (Photos : Bassam Al-Zoghby)

Si l’atelier de momification figure parmi les plus importants objets découverts, le reste des pièces est aussi de grande valeur. « Le masque funéraire est spectaculaire. Il est fait d’argent couvert d’une légère couche d’or. L’argent était rarement utilisé dans l’Egypte Ancienne, puisqu’il était probablement importé des pays voisins », a souligné Khaled Al-Anani, ministre des Antiquités, lors d’une conférence de presse organisée sur le site pour l’annonce de la découverte. D’après le chef de mission, ce masque en argent doré, dont les yeux sont incrustés d’une pierre noire— éventuellement d’onyx— et qui mesure 23 x 18,5 cm, appartient à une personne qui détenait le titre de 2e prêtre de Mout et de prêtre de la déesse Neith, divinité protectrice de la XXVIe dynastie. Selon les spécialistes, le masque donnera une idée de l’industrie de l’argent en Egypte pendant la période saïte (664-404 av. J.-C.). « Il permettra de connaître les endroits où l’argent était extrait ou d’où il était importé », indique le chef de mission. Il ajoute que c’est le troisième masque de ce genre découvert sur le territoire égyptien après ceux découverts en 1902, toujours à Saqqara, et en 1939, à Touna Al-Gabal.

Pièces inédites

La nouvelle « mine d’or » de Saqqara
Momies et sarcophages au sein de la tombe. (Photos : Bassam Al-Zoghby)

Une autre pièce distinguant cette découverte, en plus de l’atelier et du masque en argent, est un puits funéraire de 30 mètres de profondeur qui mène à la cachette des embaumeurs, mesurant 13 m2. Cette salle comprend deux grands bassins utilisés probablement pour la préparation des bandages de lin, et plusieurs chambres funéraires renfermant des sarcophages en pierre, scellés intacts, des momies et un grand nombre d’ouchabtis en faïence. « D’après les études préliminaires, on peut constater qu’il existe des différences socioéconomiques claires entre les momies dans ce cimetière », a déclaré Hussein, expliquant que les personnes de haut rang étaient momifiées et enterrées dans des chambres privées, alors que les citoyens de la classe moyenne avaient des chambres funéraires en commun. Et d’ajouter: « On compte faire des études détaillées, qui donneront des indications claires sur le statut social et financier des anciens habitants de la région ».

Le chef de mission est convaincu que l’Egypte a besoin d’une deuxième vague de fouilles des sites archéologiques déjà explorés aux XVIIIe, XIXe et au début du XXe siècles en utilisant de nouvelles techniques. Moustapha Waziri, secrétaire général du Conseil Suprême des Antiquités (CSA), le seul sarcophage en bois découvert à Saqqara a été ouvert, car il était dans un état déplorable. Quant aux cinq autres, ils constitueront le point de départ de la nouvelle saison d’études archéologiques en hiver prochain. « Ce n’est que le début. C’est une zone très riche et je suis certain que nous allons trouver plus d’objets. Le travail dans cette région peut durer encore au moins dix ans », a souligné Waziri.

Une mission de documentation devenue mission de fouille

La mission égypto-allemande a commencé son travail sur le site archéologique au sud de la pyramide d’Ounas en 2016, avec une équipe à 100% égyptienne. En 2017, elle a été rejointe par des archéologues d’Allemagne, de France et des Etats-Unis. Il ne s’agissait pas d’une mission de fouille à l’origine, puisqu’elle avait comme but premier de scanner et de documenter les tombes découvertes par le Français Gaston Maspero entre1889 et 1900. « On avait pour mission de redécouvrir et d’étudier les tombes que Maspero avait découvertes au sud de la pyramide d’Ounas, qui remonte à la Ve dynastie, et de scanner et documenter les monuments et les tombes en utilisant les nouvelles méthodes technologiques », explique Ramadan Hussein, directeur du projet « Saqqara Saïte Tombs ». Il assure que, depuis cette date, aucune mission archéologique n’a travaillé sur ce site.

Les activités de documentation numérique de la mission comprennent la création de modèles de photogrammétrie en 3D et de scintigraphie laser de plusieurs chambres funéraires, comme celle de Padinist, directeur du service de stockage au palais royal à la Basse Epoque, de la tombe de Psamtek, et chef des médecins et commandant des mercenaires libyens. La Mission a également mené un projet de conservation des reliefs polychromes et des inscriptions des chambres funéraires.




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