Semaine du 18 au 24 juillet 2018 - Numéro 1234
L’Otan contourne l’impasse
  Partage du fardeau financier, défense collective, relations avec la Russie et crises moyen-orientales : telles étaient les principales questions au menu du sommet de l’Otan, les 11 et 12 juillet à Bruxelles.
L’Otan contourne l’impasse
Les dirigeants de l’Otan réunis à Bruxelles le 11 juillet. (Photo : Reuters)
Aicha Abdel-Gaffar18-07-2018
Bruxelles,
Correspondance —

« Les décisions que nous avons prises au sommet de Bruxelles montrent qu’alors que le monde change, l’Europe et l’Amérique du Nord sont solidaires et agissent ensemble au sein de l’Otan ». C’est ce qu’a déclaré le secrétaire général de l’Otan, Jens Stoltenberg, à la fin du 26e sommet de l’Otan qui s’est tenu à Bruxelles les 11 et 12 juillet dernier. Un sommet qui s’est déroulé dans le nouveau siège de l’organisation après les opérations de déménagement qui se sont achevées le 13 juin 2018, et dont le coût de construction est estimé à 1,7 milliard d’euros. En fait, le sommet de Bruxelles a débouché sur plusieurs résultats importants exprimés dans la déclaration adoptée par les chefs d’Etat et de gouvernement des 29 pays membres de l’Alliance atlantique. Ces pays ont réaffirmé leur engagement dans la défense collective conformément à l’article 5 de l’organisation : « Toute attaque contre un allié sera considérée comme une attaque contre nous tous », rappelant que « l’Otan continuera d’oeuvrer en faveur de la paix, de la sécurité et de la stabilité dans l’ensemble de la zone euro-atlantique ».

Au-delà de ces classiques, les pays membres de l’alliance ont soulevé d’autres défis importants tels que « les actions agressives de la Russie », qui portent atteinte à la sécurité euro-atlantique. La déclaration finale a évoqué la suspension de toute coopération pratique, tant civile que militaire, entre l’Otan et la Russie, tout en s’engageant à rester « ouvert au dialogue politique ».

Les crises au Moyen-Orient et l’Afrique du Nord qui alimentent le terrorisme étaient aussi au centre des discussions. Les Etats membres ont condamné le terrorisme sous toutes ses formes. Ils ont aussi exprimé leur préoccupation en raison de l’intensification des essais de missiles de l’Iran et ses activités de déstabilisation de la région au sens large. Ils ont aussi déclaré leur souci du grand stock de missiles balistiques à courte portée que détient la Syrie et qu’elle a largement utilisés contre sa propre population.

Intérêt porté au Sud

Ainsi, l’originalité de ce sommet est qu’il a entériné un paquet concernant le sud, qui comporte diverses initiatives politiques et de coopération pratique visant à adopter une approche plus stratégique pour le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Les Etats membres ont ainsi déclaré leur détermination à développer une relation plus dynamique avec les partenaires du Dialogue méditerranéen et de l’Initiative de coopération d’Istanbul, notamment pour les aider à moderniser leurs institutions de défense.

La déclaration finale a en outre précisé que le centre régional OTAN-ICI (Initiative de Coopération d’Istanbul), implanté au Koweït, permettra de travailler plus étroitement avec les partenaires de la région du Golfe. Les Etats membres ont également insisté sur le développement des relations de l’Otan avec la Ligue des Etats arabes et avec le Conseil de coopération du Golfe, ainsi que l’Union africaine. L’Otan a déclaré rester attaché à son partenariat de longue date avec la Jordanie, la Tunisie et la Libye. Selon les sources de l’Otan, l’alliance va renforcer sa coopération avec l’Egypte en déclenchant la seconde partie du déminage des engins explosifs et en signant bientôt un mémorandum d’entente.

Le financement, principal point de discorde

Outre ces questions concernant les relations de l’Otan avec les pays ou organisations tiers, les discussions ont été dominées par le contentieux entre les pays membres sur le montant des sommes que ceux-ci doivent consacrer à la défense. « Les dépenses de défense hors Etats-Unis ayant augmenté en valeur réelle pendant quatre années consécutives, tous les alliés ont commencé à accroître le montant de leurs dépenses de défense en termes réels », peut-on lire dans la déclaration. Pourtant, au cours du sommet, le président américain a suggéré aux Européens de faire passer les dépenses militaires à 4 % du PIB de chacun de ces pays.

Dès le premier jour, le locataire de la Maison Blanche a ouvert les hostilités avant même le début du sommet contre la chancelière allemande Angela Merkel : « L’Allemagne est prisonnière de la Russie ». Merkel a rétorqué que « l’Allemagne prenait ses décisions de façon indépendante ».

La deuxième journée du sommet a vécu une nouvelle attaque lancée par Trump contre « les mauvais payeurs ». Bien que la question du « partage du fardeau » soit théoriquement close à la veille du sommet, le secrétaire général de l’Otan a dû convoquer une réunion d’urgence au 2e jour du sommet: une rumeur circulait que Donald Trump aurait menacé de quitter l’Alliance s’il n’avait obtenu pas satisfaction.

Mais Trump est lui-même apparu confiant et satisfait devant les caméras. « Je crois en l’Otan », a-t-il dit. Cette « happy end » s’explique par le fait que le président américain a finalement obtenu gain de cause vu que les Européens ont « substantiellement corrigé le tir et ajouté 33 milliards de dollars, et peut-être 40 milliards à la défense collective ». Et, interrogé par un journaliste s’il n’allait pas changer d’avis comme il l’avait fait par tweet en quittant le G7, Donald Trump a répondu non en affirmant être cohérent dans ses actes: «Je suis un génie très stable»...




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