Semaine du 11 au 17 juillet 2018 - Numéro 1233
Des trésors dérobés, de l’ombre à la lumière
  Après la restitution, la semaine dernière, du plus grand lot de pièces antiques dérobées, le Musée égyptien du Caire a décidé d’exposer une partie d’entre elles.
Des trésors dérobés, de l’ombre à la lumière
Les poteries sont en bon état de conservation. (Photo : Nasma Réda)
Nasma Réda11-07-2018

Au rez-de-chaussée du Musée égyptien du Caire, 1 991 pièces de différentes époques sont exposées depuis le 4 juillet et pendant quelques semaines. Il ne s’agit pas de pièces ordinaires : elles font partie du lot (21 855 pièces antiques) restitué récemment d’Italie. Pour la directrice du musée, Sabah Abdel-Razeq, cette exposition montre la variété des pièces et leur beauté. « Les pièces de monnaies restaurées remontent aux époques ptolémaïque et gréco-romaine, les tessons de céramiques remontent à l’époque islamique, alors que les masques funéraires en cartonnage et en lin datent probablement des XXVe et XXVIe dynasties av.-J.C. », déclare-t-elle.

Quelques-unes ont été immédiatement restaurées par le département de restauration du musée qui a réussi à nettoyer, rassembler et rétablir beaucoup de pièces de la collection dont des poteries, des masques de différentes dimensions, des ushebtis et autres. « La plupart des pièces, surtout les poteries, sont bien conservées, mais un masque funéraire a été gravement endommagé et a été isolé au laboratoire à cause des bactéries », souligne Moëmen Osman, directeur général du département de restauration au Musée égyptien.

En fait, toutes les pièces exposées n’ont pas subi un travail de restauration. Certaines d’entre elles, qui nécessitent une restauration, sont exposées telles quelles. Le but étant de montrer aux visiteurs et aux spécialistes l’état des pièces avant et après la restauration. De même, des photos de quelques pièces ont été placées dans les vitrines, montrant les efforts déployés pour rendre les pièces à leur état d’origine. Selon Osman, les restaurateurs ont utilisé les anciennes méthodes ainsi que des matériaux naturels afin de réparer, coller et nettoyer les pièces.

Osman explique en outre que les boiseries des bateaux saisis étaient en morceaux à leur arrivée aux laboratoires, et le couvercle d’un sarcophage était coupé en deux parties, probablement pour faciliter son transfert. « D’après les inscriptions hiéroglyphes, le sarcophage appartient à un homme appelé Irty-rw, et remonte à l’époque tardive. C’est aux archéologues et historiens d’étudier toutes les écritures et tous les matériaux pour nous informer des détails précis de chaque pièce », dit-il, assurant que ce travail va prendre du temps.

Remonter le fil de l’affaire

Des trésors dérobés, de l’ombre à la lumière
Le cartonnage et le lin étaient fort endommagés. (Photo : Nasma Réda)

L’histoire de ces pièces exposées remonte à 2017 quand les autorités italiennes ont dévoilé une affaire de trafic de 21 855 pièces dans les douanes du port de Salerno. Elles avaient alors saisi un conteneur dit « diplomatique » contenant 23 700 pièces antiques de différentes époques qui appartiennent à 10 pays. Mais il a fallu attendre le 29 juin dernier pour que 21 660 pièces de monnaies antiques et 195 artefacts de différentes époques soient restitués à l’Egypte. En effet, ce n’est qu’en mars 2018 que la police italienne a informé le ministère égyptien des Affaires étrangères de l’affaire qui, à son tour, a envoyé un CD contenant 118 photos aux responsables des antiquités. Ces derniers ont alors formé un comité d’experts sous la direction du ministre des Antiquités, avec comme membres l’ex-secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil Al-Arabi, l’archéologue Zahi Hawas, l’ambassadrice Héba Marassi, du ministère des Affaires étrangères, et un certain nombre de juges du bureau du procureur général.

Ensuite, le procureur général égyptien, Nabil Sadeq, a ordonné l’envoi d’experts en Italie pour examiner de près les pièces saisies. Après quelques jours, Moustapha Waziri, secrétaire général du CSA, s’est rendu à Salerno et est retourné avec ce nombre énorme d’objets antiques. « C’est une affaire sans précédent car généralement, les procédures judiciaires relatives à la restitution des pièces antiques prennent beaucoup de temps. Dans un cas pareil, et surtout avec ce nombre énorme de pièces, la restitution aurait pu prendre des années, mais heureusement, on a repris les pièces un mois seulement après l’annonce officielle de leur saisie », explique Chaaban Abdel-Gawad, chef du département de la récupération des pièces antiques au ministère des Antiquités, qui salue les efforts des autorités égyptiennes, surtout le procureur général. Waziri a, de son côté, salué la coopération fructueuse entre les diplomates et les autorités judiciaires et culturelles entre l’Egypte et l’Italie pour faciliter le retour des pièces antiques.

Zones d’ombre

Des trésors dérobés, de l’ombre à la lumière
Les masques funéraires brillent après leur restauration. (Photo : Nasma Réda)

En mai dernier, le ministère des Antiquités avait publié un communiqué de presse où il affirmait que les objets en question viennent probablement de fouilles illégales, car aucune des pièces n’est inscrite dans les registres. Mais aujourd’hui, le ministère semble être revenu sur cette hypothèse. « Tout ce que l’on peut dire c’est que ces pièces n’ont pas été volées d’un musée ou d’un entrepôt du ministère. On ne sait pas exactement d’où elles proviennent », a déclaré Waziri, qui a aussi précisé que « les pièces restituées remontaient à différentes périodes de la civilisation égyptienne depuis l’ère pharaonique et gréco-romaine et jusqu’à l’époque islamique ». La collection comprend 151 ushebtis en faïence, 11 poteries, 5 masques funéraires, dont quelques-uns sont dorés, un sarcophage en bois, deux petits bateaux, deux couvercles des vases canopes et trois céramiques datant de l’époque islamique.

Les enquêtes sont toujours en cours en Italie, en coopération avec le côté égyptien, pour connaître les circonstances de cette contrebande.




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