Semaine du 4 au 10 juillet 2018 - Numéro 1232
Le Mondial version insolite
  Depuis sa création en 1930, la Coupe du monde est témoin d’histoires exceptionnelles et de moments mémorables. Dans un livre paru récemment et traduit en arabe, le journaliste argentin Luciano Wernicke revient sur ces moments extraordinaires.
Le Mondial version insolite
Amira Doss04-07-2018

Un remplaçant qui marque 3 buts en 7 minutes, un arbitre qui oublie de siffler la mi-temps, une équipe qui refuse de jouer avec des crampons, un champion du monde qui ne gagne aucun match en phase de poule, un match de phase finale qui se termine sur le score de 10 à 1. De Pelé à Neymar, en passant par Zidane, Maradona ou Ronaldo, de l’édi­tion de 1930 en Uruguay jusqu’à celle de 2018, la Coupe du monde nous a fait vivre des moments inoubliables. Ce sont des person­nages, des histoires et des anecdotes qui font la grande histoire d’une compétition sportive de légende. Les Histoires insolites de la Coupe du monde du journaliste argentin Luciano Wernicke revient sur les histoires les plus folles qui ont marqué le Mondial depuis sa toute première édition en 1930. Il ouvre la boîte à souvenirs et nous révèle un autre aspect de cette compétition. « Amusante, tragique ou émouvante, depuis 1930, la Coupe du monde a été émaillée d’histoires extraordinaires. C’est l’un des événements planétaires les plus regar­dés. Elle intéresse tout le monde. L’objectif de ce livre n’est pas seulement de faire plaisir au public qui aime le foot, ce public passionné qui connaît déjà par coeur les coulisses de ce sport, mais de faire aussi plaisir à tout le monde en rapportant ces petites histoires qui ont eu lieu pendant les Coupes du monde. Des histoires passionnantes et parfois aussi cruelles ou dramatiques ».

Tel est donc le but de l’auteur qui précise que ce livre ne traite ni des résultats des matchs, ni des noms des buteurs, ni des équipes qui ont remporté la coupe, ni des chiffres records, car selon lui, il suffit de surfer sur le site de la FIFA pour connaître ces infor­mations. Le livre est le fruit de longues et patientes recherches dans les archives et les livres de sport, puis un regard différent avec un peu de recul parfois, et une certaine passion pour les débuts de la Coupe du monde, surtout les années 1930, 1940 et 1950.

L’auteur passe d’une décennie à l’autre, d’un continent à l’autre, et nous parle de tout ce qui se passe dans les coulisses du sport le plus populaire de la planète. De l’évolution des équipements footballistiques au rôle du pays organisateur, en passant par les moments de tension, les équipes éliminées, celles qui ont reçu le plus de critiques, les défaites, les plans, les choix des entraîneurs ... « Cet événement est une occasion extraordinaire pour le pays qui l’organise. Le foot a un caractère univer­sel », dit l’auteur du livre. Voici quelques-unes des histoires passionnantes qu’il rapporte dans son livre.

Les débuts

La première édition de la Coupe du monde, celle de 1930 en Uruguay, se déroule dans un contexte particulier, celui de la crise écono­mique et de la chute de la Bourse en 1929. Ce Mondial, organisé un an après la crise, n’a pas vraiment la priorité. L’Europe sort d’une guerre ravageuse. Les débuts de la Coupe sont donc hésitants. L’Uruguay est choisi pour accueillir l’événement, notamment parce qu’il avait remporté deux médailles d’or succes­sives en football lors des Jeux olympiques de 1924 et de 1928, et parce qu’il fêtait le cente­naire de son indépendance. Les clubs euro­péens sont réticents à envoyer leurs joueurs si loin et pendant si longtemps. L’Uruguay construit un stade d’une capacité de 100 000 places qui ne sera terminé que cinq jours après le match d’ouverture. La France joue le match d’ouverture contre le Mexique. L’Uruguay remportera la finale contre l’Argentine. Le lendemain de cette grande victoire est décrété jour de fête nationale.

Quant au Mondial de 1934, accueilli par l’Italie, c’est le mondial de la propagande. Le pays organisateur est sous un régime fasciste depuis plus de 12 ans. A la tête de ce régime, se trouve Benito Mussolini qui, après avoir obtenu l’organisation de ce Mondial, n’a qu’une idée en tête, montrer au monde ce qu’est l’idéal fasciste du sport. Il met tout en oeuvre pour montrer la toute-puissance de son régime. Il assiste à tous les matchs et se rend souvent aux vestiaires des joueurs. Finalement, l’Italie remporte la coupe et l’opération propa­gande est réussie.

Rater l’événement

En 1950, les joueurs indiens, trois ans après l’indépendance, ont l’occasion de représenter leur pays à la Coupe du monde. La FIFA et la Fédération brésilienne leur adressent une invi­tation. Mais il y a un problème : les joueurs indiens souhaitent jouer pieds nus, comme ils en ont l’habitude, mais cela est interdit par le règlement de la FIFA. Ils ratent donc le Mondial !

Citons aussi le cas du Hollandais Dennis Bergkamp qui n’a pas participé au Mondial de 2002 au Japon et en Corée du Sud car il souf­frait d’aviophobie !

La disparition du trophée

En mars 1996, l’Angleterre accueille la Coupe du monde. Le trophée qui porte le nom de Jules Rimet, fondateur du Mondial et prési­dent de la FIFA de 1921 à 1954, est exposé au Central Hall de Westminster. Quatre mois avant le début de la compétition, et malgré les mesures de sécurité draconiennes, le trophée est volé. Scotland Yard est mis sur le coup et les autorités anglaises reçoivent une demande de rançon de 15 000 livres sterling. C’est fina­lement le chien Pickles qui trouve le trophée caché derrière un buisson !

Un but malheureux

Lors de la Coupe du monde de 1994 aux Etats-Unis, l’équipe de Colombie rencontre le pays hôte de la compétition pour son deu­xième match en phase de poule. Durant cette rencontre, le défenseur colombien Escobar marque contre son camp en voulant dégager un ballon de la surface. Les Etats-Unis rem­portent le match et le joueur colombien est retrouvé assassiné dix jours plus tard après avoir reçu 12 balles.

L’instauration des cartons

Au Mondial de 1966, les cartons que nous connaissons aujourd’hui n’existaient pas encore. Lors d’un quart de finale électrique entre les Anglais et les Argentins, l’arbitre de la rencontre a souhaité expulser un joueur argentin après un grand nombre de fautes. Ce dernier refuse catégoriquement de sortir et il est emmené hors du terrain par les forces de l’ordre. Quatre ans après, la FIFA a instauré les cartons jaunes et rouges lors de la coupe de 1970 pour matérialiser un avertissement ou l’expulsion d’un joueur.

La passion

Le Mondial version insolite
L’icône argentine, Maradona.

« Maradona ne vit pas le foot comme nous, personne ne peut l’arrêter. C’est compliqué, il a des qualités hors normes », dit Luciano Wernicke. En ce 22 juin 1986 à Mexico, Diego Maradona marque de la main le but le plus controversé de l’histoire du foot, puis enchaîne par le but le plus fou de toutes les Coupes du monde. « Un chef-d’oeuvre touché par la grâce comme une rédemption de sa vilaine tricherie ». Quelques années plus tard, en 1994, la légende argentine est définitive­ment exclue du Mondial pour dopage à l’éphé­drine.

Pelé a remporté deux fois la Coupe du monde, et il y a participé pour la première fois en 1958 à l’âge de 17 ans, devenant ainsi le buteur le plus précoce de l’histoire du Mondial. En 1950, au stade Maracana au Brésil, et devant 200 000 spectateurs, le Brésil s’apprête à remporter sa première Coupe du monde. Dans un pays où le foot est une reli­gion, cette aspiration est légitime. Mais, ce n’est pas l’avis des attaquants de l’Uruguay qui volent la victoire au pays organisateur et la fête espérée se transforme en deuil. Mais, plus tard la revanche de Pelé et du Brésil sera écla­tante.

Au-delà du sport

Au-delà de ces histoires amusantes, le livre évoque le duel identitaire. « Quand on joue l’hymne national, les affrontements sportifs sont perçus comme des affrontements identi­taires. Les joueurs sont les représentants de leurs pays dont ils doivent défendre l’image ». Le livre nous invite à réfléchir sur cette « dro­gue populaire », ce moyen d’oublier les crises, cet élément unificateur des nations, la Coupe du monde déchaîne les passions. Chaque Mondial a ses propres histoires, ses tensions politiques, ses espoirs et ses désespoirs. Le foot est une passion planétaire, un divertisse­ment universel qui a ses stars, ses foules et ses supporters acharnés. « L’évoquer, c’est aussi évoquer l’emprise de l’argent, le poids des médias, le rapport avec la politique, mais aussi le dopage et la corruption ». Dans cer­tains pays, c’est le seul espace où les enfants du peuple peuvent échapper à leur sort. Lors de la Coupe du monde, ce qui compte le plus c’est la victoire de l’équipe, l’honneur du pays. Ce qui rend donc le foot aussi fascinant, si digne d’intérêt et si populaire, c’est qu’il nous oblige à respecter la relation avec autrui, sous toutes ses formes, mais c’est aussi une façon pour certains peuples de contribuer à l’universel, c’est le cas de l’Argentine de 1930, de la Hongrie de 1954 et du Brésil de 1970.

Les Histoires insolites de la Coupe du monde, de l’Ar­gentin Luciano Wernicke, en arabe aux Editions Tanmia, Le Caire, et Massai, Bahreïn, 2018.




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