Semaine du 4 au 10 juillet 2018 - Numéro 1232
Syrie : Damas reprend le contrôle du sud
  Les forces du régime de Bachar Al-Assad ont repris de nouvelles localités dans le sud de la Syrie. Une avancée qui profite à différentes parties.
Syrie
66 000 Syriens ont fui les combats depuis le début de l’offensive du 19 juin. (Photo : Reuters)
Maha Salem avec agences04-07-2018

Après deux semaines d’intenses bombardements, les rebelles dans la ville de Deraa au sud syrien ont cédé. Vaincus, ils ont dû signer des accords de réconciliation après des négociations acharnées avec la Russie, alliée du régime syrien. En vertu de ces accords, les rebelles qui veulent rester sur place rendent les armes moyennes et lourdes, tandis que les réfractaires et les civils refusant de vivre sous le contrôle du régime sont évacués vers des zones tenues par les insurgés dans le nord du pays. Ainsi, seront déployées des forces du régime aux postes frontaliers entre la Syrie et la Jordanie ainsi que la police militaire russe et la police syrienne dans les localités encore sous contrôle rebelle.

Les forces gouvernementales syriennes ont en fait repris de nouvelles localités dans la ville de Deraa. Considérée souvent comme le berceau de la contestation anti-Assad en 2011, Deraa est une ville importante pour tous les camps syriens en conflit et sa reprise est une victoire symbolique pour le régime, mais aussi stratégique. Elle permettrait de rouvrir le poste frontalier de Nassib, entre la Syrie et la Jordanie, source de revenus non négligeables pour le régime. Mais la ville de Deraa demeure toujours divisée entre rebelles et forces progouvernementales. Alors que le régime contrôlait avant le début de l’offensive seulement 30 % de cette province, qui borde la frontière avec la Jordanie et le plateau du Golan en partie occupé par Israël, il en tient désormais plus de 60 % et les rebelles en ont 34,6 %, selon Rami Abdel-Rahmane, de l’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH).

Selon Dr Mona Soliman, professeure à la faculté de sciences politiques et économiques de l’Université du Caire, « l’avancée rapide des forces syriennes a été possible grâce au soutien de la communauté internationale. Il s’agit d’une entente tacite entre les grandes puissances qui veulent évacuer les groupes et les factions rebelles du sud pour calmer cette région ». En effet, ces territoires dans le sud faisaient l’objet d’un cessez-le-feu négocié en juillet 2017 par Washington, Amman et Moscou.

Mais le régime a souvent recours à la même stratégie dans sa reconquête des territoires insurgés dans le pays : il bombarde et morcelle les fiefs rebelles avant de leur imposer des accords de réconciliation qui s’apparentent davantage à une capitulation. « La tactique suivie par le régime syrien est de renforcer sa puissance et son influence dans le sud du pays. Il vise à chasser les rebelles et les faire déplacer vers le nord de la Syrie, où l’influence de la Turquie est importante. En mars dernier, le régime syrien avait fait la même chose dans d’autres régions du sud », explique Soliman.

Entente tacite

Si cette nouvelle victoire du régime s’est faite grâce à une entente et à un soutien des grandes puissances, c’est parce qu’elle profite à plusieurs parties en même temps, et pas seulement à Damas. Selon l’analyste, les accords de réconciliation bénéficient à trois pays : la Jordanie, Israël et la Turquie, chacun pour ses propres raisons. « Tout d’abord, les autorités jordaniennes veulent que le régime reprenne le contrôle du sud de la Syrie entièrement parce que c’est une région frontalière de la Jordanie. Amman veut que Damas en chasse les rebelles car ils lui représentent un vrai danger et menacent les intérêts jordaniens », dit Soliman. En effet, voisine du sud syrien, la Jordanie, qui souffre d’une crise économique ne peut plus accueillir de nouvelles vagues des réfugiés syriens, ce qui représenterait un poids financier et social terrible. Au contraire, ce pays souhaite le retour rapide des Syriens chez eux.

« Le deuxième pays à qui profite la reprise des territoires du sud par Damas est Israël. Ce dernier craint la présence de rebelles armés à la frontière avec le Golan et préfère la présence du régime de Bachar », explique Soliman. Et d’ajouter : « C’est la même chose pour la Turquie, mais pour d’autres raisons. Ankara veut protéger ses zones d’influence dans le nord pour dominer les régions kurdes ».

Il semble donc que des ententes tacites ont permis cette victoire du régime de Bachar dans le sud de la Syrie. Des ententes qui représentent « un prélude au sommet américano-russe prévu à la mi-juillet et où il sera sans doute notamment question de la Syrie », conclut l’analyste.



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