Semaine du 4 au 10 juillet 2018 - Numéro 1232
Triste Coupe du monde pour l’Afrique
  Pour la première fois depuis 1982, toutes les équipes africaines ont quitté le Mondial dès le premier tour. Une grande déception pour le continent noir, malgré la performance prometteuse du Maroc et du Sénégal.
Triste Coupe du monde pour l’Afrique
Le Sénégal a été éliminé sur règlement du fair-play, une première de l’histoire de la Coupe du monde. (Photo : AP)
Mohamad Mosselhi04-07-2018

Avant le coup d’envoi de cette Coupe du monde, les Africains avaient l’ambition de voir une équipe du continent rééditer au moins l’exploit du Cameroun, du Sénégal et du Ghana, seules sélections africaines à avoir atteint les quarts de finale, respectivement en 1990, 2002 et 2010. « Je crois qu’un jour un pays africain va remporter cette Coupe du monde », avait déclaré Aliou Cissé, entraîneur du Sénégal et capitaine de la sélection de 2002 avant le Mondial. Mais il apparaît que Cissé a vu trop grand, puisque les représentants africains ont tous déçu en quittant le Mondial de Russie dès le premier tour.Avec un total de 11 points sur 45 possibles, la performance africaine a été la pire depuis longtemps, même si certaines équipes ont séduit, notamment le Sénégal, le Nigeria et le Maroc. Il est difficile de comparer une équipe égyptienne incapable de battre l’Arabie saoudite à un Nigeria qui était près d’éliminer l’Argentine de Lionel Messi ou un Sénégal sur le point de se qualifier pour le tour suivant. Mais, en fin de compte, ils ont tous quitté le Mondial et la Confédération africaine est la seule à ne pas envoyer de représentant au second tour du Mondial de Russie.

Au-delà des accusations — marocaines et nigérianes — du mauvais arbitrage et, sénégalaises, concernant le règlement du fair-play, qui a coûté aux Lions Sénégalais la qualification, de nombreuses raisons ont été à l’origine de l’échec africain dans ce Mondial. Nul ne peut nier que les équipes africaines sont assez loin de pouvoir rivaliser avec les équipes européennes ou d’Amérique latine dans un grand événement comme celui de la Coupe du monde. Malgré la présence de plusieurs joueurs africains de classe mondiale évoluant dans de grandes équipes européennes, à l’image de l’Egyptien Mohamad Salah (Liverpool), du Marocain Mehdi Benatia (Juventus), du Sénégalais Sadio Mane (Liverpool) et d’autres, les équipes africaines restent immatures. L’immaturité africaine s’est révélée de façon flagrante dans le manque de concentration des joueurs, surtout des défenseurs, dans les dernières minutes des rencontres. Cela a commencé avec l’Egypte, qui a perdu contre l’Uruguay au dernier souffle de la rencontre. Tout comme le Maroc, qui a pris un but face à l’Iran avant d’en prendre un autre contre l’Espagne dans le temps additionnel, ratant ainsi une grande occasion de remporter une victoire historique contre l’Espagne, championne du monde en 2010. Idem enfin pour la Tunisie, qui a perdu contre l’Angleterre à la 90e minute de la rencontre. Le Nigeria et le Sénégal ont souffert du même problème. Les Super Eagles avaient un pied en 8es de finale avec leur nul 1-1 contre l’Argentine, mais Marcos Rojo a mis en poussière le rêve nigérian 4 minutes avant la fin de la rencontre, qualifiant son pays pour le second tour aux dépens des Nigérians. Quant aux Lions Sénégalais, ils ont pris un but contre la Colombie à la 76e minute de la rencontre et quitté le Mondial à cause de deux cartons jaunes de plus que le Japon, qui a pris la place des Sénégalais en 8es de finale. « Les équipes africaines ne sont pas assez régulières, pas encore capables d’enchaîner deux ou trois qualifications pour la Coupe du monde et d’y obtenir des résultats et acquérir de l’expérience. Le Ghana ou la Côte d’Ivoire ne sont pas en Russie. Le manque de continuité et de performance du foot africain est la cause des résultats pas très enthousiasmants aux Mondiaux », explique Hervé Renard, sélectionneur du Maroc.

Des stars décevantes

Le manque d’efficacité constitue une grande lacune des équipes africaines. C’était le cas de la sélection marocaine, qui a présenté la meilleure performance offensive des équipes africaines en créant un grand nombre d’occasions de marquer, mais n’a réalisé que trois frappes en trois rencontres. Ironie du sort, les Marocains ont dominé le jeu contre l’Iran et le Portugal, ce qui ne les a pas empêchés de perdre les deux rencontres.

Les joueurs africains vedettes ont, eux aussi, leur part de responsabilité dans la débâcle, surtout que la majorité d’entre eux n’ont pas été à la hauteur des ambitions de leur pays. Certains ont une excuse, comme Mohamad Salah, qui a été un élément décisif pour l’Egypte malgré sa blessure à l’épaule en marquant les deux buts au compteur des Pharaons lors de la compétition mondiale. Mais d’autres ont complètement déçu, à l’instar du duo marocain Younes Belhanda et Hakim Ziyech, du Nigérian Alex Iwobi et, surtout, du Sénégalais Sadio Mané. Buteur contre la Pologne, Mané n’a rien présenté d’autre que ce but en Russie. De quoi susciter les critiques de son entraîneur Aliou Cissé, qui a exprimé son mécontentement concernant le niveau de sa star. Si l’échec africain lors de ce Mondial est flagrant, cela ne veut pas dire que le foot africain est en déclin. C’est aux équipes d’en tirer les leçons et de remédier aux faiblesses pour une meilleure performance en 2022. « Aujourd’hui, c’est un grand pas en arrière, mais c’est aussi une chance pour toutes les équipes africaines et pour la Confédération africaine de reconsidérer leur stratégie et la manière dont on veut aller de l’avant. Que voulons-nous faire lors de la prochaine Coupe du monde ? », indique l’ancienne star ivoirienne Didier Drogba. « Nous avons le potentiel et nous avons l’argent pour nous développer, mais nous avons besoin de plus que cela. Nous devons avoir la cohérence et la structure des équipes européennes et sud-américaines. Nous allons réussir un jour, mais nous devons réfléchir à nouveau à la façon dont nous abordons ces grandes compétitions », conclut l’ancien attaquant de Chelsea.




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