Semaine du 27 juin au 3 juillet 2018 - Numéro 1231
Syrie : Le régime à la reconquête du sud
  Les forces du régime syrien progressent face aux rebelles dans la province de Deraa, dans le sud du pays. Appuyées par Moscou, ces forces se préparent à lancer l’assaut final pour reprendre cette région contrôlée par des rebelles soutenus par Washington.
Syrie : Le régime à la reconquête du sud
Selon l’OSDH, 25 civils ont été tués dans les bombardements et plus de 17 000 ont fui l’est de Deraa. (Photo : AFP)
Abir Taleb avec agences27-06-2018

Deux hôpitaux ont été endommagés et 5 civils ont été tués, dimanche 24 juin, dans des raids aériens sur les territoires rebelles du sud de la Syrie, le régime de Damas faisant planer la menace d’une offensive. L’Observatoire Syrien des Droits de l’Homme (OSDH) a imputé ces raids meurtriers ayant visé l’est de la province de Deraa à l’aviation de Moscou. La veille, l’OSDH a rapporté des frappes russes sur le secteur, pour la première fois en près d’un an. Ces informations interviennent alors que la pression s’accentue sur le sud syrien.

Depuis la semaine dernière, les forces du régime intensifient leurs bombardements sur l’est de Deraa, faisant craindre un assaut imminent contre cette province et celle de Soueida, en majorité contrôlées par les rebelles qui ont été appuyés par Washington pendant des années. Au total, selon l’OSDH, 25 civils ont été tués dans les bombardements et plus de 17 000 ont fui l’est de Deraa. Et d’après les Nations-Unies, les opérations du régime dans le sud mettent en danger plus de 750 000 civils. Hautement stratégique, cette région est frontalière de la Jordanie mais surtout du plateau du Golan, dont une large partie est annexée par Israël. Elle fait l’objet depuis juillet 2017 d’un cessez-le-feu négocié par Moscou, Washington et Amman.

Ces trois pays avaient alors accepté de respecter une zone de désescalade dans les parties contrôlées par les rebelles dans le sud afin d’y réduire les hostilités. Ces mêmes puissances tentent actuellement de parvenir à un accord négocié capable d’éviter un assaut meurtrier du régime. Vendredi 22 juin, l’ambassadrice américaine à l’Onu, Nikki Haley, a demandé à Moscou de faire pression sur son allié syrien pour qu’il respecte le cessez-le-feu. Auparavant, le président syrien avait indiqué qu’il allait donner une chance aux pourparlers politiques, mais au cas où ils échoueraient, il n’y aurait « d’autre choix qu’une libération par la force ». Les forces gouvernementales se sont déjà emparées depuis le début de l’année de plusieurs régions dites de désescalade, notamment la Ghouta orientale aux portes de Damas et des zones de la province centrale de Homs.

Et après avoir sécurisé ces régions, notamment la capitale, l’armée se concentre sur le sud du pays. Les Etats-Unis auraient prévenu les insurgés syriens qu’ils n’interviendraient pas pour les aider en cas d’offensive du régime de Damas dans le sud de la Syrie, a affirmé dimanche à l’AFP un commandant rebelle. Cette mise en garde — qui n’a cependant pas été confirmée par Washington — est intervenue alors que l’aviation de Bachar Al-Assad bombarde depuis plusieurs jours les deux provinces de Deraa et Soueida. En début de semaine, l’armée syrienne a gagné du terrain face aux rebelles dans la province de Deraa, après plusieurs jours de bombardements intensifs, selon l’OSDH.

Tensions à Raqqa

Sur un autre front, dans le nord de la Syrie, les forces de sécurité à Raqqa ont imposé un couvre-feu de deux jours (dimanche 24 et lundi 25 juin) pour prévenir d’éventuelles attaques du groupe terroriste Daech. Les Forces Démocratiques Syriennes (FDS), qui avaient chassé Daech de son bastion de Raqqa en octobre dernier, ont indiqué, dimanche 24 juin, avoir reçu « des informations selon lesquelles des groupes terroristes travaillant pour le compte de Daech (...) sont entrés dans la ville de Raqqa pour mener des attaques ». Elles ont donc décidé de mettre en place « l’état d’urgence et un couvre-feu dans la ville de Raqqa ». Ainsi, quelque 5 000 combattants des FDS qui depuis la libération de Raqqa, ont formé des unités de police pour y maintenir la sécurité, se sont déployés dans la ville et dans certains secteurs de sa province pour une vaste opération de sécurité, selon l’OSDH.

Vendredi 22 juin, Daech a revendiqué son premier attentat dans la province de Raqqa depuis qu’il en a été chassé, annonçant via ses organes de propagande avoir fait exploser une bombe au nord-est de la cité. Toutefois, le couvre-feu imposé par les FDS avait aussi pour but de museler un groupe de combattants rivaux à Raqqa.

Dans un communiqué, les FDS ont d’ailleurs précisé que le couvrefeu était mis en place en raison des « opérations terroristes », mais aussi de ces manifestations « appuyées par le régime syrien ». Des raids des forces de sécurité ont également « ciblé des cellules terroristes et des groupes qui ont pour but d’ébranler la sécurité et la stabilité » de Raqqa, selon le texte qui rapporte des arrestations et la saisie d’armes et de munitions. Parmi les cibles de ces raids, « la Brigade des révolutionnaires de Raqqa », un groupe de combattants arabes originaires de la ville, qui ont autrefois combattu au côté des FDS. Outre les attaques djihadistes, la ville de Raqqa, dévastée par des mois de combat, est aussi en proie à l’agitation en raison de manifestations des habitants réclamant un retour des institutions du régime de Bachar Al-Assad.




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