Semaine du 6 au 12 juin 2018 - Numéro 1228
Dr Mahmoud Al-Habash : Si la communauté internationale ne bouge pas pour stopper l’agression israélienne, les choses peuvent dégénérer dangereusement
Osman Fekri06-06-2018
 
  Dr Mahmoud Al-Habash, conseiller du président palestinien Mahmoud Abbas, revient sur les tensions actuelles.

Al-Ahram Hebdo : Alors que la situation à Gaza est explosive et que le Conseil de sécurité n’est pas parvenu à voter une résolution sur la protection des Palestiniens à cause du veto américain, que demandez-vous à la communauté internationale ?

Mahmoud Al-Habash : D’abord, le Conseil de sécurité des Nations-Unies devrait accomplir son rôle initial, à savoir le maintien de la paix et de la sécurité mondiales. Et les Palestiniens ne veulent rien de plus que la paix et la sécurité. Si le Conseil de sécurité ne parvient à assurer ni cela, ni la protection du peuple palestinien, cela veut dire que cette instance ne sert à rien. Or, nous avons besoin d’une protection internationale puisqu’Israël a dépassé toutes les limites et son agression contre le peuple palestinien prend des promotions grandioses. La communauté internationale doit réagir. Et si elle ne bouge pas pour stopper l’agression israélienne, les choses peuvent dégénérer dangereusement. De notre côté, nous avons été aussi flexibles que possible pour parvenir à la paix, mais c’est Israël qui refuse de respecter la légitimité et le droit internationaux. Le Conseil de sécurité a voté plus de 80 résolutions sur la Palestine et aucune d’entre elles n’a été appliquée à cause du refus israélien. Que veut dire cela ? La communauté internationale accepte-t-elle donc que ce soit la loi de la jungle qui règne ?

— La Cour suprême israélienne a validé la semaine dernière le recours à des tirs mortels de l’armée contre les Palestiniens qui manifestent le long de la frontière dans la bande de Gaza. Quelle est la position de l’Autorité palestinienne à ce sujet ?

— Nous ne voyons aucune différence entre la Cour suprême israélienne et l’armée d’occupation. Le tout fait partie de la même autorité d’occupation et nous ne faisons aucune confiance en son système judiciaire. C’est ce que prouve cette décision justement. Cela confirme une fois de plus que c’est un régime d’occupation raciste et barbare, et que toutes ses institutions le sont. La décision de la Cour suprême israélienne s’inscrit dans la politique de terrorisme d’Etat d’Israël. C’est une raison de plus pour que la communauté internationale réagisse pour protéger le peuple palestinien.

— Face à ces politiques israéliennes et au soutien américain, fermez-vous la porte à toute initiative pour un règlement politique ?

— Il n’existe, en ce moment, aucune discussion politique ni avec les Israéliens ni avec les Américains. Cela dit, nous ne fermons pas la porte au règlement politique. Mais ce règlement doit s’inscrire dans la légitimité internationale. Or, les Etats-Unis, depuis leur décision sur Jérusalem et le transfert de leur ambassade, ont choisi de s’exclure du processus politique. C’est pour cela que le président Mahmoud Abbas a présenté en février dernier une initiative basée sur la légitimité internationale et sur la solution à deux Etats, tout en proposant un mécanisme international multipartite et une conférence internationale sur le processus de paix. Les Etats-Unis peuvent faire partie de ce mécanisme multipartite, mais ils ne peuvent plus aujourd’hui être le seul parrain du processus de paix. Et ce sont les Américains qui ont fait ce choix en transférant leur ambassade à Jérusalem et en reconnaissant notre capitale comme capitale d’Israël.

— Et que pensez-vous du fameux marché du siècle que les Etats-Unis sont en train de finaliser ?

— D’abord, je doute réellement que Washington détienne un vrai plan de paix. Les Américains disent avoir un plan, mais nous ne l’avons toujours pas, et nous ne pouvons pas en juger sans savoir de quoi il s’agit. Cela dit, nous rejetterons toute initiative ou vision amenuisant nos droits garantis par la légitimité internationale, quelle que soit la partie qui la propose. Nous n’accepterons pas que Jérusalem soit exclu de toute discussion, ni que la question des réfugiés ne le soit. Nous n’accepterons pas une solution autre qu’un Etat palestinien souverain ayant une continuité territoriale et avec Jérusalem pour capitale. Si les Etats-Unis ont un plan qui inclut cela, très bien, il sera le bienvenu. Sinon, non.

— Mais le secrétaire d’Etat américain, Mike Pompeo, a réaffirmé l’engagement de son pays pour une « paix globale et durable entre Israël et les Palestiniens » et sa détermination à ramener les Palestiniens à la table des négociations. Que signifie cela, selon vous ?

— Nous ne refusons pas les négociations, mais nous ne voulons pas négocier pour négocier seulement. Nous voulons de vrais pourparlers, basés sur la légitimité, avec un calendrier précis et qui aboutissent à quelque chose. Si l’Administration américaine est sérieuse et qu’elle est prête à cela, elle n’a qu’à le prouver. Et surtout, elle doit revenir sur sa décision illégitime sur Jérusalem. Mais si les Américains veulent imposer leurs conditions favorables à Israël, ce n’est pas possible.

— Vous avez dit que Washington devrait revenir sur sa décision sur Jérusalem, n’est-ce pas illusoire ?

— La reconnaissance de Jérusalem en tant que capitale d’Israël et le transfert de l’ambassade américaine représentent un crime politique, moral et juridique. C’est une reconnaissance qui n’a aucune légitimité. Avec cette décision que nous refusons totalement, les Américains sont devenus partie prenante directement dans l’agression israélienne contre les Palestiniens, les Arabes et les musulmans.

— Face à cette conjoncture, n’est-il pas temps que la réconciliation palestinienne se concrétise ?

— La réconciliation interpalestinienne est bien évidemment une nécessité stratégique à la cause palestinienne. Il est impossible que nous parvenions à nos objectifs sans être unis. Le Caire a réussi à rapprocher les vues et un accord a été conclu en octobre 2017 entre nous et le Hamas. Et le gouvernement palestinien a effectivement entrepris les démarches légales nécessaires pour mettre fin à la division et réunifier les institutions officielles. Mais le Hamas continue à mettre des obstacles face à ces démarches. Or, pour qu’il y ait réconciliation, il faut d’abord que l’ensemble des institutions de l’Autorité palestinienne exercent leur pouvoir à Gaza. Il ne peut pas y voir deux pouvoirs à Gaza.




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