Semaine du 6 au 12 juin 2018 - Numéro 1228
Développer l’action régionale
  Cinquante-cinq ans après sa création, l’Union africaine multiplie toujours les initiatives pour plus d’efficacité et pour faire face aux menaces sécuritaires et aux ingérences étrangères en Afrique.
Développer l’action régionale
La réforme de l’Union africaine a été au centre des discussions des dirigeants africains lors du dernier sommet tenu à Addis-Abeba en janvier 2018. (Photo : AFP)
06-06-2018
Amira Mohamad Abdel-Halim,

Après la fin de la Guerre froide, les Etats africains ont été internationalement marginalisés. Cette marginalisation a coïncidé avec une montée des menaces sécuritaires: plusieurs conflits déchirent le continent, des conflits intérieurs et des guerres civiles. Cette situation a poussé les dirigeants africains à penser à la nécessité de formuler de nouveaux cadres de coopération interafricaine afin de faire face aux menaces sécuritaires. Sans oublier que les taux de développement ont baissé et que d’importantes crises humanitaires s’en sont suivies.

Les dirigeants africains avaient alors décidé de tenter de parvenir à un compromis pour régler les conflits du continent à travers des mécanismes et des cadres de coopération interafricains en adoptant le slogan « Des solutions africaines pour des problèmes africains ». Ce qui a coïncidé avec une tendance mondiale favorisant la promotion des organisations régionales.

Pour réaliser ces objectifs, les dirigeants africains ont proposé des initiatives visant à développer l’action de l’organisation de l’Union Africaine (UA) qui souffrait de nombreux problèmes concernant ses cadres d’action. Cette organisation avait été fondée en 1963, en pleine phase de décolonisation. Or actuellement, la situation a beaucoup évolué. La charte de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) — ancêtre de l’UA— stipulait l’interdiction de l’ingérence dans les affaires intérieures des Etats, et c’est pour cela que l’organisation n’a donc pas pu intervenir pour régler de nombreux conflits, ce qui a donné l’occasion à des ingérences étrangères. Plus tard, en 2002, l’OUA est devenue l’UA, et la nouvelle loi fondatrice a tenté de régler tous les problèmes dont souffrait l’organisation précédente. Cette loi a stipulé la possibilité de l’intervention de l’UA dans les affaires intérieures des Etats dans des cas déterminés. L’UA a également fondé un appareil sécuritaire, le Conseil de la paix et de la sécurité, pour interdire, gérer et régler les crises.

Depuis la fondation de cet appareil, il a effectué plusieurs interventions militaires et a réussi à rétablir la stabilité dans quelques cas. Et en plus du rôle accompli par le Conseil de la paix et de la sécurité, les dirigeants africains ont tenu, à travers leurs réunions périodiques, à présenter de nouvelles initiatives pour empêcher le déclenchement de crises et améliorer les taux de développement. Ces initiatives ont été mentionnées dans l’Agenda 2063, présenté par les dirigeants africains au cours de la commémoration du 50e anniversaire de la fondation de l’organisation continentale en 2013.

Coopération dans la lutte antiterroriste

Depuis 2010, l’Afrique et le monde entier ont connu une dangereuse montée du terrorisme. Les répercussions ont été catastrophiques sur la stabilité et la sécurité de nombreuses régions africaines: des victimes civiles et des déplacements de population en grand nombre. Certains Etats, comme le Nigeria, se sont trouvés incapables de faire face aux groupes terroristes. Les dirigeants africains ont alors renforcé leur coopération pour faire face au phénomène du terrorisme à travers plusieurs mécanismes. Le plus important était la formation de forces communes. En plus de la tenue de réunions périodiques pour la coopération et les entraînements communs entre les armées africaines. Dans les faits, la coopération régionale dans la lutte antiterroriste a réussi à endiguer le phénomène dans certaines régions, dans l’est et l’ouest de l’Afrique.

Les Etats et les peuples africains ont compris que la propagation des conflits ouvrait la porte à l’ingérence étrangère, alors que les forces étrangères visent avant tout à réaliser leurs intérêts en installant des bases militaires dans les pays africains et en soutenant des parties du conflit au détriment d’autres. Ce qui accentue de plus en plus les conflits et aggrave ses répercussions, surtout que les organisations internationales, avec en tête l’Onu et les organisations de secours, ont été incapables de régler les conflits. L’ingérence étrangère au Mali en est un exemple clair. Effectivement, l’intervention de la France n’a pas mis fin aux groupes terroristes au nord du Mali. Au contraire, elle était l’une des raisons qui ont contribué à la propagation des groupes terroristes dans toute la région du Sahel, portant préjudice à tous les pays voisins, en particulier le Burkina Faso, le Niger et le Cameroun.

Et malgré les efforts africains croissants visant à développer l’action régionale afin de faire face aux menaces sécuritaires et limiter les ingérences étrangères, cette action nécessite encore beaucoup d’initiatives. En particulier en ce qui concerne les tentatives de réaliser la dépendance financière des appareils de l’UA, alors que l’organisation souffre du manque de financement. Nombreux Etats africains se trouvent incapables de verser leur part du budget de l’organisation et en même temps, l’UE et les Etats-Unis assument la plus grande part de ce budget (environ 80%), ce qui influence énormément l’indépendance de l’UA et ses cadres d’action.




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