Semaine du 6 au 12 juin 2018 - Numéro 1228
Mahmoud Aboul-Einein : L’Egypte va oeuvrer à promouvoir les relations afro-arabes
  Mahmoud Aboul-Einein, ex-doyen de l’Institut des études africaines à l’Université du Caire, revient sur les défis auxquels fait face le continent ainsi que l’importance du rôle de l’Egypte, élue présidente de l’Union Africaine pour l’année 2019.
Mahmoud Aboul-Einein
Sabah Sabet06-06-2018

Al-Ahram Hebdo : La Journée de l’Afrique, qui commémore la première tentative de créer une union africaine en 1963, a été célébrée le 25 mai. 55 ans plus tard, les défis sont-ils toujours les mêmes ?

Dr Mahmoud Aboul-Einein : Les enjeux du continent sont aujourd’hui complètement différents. Les défis et les problèmes que le continent affronte ont bien évolué. Dans les années 1960, la plupart des pays africains luttaient encore pour leur indépendance. Aujourd’hui, la phase de la décolonisation est dépassée, mais plusieurs maux rongent le continent, avec en tête la lutte contre le terrorisme qui s’est propagé dans plusieurs régions d’Afrique, surtout dans la Corne d’Afrique, la région du Sahel ainsi que l’ouest et le nord du continent. Les conflits internes restent toujours une menace pour la stabilité du continent, et ceci bien que leur nombre ait beaucoup diminué par rapport aux années 1990. A l’époque, on disait que la moitié des conflits armés du monde se déroulaient en Afrique. Un troisième défi se dresse également devant le développement du continent, qui est un défi purement africain : comment profiter des énormes potentiels économiques des pays africains afin de réaliser une intégration régionale du continent.

— Justement, à ce propos, comment est-il possible de réaliser une intégration régionale économique en Afrique ?

— L’intégration régionale du continent est l’un des facteurs importants pour renforcer le développement dans le continent. L’idée est née même avec la création de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA, ancêtre de l’Union africaine) en 1963. Pour accélérer l’intégration régionale, les dirigeants africains ont signé l’accord d’Abuja en 1991. Ce texte prévoyait la création d’une Communauté Economique Africaine (CEA) en vue de créer un marché et une monnaie unifiés, afin de renforcer la compétitivité au sein du continent. En fait, plusieurs pays africains, y compris l’Egypte, ont réalisé de grands progrès vers la création d’une zone de libre-échange. Les huit communautés économiques régionales du continent s’activent également dans ce sens. Parvenir à parachever cette intégration est un grand défi à l’heure actuelle. Elle ne pourra réussir en Afrique en l’absence d’une solide volonté politique. Il est l’heure que l’Afrique parle d’une seule voix.

— L’Egypte a été élue présidente de l’UA pour l’année 2019. Comment Le Caire pourra-t-il tirer profit de cela dans le cadre de sa diplomatie très active dans le continent ?

— Certes, l’Egypte va jouer un rôle central au cours de son mandat pour résoudre les problèmes du continent. En fait, ce n’est pas la première fois que l’Egypte occupe une telle place. Mais, cette fois-ci, la présidence de l’UA revêt une grande importance particulière puisqu’elle intervient à un moment très critique. Le président Abdel-Fattah Al-Sissi, en adoptant une diplomatie active dans le continent, jouit d’une grande crédibilité auprès des Africains. Il faut noter que le mode de travail de l’UA est basé sur un système nommé la troïka de chefs d’Etat. Il s’agit d’une commission africaine constituée du président en exercice de l’UA, de son prédécesseur et de son successeur, afin de permettre à l’organisation de gagner en autorité et en continuité. Et, également, pour gagner du temps et permettre aux travaux dans les différents dossiers de se poursuivre sans aucune interruption au cours du transfert d’une présidence à l’autre. La mission n’est pas du tout facile. Il s’agit d’un continent qui renferme 55 pays. C’est pourquoi le président Abdel-Fattah Al-Sissi, depuis son arrivé au pouvoir en 2014, avait tenu toujours à assister à tous les conférences et les sommets africains.

— Et quels seront les dossiers prioritaires pour Le Caire ?

— Je pense que les deux sujets principaux qui seront en tête de l’agenda égyptien sont la lutte antiterroriste et le règlement des conflits internes. L’Egypte va multiplier les initiatives pour instaurer la paix en Afrique.

— L’Egypte peut-elle renforcer la présence arabe dans le continent, jusqu’à présent jugée très faible ?

— En fait, les relations araboafricaines ont témoigné d’un certain recul au cours des années passées. On a vu même certains pays arabes claquer la porte des sommets africains, comme il s’est passé lors du sommet de 2016 quand un nombre des pays se sont retirés de la séance pour soutenir la position du Maroc qui s’opposait à la présence du front Polisario au sommet. Une attitude qui a alimenté un sentiment de manque de confiance chez les Africains envers les pays arabes. L’Egypte, à la tête de l’UA, va oeuvrer à promouvoir les relations afro-arabes. Elle est connue toujours être la dynamique qui anime les relations afro-arabes. En fait, 11 pays arabes font partie du continent africain, dont un nombre est ravagé par des conflits internes comme le cas du Soudan du Sud, de la Somalie et de la Libye. Donc, on ne pourrait jamais régler ces conflits sans renforcer la coopération entre la Ligue arabe et l’UA. Cette coopération pourrait aussi être fructueuse en ce qui concerne le soutien de la cause palestinienne. Il faut barrer la route devant Israël qui tente aujourd’hui d’exercer des pressions sur quelques pays africains pour rejoindre son camp.




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