Semaine du 6 au 12 juin 2018 - Numéro 1228
Comment la Chine a su courtiser l’Afrique
  Contrairement à celle adoptée par l’Occident, la politique économique chinoise en Afrique mise sur un partenariat commercial et économique dépourvu de tout aspect politique ou de conditions préalables. La clé de sa réussite.
Comment la Chine a su courtiser l’Afrique
La conception chinoise est basée sur des pas concrets pour un développement économique plus durable.
06-06-2018

Par Mohamad Fayez Farahat

La présence chinoise accrue dans le continent africain a toujours suscité une large polémique en Occident, où l’on s’interroge sur les motifs de cette présence, ses objectifs et ses impacts sur les économies africaines. Le sujet a d’ailleurs été largement évoqué dans les écrits occidentaux, qui ont abordé avec abondance les effets négatifs des politiques chinoises qu’elles soient économiques, financières et d’investissements non seulement sur les économies du continent noir, mais aussi sur les processus de transition politiques, d’exercice démocratique et les valeurs de droits de l’homme. Mais en réalité, il est impossible de comprendre les critiques occidentales adressées à la présence chinoise en Afrique loin de la compétition occidentale-chinoise. Un fait qui a en quelque sorte éclipsé les effets positifs de la politique économique chinoise aux dépens des politiques occidentales. Le premier de ces aspects positifs est l’absence de conditions économiques et politiques pour l’allocation de prêts ou d’aides. Ce qui va à l’encontre des principes occidentaux qui posent des conditions aussi bien aux aides économiques qu’aux investissements. Des conditions qui ont trait à la démocratisation, aux droits de l’homme ou bien au transfert vers une économie libre.

Trois principes

La politique chinoise en Afrique repose sur trois principes fondamentaux qui sont d’une grande importance pour les économies africaines souffrant de nombreuses lacunes politiques, économiques et sécuritaires. La première de ces conditions est que les questions relatives aux investissements, aides ou financement chinois ne sont point politisées. Malgré la faiblesse des relations commerciales américano-africaines, les Etats-Unis ont tenu à poser des conditions spécifiques à l’évolution de leurs relations économiques et commerciales bilatérales ; et ceci s’est fait sous le label de la transition de l’Afrique à une économie de marché. La loi des opportunités de croissance en Afrique (African Growth Opportunity Act) promulguée en 2000, qui visait par exemple à liquider tous les obstacles s’érigeant devant les exportations africaines à destination du marché américain d’ici 2015, a été renouvelée pour une échéance de 10 ans supplémentaires. Mais à condition que ces pays s’engagent sur la voie du marché libre, l’amélioration des conditions des droits de l’homme, le raffermissement des principes de la bonne gouvernance et de la primauté de la loi. La deuxième condition stipulait la non-ingérence chinoise dans les affaires internes des pays receveurs des aides ou du financement.

La troisième condition consiste à ce que les aides ou le financement chinois ne soient en aucune sorte sujets à des interrogations dans l’avenir adressées aux gouvernements africains. Cette orientation chinoise n’a pas manqué de s’attirer des critiques de la part de certains acteurs occidentaux qui y ont vu un moyen contribuant à la persistance des régimes totalitaires et un affaiblissement de la culture de la démocratie. A titre d’exemple, au cours d’une tournée dans un nombre d’Etats africains en juin 2011, l’ancienne secrétaire d’Etat américaine, Hillary Clinton, avait même fait des déclarations selon lesquelles si les principes de la démocratie n’étaient pas propagés, on serait face à une nouvelle colonisation qui favoriserait les élites aux dépens du peuple. Deux remarques sont à faire face aux critiques adressées à la politique économique de la chine en Afrique. D’abord, rien ne dit que la politique économique occidentale (reposant sur les conditions politiques et économiques) dans le continent africain a contribué à diffuser la démocratie ou à consolider les droits de l’homme. Ensuite, si nous supposons que l’hypothèse occidentale est vraie, il faut préciser que les transitions démocratiques sont longues et compliquées. Et qu’il faut prendre en considération d’autres facteurs comme la croissance économique et l’élargissement de la classe moyenne. Contrairement au modèle occidental, la conception chinoise est basée sur des pas concrets pour un développement économique plus durable, non pas à travers le recours à des conditions préalables, mais à travers un nombre d’initiatives parmi lesquelles la « Voie de la soie » qui raffermirait les liens avec l’Afrique.

Cette initiative accorde la priorité aux questions relatives au développement et fondamentalement l’investissement dans l’infrastructure. Il s’agit de dossiers vitaux pour les économies africaines plus que les causes de libéralisation de l’économie et de transfert vers le marché libre. Plus importants probablement que les outils de démocratisation purement formels. En conclusion, il s’est avéré que la politique économique américaine qui pose des conditions à l’allocation de financement ou d’aides en Afrique n’a pas impacté le volume des relations commerciales américanoafricaines. En effet, le commerce du pétrole s’est toujours accaparé la part du lion dans ses relations. Ceci vient prouver l’échec du mécanisme occidental et américain surtout en Afrique et l’incapacité et l’inaptitude des Etats africains à appliquer les conditions européennes pour des raisons qui concernent leurs situations politiques et économiques.

Expert au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram



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