Semaine du 6 au 12 juin 2018 - Numéro 1228
Bahaa Abou-Choqqa : La démocratie n’est pas un luxe, il faut travailler dur pour la maintenir
  Dans un entretien à l’Hebdo, Bahaa Abou-Choqqa, président du néo-Wafd, revient sur les réunions qui ont rassemblé plus de 90 partis, en réponse à l’appel du président en faveur d’une coordination entre les partis et le gouvernement et d’une redynamisation de ces derniers sur la scène politique.
Bahaa Abou-Choqqa : La démocratie n’est pas un luxe, il faut travailler dur pour la maintenir
Chaïmaa Abdel-Hamid06-06-2018

Al-Ahram Hebdo : Le néo-Wafd a lancé une initiative visant à rapprocher les points de vue entre les partis politiques et le gouvernement sur des questions politiques et sociales. De quoi s’agit-il exactement ?

Bahaa Abou-Choqqa: Suite à l’appel du président de la République en faveur d’une redynamisation du rôle des partis, notre objectif est de créer un comité de coordination entre les partis et le gouvernement, afin de rapprocher les points de vue autour de diverses questions politiques et sociales. Nous allons aussi préparer un « document national des partis » sur lequel tous les partis et forces politiques devront s’accorder pour rétablir l’équilibre de la vie politique. Nous visons, en outre, à mettre en oeuvre l’article 5 de la Constitution, qui prévoit la mise en place d’une vie démocratique fondée sur le multipartisme et le transfert pacifique du pouvoir. Nous allons poursuivre notre série de rencontres, une fois chaque semaine, jusqu’à atteindre tous ces buts. Cette semaine, nous nous sommes mis d’accord sur la formation du comité de coordination et nous avons même commencé à recevoir des propositions des partis quant aux membres de ce comité.

— Quelle sera la composition de ce comité et de quoi se chargera-t-il ?

— Il a été convenu de former un comité qui inclura 21 partis politiques: 10 partis représentés au parlement, 10 qui ne le sont pas ainsi que le parti du néo-Wafd, qui en sera le coordinateur général. Le comité inclura aussi 3 experts constitutionnels, dont l’avis sera consultatif. Le comité sera responsable de la coordination, au nom de tous les partis, avec le gouvernement et se chargera également d’élaborer le « document national des partis ».

— Et quels sont les critères de choix des partis qui formeront le comité ?

— Tous les partis ont le droit de se présenter. Comme je l’ai dit, on choisira 10 partis représentés au parlement et 10 qui ne le sont pas. Si le nombre de demandes d’adhésion dépasse le nombre requis, un tirage au sort sera effectué. Les partis choisis devront présenter leurs propositions quant à la façon de renforcer la présence des partis politiques sur le terrain.

— Certains partis ont été absents lors de ces réunions et d’autres ont critiqué ce qu’ils ont appelé un « manque de démocratie ». Qu’en pensez-vous ?

— Nous avons envoyé des invitations à tous les partis égyptiens. Si certains ont décidé de ne pas y participer, c’est leur décision et ils sont les bienvenus s’ils changent d’avis. Quant à ceux qui disent que nous avons imposé notre avis pendant les rencontres, cela n’a aucun sens, car toutes les décisions prises ont été décidées par un vote majoritaire.

— Certains disent que les partis n’ont pas besoin d’un comité de coordination, car ils peuvent communiquer avec le gouvernement de manière directe. Quel est votre avis ?

— La communication politique entre les partis et le gouvernement doit être faite de manière démocratique et bien organisée. Et c’est le rôle de ce comité qui devra parler au nom de tous les partis. D’autant plus que, malgré leurs différences idéologiques, les partis égyptiens, dans leur ensemble, représentent une même pensée politique, qui soutient la stabilité et le développement de l’Etat et sa lutte contre le terrorisme. C’est justement autour de ce concept de démocratie, fondée à la fois sur l’échange des avis et la consultation entre les partis et avec le gouvernement, que les partis politiques doivent se rejoindre, afin de rétablir l’équilibre du système politique.

— Les partis ont appelé à rencontrer le président Sissi pour consultation. Quelles demandes allez-vous lui présenter ?

— Nous n’avons pas vraiment discuté de ces demandes lors de nos rencontres. A mon avis, il est préférable que cette rencontre soit tenue après qu’on eut parvenu à former le comité et qu’au moins, les grandes lignes du « document national des partis » soient élaborées, et ce, pour avoir une idée précise de nos demandes et pour que la rencontre soit rentable.

— Mais quelles sont les principales revendications ou demandes des partis pour une réelle relance de la vie politique ?

— Tout d’abord, nous avons appelé tous les partis politiques à préparer leurs visions concernant la nouvelle loi sur les élections législatives et des articles de loi. Mais notre principale mission est de nous concentrer sur le « document national des partis ».

— Pensez-vous que le parti du néo-Wafd puisse réussir à gérer cette initiative et à inclure tous les autres partis ?

— Nous sommes devant une chance en or qu’il ne faut en aucun cas manquer. Si les partis et forces politiques n’arrivent pas à profiter de cette chance pour se redresser, surtout que c’est le président de la République lui-même qui a appelé à cette initiative, ils ne le pourront jamais. Cela dit, nous jouissons actuellement d’une réelle volonté politique pour un retour en force des partis sur la scène politique et c’est aujourd’hui aux partis de faire le pas pour se placer sur la scène. Ceux qui font un pas en arrière n’auront qu’à se blâmer eux-mêmes. La démocratie n’est pas un luxe, il faut travailler dur pour la maintenir.

— Les partis politiques, dans leur ensemble, ont été très faibles au cours des dernières années. Pensez-vous qu’ils soient capables d’affronter ce défi ?

— Il faut chercher les raisons derrière cette faiblesse. Les partis ont été complètement marginalisés sous le règne de Moubarak, vu la domination du Parti National Démocrate (PND). Ce dernier a fermé toutes les portes du travail politique devant les partis. Même le parti du Wafd a beaucoup souffert. Ensuite, après la révolution du 25 janvier, nous sommes passés par l’une des pires périodes de l’histoire de l’Egypte sous les Frères musulmans. Après le 30 juin, l’Egypte a mené une guerre farouche contre le terrorisme, qu’elle poursuit avec grand succès. Aujourd’hui, on peut dire que le pays s’est redressé économiquement et pour que l’image politique soit elle aussi complète, il est temps que les partis jouent leur rôle, et ce, de manière efficace.




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