Semaine du 6 au 12 juin 2018 - Numéro 1228
L’espoir d’un avenir meilleur
  Le président Abdel-Fattah Al-Sissi a prêté serment le 2 juin, devant le parlement, pour son deuxième mandat. L’occasion de revenir sur les acquis du premier mandat et les défis à venir.
L’espoir d’un avenir meilleur
Et lors de la prestation de serment.(Photo : Reuters)
May Al-Maghrabi06-06-2018

« Je jure par Dieu Tout-Puissant de préserver le régime républicain, de respecter la Constitution et la loi, de veiller entièrement aux intérêts du peuple et de préserver l’indépendance, l’unité de la nation et l’intégrité de son territoire », a déclaré le président Abdel-Fattah Al-Sissi, samedi 2 juin, en prêtant serment devant le parlement pour un second mandat présidentiel.

C’est au cours d’une séance spéciale, retransmise en direct à la télévision d’Etat, que la prestation de serment du président a eu lieu devant les membres du parlement, du gouvernement, du grand imam d’Al-Azhar, du pape de l’Eglise orthodoxe, ainsi que d’un certain nombre de personnalités et de figures politiques. Le chef de l’Etat a été salué par 21 coups de canon. Des avions de chasse ont dessiné le drapeau égyptien dans le ciel du Caire et des hélicoptères militaires ont survolé le centre de la capitale au cours de la matinée, au moment où le président se rendait au parlement.

L’espoir d’un avenir meilleur
Le président prononçant son discours devant les députés. (Photo : Reuters)

Il s’agit du premier président de la République, depuis 2005, qui prête serment devant le parlement en vertu de l’article 144 de la Constitution, stipulant que la prestation de serment du président soit prononcée avant son entrée en fonction. En 2014, le président Sissi avait prêté serment pour son premier mandat devant la Haute Cour constitutionnelle quand l’Egypte était sans parlement. Le président Sissi avait été réélu en mars 2018 avec 97,08 % des voix pour un second mandat de 4 ans, lors d’élections marquées par un taux de participation de 41 %. Le chef de l’Etat s’est imposé face à Moussa Moustapha Moussa, président du parti libéral d’Al-Ghad. Ce scrutin présidentiel était le premier organisé par l’Autorité Nationale des Elections (ANE), une institution à 100 % indépendante au niveau administratif et financier, récemment créé et chargé de la gestion des élections.

Avant de prononcer son discours d’investiture devant le parlement, le président a réclamé une minute de silence à la mémoire des Egyptiens morts « pour le pays ». « Nous avons combattu le terrorisme brutal qui cherchait à saper l’unité de notre patrie. Ce combat contre le fanatisme sera poursuivi. Je salue les héros des forces armées et de la police qui sacrifient leur vie pour protéger la patrie et la volonté du peuple », a-t-il ensuite lancé, soulignant que dans ce combat contre le terrorisme et l’extrémisme, l’institution d’Al-Azhar représente « la tribune de l’islam modéré » alors que l’Eglise égyptienne est « le symbole de la paix et de la tolérance ». Après 2013, les attaques terroristes contre l’armée et la police se sont multipliées, surtout au nord du Sinaï, faisant des centaines de victimes. L’armée mène depuis cette date une vaste campagne militaire contre les fiefs terroristes. Actuellement, l’armée poursuit la vaste opération antiterroriste, Sinaï 2018, lancée en février dernier dans le but d’éradiquer définitivement le terrorisme.

Feuille de route d’un nouveau mandat

L’espoir d’un avenir meilleur
Accueilli par les grandes personnalités de l’Etat. (Photo : AFP)

La fin des cérémonies a marqué, officiellement, le début du second mandat présidentiel de quatre ans. La sécurité et l’économie restent deux défis majeurs. « Diriger un pays comme l’Egypte est une grande responsabilité », a déclaré le président s’engageant à ne pas économiser d’efforts pour le bien de la patrie. « Ensemble, nous relèverons les défis économiques, sociaux et politiques au même titre que nous avons auparavant affronté le terrorisme qui visait notre unité nationale. Je suis convaincu que l’unité du peuple égyptien est la seule garantie du succès », a affirmé le président Sissi. Lors de son discours prononcé devant le parlement, le président Sissi s’est engagé à relever les défis sécuritaires, économiques et politiques en vue d’assurer « un meilleur avenir pour les Egyptiens ». Il a promis d’oeuvrer pour l’instauration d’un « Etat moderne basé sur les principes de la liberté et de la démocratie », et de redonner à l’Egypte sa place pionnière sur la scène régionale et internationale. « Je vous assure qu’accepter l’autre et créer des espaces communs entre nous sera ma première préoccupation pour réaliser le consensus, la paix sociale et un véritable développement politique, en plus de notre développement économique », a déclaré le président Sissi. « Je n’exclurai personne de cet espace à l’exception de ceux qui choisissent la violence, le terrorisme et la pensée extrémiste comme moyen d’imposer leur volonté », a-t-il souligné. Le président a ajouté : « Nous avons fait face ensemble aux défis économiques, sociaux et politiques et leurs effets négatifs sur tous les aspects de la vie. Ce peuple majestueux est capable de relever les défis ». Il a promis de poursuivre la lutte contre le terrorisme et de redresser l’économie. En 2016, un vaste programme de réforme économique a été lancé, dévaluant la monnaie locale et réduisant les subventions sur le carburant et les services, entraînant une hausse de l’inflation. Mais le gouvernement tient à en atténuer les effets à travers une série de mesures sociales destinées aux classes défavorisées.

L’espoir d’un avenir meilleur
(Photo : Reuters)

Dans son allocution, le président s’est dit « déterminé » à poursuivre le chemin de la réforme et du développement entamé lors de son premier mandat (voir encadré). Il a expliqué qu’au cours de son second mandat, l’éducation, la santé et la culture seraient à la tête de ses préoccupations. Il a précisé que de grands projets et programmes de réforme seront lancés en vue d’améliorer le niveau de vie des Egyptiens et la qualité des services offerts.

Sur un autre volet, le président a indiqué que la diplomatie égyptienne poursuivrait sa politique d’ouverture sur tous les pays. « L’Egypte oeuvrera en vue d’établir des relations équilibrées avec les puissances internationales et régionales sur la base du respect mutuel », a déclaré le président. L’ancien diplomate Mohamad Al-Orabi, chef de la commission des affaires étrangères au parlement, explique que depuis les années 1970, le rôle de l’Egypte avait reculé en Afrique, au Moyen-Orient et en Amérique latine. Et en 2011, l’instabilité et l’insécurité dont a témoigné l’Egypte après la révolution de 2011, et par la suite la détérioration des relations de l’Egypte avec certaines institutions internationales ont également jeté leur ombre sur le rôle égyptien. « Ce n’est que depuis l’élection du président Abdel-Fattah Al-Sissi en 2014 que la diplomatie égyptienne a marqué un grand retour et est redevenue active dans plusieurs sphères. Adoptant une politique étrangère basée sur l’indépendance, le non-alignement et le respect de la souveraineté, l’Egypte a retrouvé la confiance de la communauté internationale et joue aujourd’hui un rôle important au sein des organisations internationales », affirme Al-Orabi, ajoutant qu’avec le président Sissi, l’Egypte joue un rôle actif dans la région arabe et en Afrique.

A la hauteur des défis

Ali Abdel-Al, président du parlement, a félicité le président Sissi pour son second mandat. « Nous renouvelons la confiance au président Sissi pour achever les plans de réforme et de modernisation qu’il a entamés. Le président a permis à l’Egypte de traverser une phase critique et il lui incombe aujourd’hui de poursuivre les plans de développement à tous les niveaux », a déclaré Abdel-Al. En dépit d’une conjoncture économique et sécuritaire difficile, le premier mandat du président a témoigné de grandes réalisations. « Entre autres, le Nouveau Canal de Suez, la hausse des réserves en devises étrangères, la baisse du taux de chômage et de l’inflation, ainsi que la régression du terrorisme », a énuméré Abdel-Al. « Des raisons pour lesquelles le parlement s’engage à coopérer avec l’exécutif en vue de réaliser les intérêts suprêmes du pays », a conclu Abdel-Al. Sur la même longueur d’onde, Salah Hassaballah, porte-parole du parlement, qualifie la prestation de serment du président devant le parlement d’« historique ». « La réélection du président pour un second mandat reflète le sens patriotique du peuple égyptien, qui, malgré les mesures difficiles ayant accompagné la réforme économique, a choisi l’homme qui a jeté les fondements de l’Etat et a assuré la sécurité et la stabilité au pays », pense Hassaballah. Il ajoute que le discours du président Sissi, après son investiture, était une sorte de feuille de route prometteuse pour le second mandat. « En se focalisant sur l’identité égyptienne, la réforme de l’enseignement et de la santé, le discours du président dévoile que l’amélioration du niveau de vie du simple citoyen est au centre des plans présidentiels au cours du second mandat », affirme Hassaballah.

Quant au politologue Tarek Fahmi, il estime que le second mandat du président commence sur des bases plus stables. « Rétablir les fondements de l’Etat sapés par des mutations politiques, sécuritaires et économiques qu’a connues le pays suite à deux révolutions a été la tâche majeure du premier mandat du président Sissi. A cet égard, le programme de réforme économique, le redressement d’une infrastructure en ruine, la mise en chantier d’une multitude de méga-projets nationaux sont des réalisations incontournables. Malgré les mesures difficiles, qui ont accompagné la réforme économique, beaucoup d’Egyptiens reconnaissent qu’il s’agit d’une phase provisoire jusqu’à ce que l’économie du pays se redresse », explique Fahmi. Il ajoute que comme à la présidentielle de 2014, le peuple voit en le président Sissi l’homme de la situation qui a sauvé le pays des Frères musulmans. « Pour les Egyptiens, le rétablissement de la sécurité et de la stabilité est déjà un acquis important du premier mandat du président qui justifie un second mandat », affirme Fahmi, tout en admettant que les défis économiques restent de taille même si les indicateurs sont prometteurs. Selon les prévisions de la Banque mondiale, le taux de croissance devrait passer en 2018 à 5,5 %, contre 4,5 % en 2017. Ce succès est appuyé par d’autres chiffres positifs, comme la réduction du taux de chômage, qui était de 11,9 % au deuxième trimestre 2017, contre 13,4 % en 2012. Le volume des réserves monétaires a augmenté pour atteindre 37 milliards de dollars en 2018, contre 16 milliards de dollars en 2014. Le déficit de la balance commerciale au cours des deux dernières années a diminué de 20 milliards de dollars. Les exportations ont, quant à elles, témoigné d’une hausse de 4 milliards de dollars. Fahmi conclut que le début du nouveau mandat du président Sissi commence par une victoire contre le terrorisme, et l’espoir pour le simple citoyen de récolter les fruits des réformes économiques en cours l


Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire