Semaine du 30 mai au 5 juin 2018 - Numéro 1227
Quelle issue pour la crise libyenne ?
Kamel Abdallah30-05-2018
 
 

Le 21 mai dernier, les ministres égyptien, algérien et tunisien des Affaires étrangères se sont réu­nis à Alger dans le cadre du méca­nisme tripartite des pays voisins de la Libye, afin d’examiner les der­niers développements de la crise libyenne et les horizons du proces­sus du règlement politique. La réu­nion a annoncé son refus total de toute forme d’ingérence étrangère en Libye, qui n’aboutirait qu’à plus d’escalade, causant le trébuchement du processus politique et portant atteinte à la sécurité et à la stabilité non seulement de la Libye, mais aussi des pays voisins. Cette réunion a été tenue une semaine avant l’orga­nisation, à Paris, d’une conférence internationale autour de la Libye avec la présence des quatre grands présidents libyens: Oquala Saleh, président du parlement à Tobrouk, Khalifa Haftar, commandant de l’ar­mée nationale libyenne, Fayez Al-Sarraj, président du Conseil pré­sidentiel libyen, et Khaled Al-Machri, président du Haut conseil. Cette réunion est un prélude à une initiative française visant à activer l’inertie politique existant depuis plus de 3 ans.

La réunion tripartite (Egypte-Tunisie-Algérie) a exprimé son refus de l’alignement de l’émissaire onu­sien en Libye, Ghassan Salamé, sur l’initiative française. Ce dernier avait annoncé, le jour de la réunion, qu’il fallait définitivement tourner la page de l’accord politique que la communauté internationale avait approuvé en tant que document gérant le pays jusqu’à la fin de la phase transitoire. L’émissaire onu­sien a insisté sur la tenue d’élections dans un climat politique, sécuritaire, social et économique qui n’est pas du tout favorable en ce moment. Et la France presse son choix et voit que les élections constituent la meilleure issue à la crise actuelle. Or, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis et l’Italie estiment qu’il faut parvenir d’abord à un règlement politique pour sortir de la crise avant d’organiser des élections, afin d’évi­ter tout trébuchement ou échec de n’importe quel processus politique parrainé par la communauté interna­tionale en Libye.

Les pays voisins sont aussi convaincus que la diversité des ini­tiatives est devenue un facteur entra­vant le processus de règlement poli­tique et qu’il faut unir les efforts internationaux et régionaux afin d’éviter les échecs. De plus, n’im­porte quelle initiative individuelle peut, d’un côté, entraver les efforts de l’Onu, visant à parvenir à un règlement politique, et, de l’autre, aggraver la crise actuelle, qui se complique de plus en plus au point de menacer l’entité libyenne dans sa totalité.

Quant à la France, qui s’engage dans un conflit ouvert avec l’Italie sur les territoires libyens, elle estime que des élections sont l’occasion d’unir les rangs des institutions libyennes. Certaines personnalités libyennes, dont la plupart appartien­nent à l’ancien régime, voient que le processus électoral est une occasion de revenir sur la scène politique. Mais la situation sur le terrain ne semble pas propice à un tel choix à cause d’une forte polarisation qui sévit sur les territoires libyens.

Quant aux pays voisins, ils voient que l’initiative française est incom­plète et que des élections ne pour­ront pas donner naissance à une nouvelle élite apte à réorganiser la scène libyenne. Au contraire, les anciennes élites vont renaître, sur­tout que les forces en action ne sont pas prêtes à renoncer aux bénéfices acquis au cours des sept dernières années. Par exemple, l’Egypte, qui a plus de chances que les autres par­ties de mener des efforts réels visant le règlement, n’est cependant pas enthousiaste en ce qui concerne l’initiative française. L’Algérie, de son côté, ne souhaite pas changer la scène actuelle et craint qu’un quel­conque changement n’influence négativement ses intérêts. Quant à la Tunisie, limitrophe à l’ouest de la Libye, la région libyenne la plus peuplée, elle craint que n’importe quelle détérioration sécuritaire ne mène à une vague d’immigration que la Tunisie ne peut assumer, alors qu’elle souffre d’une crise écono­mique croissante.

Cette fois, la position des Etats voisins de la Libye concorde avec celle des Etats-Unis, de l’Italie et de la Grande-Bretagne. Ils insistent tous ensemble à achever la phase transitoire et à accomplir le projet de la Constitution. Et ce, afin de tenir les élections sur une base forte et d’éviter que la légitimité de ces élec­tions ne soit menacée, comme cela s’était passé après les élections de 2014, qui avaient engagé la Libye dans une crise politique et sécuritaire sans fin. Il est nécessaire de tenir en premier lieu des élections parlemen­taires et de reporter la présidentielle jusqu’à l’achèvement du cadre insti­tutionnel de l’Etat libyen, afin de remédier à la division institution­nelle existante depuis plus de quatre ans.

Il incombe aux pays voisins de poursuivre leur action, afin de garan­tir la coordination et l’unification des positions envers la Libye. Ils devront guider les efforts internatio­naux visant à réaliser le règlement politique et à sauvegarder leurs inté­rêts face aux pressions des forces internationales en litige sur la scène libyenne .



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