Semaine du 23 au 29 mai 2018 - Numéro 1226
Entre le danger iranien et l’escalade américaine
Ahmad Youssef Ahmad23-05-2018
 
 

Il est évident que l’Etat iranien possède un projet politique hégémonique qui vise en premier lieu la région du Golfe puis le monde arabe. Le danger de ce projet ne réside pas dans l’équi­libre des forces entre l’Iran et les pays arabes, puisque ceux-ci pos­sèdent assez de force pour affron­ter le danger. Prenons l’exemple de l’opération « Tempête déci­sive » qui a réussi à stopper le pouvoir houthi affilié à l’Iran au Yémen. Le danger réside dans le composant idéologique du projet iranien basé sur le sectarisme. Il est évident que, pour faire face au danger du projet iranien, il faut faire la différence entre le projet lui-même autour duquel il n’y a aucune divergence, et les moyens d’y faire face, à propos desquels les avis divergent.

Les dernières positions du pré­sident Trump et son retrait de l’accord nucléaire ont ouvert la porte à l’escalade. Car, si l’Iran trouve que ce retrait va lui faire assumer des dégâts énormes, il pourrait se retirer lui aussi de l’accord et poursuivre son pro­gramme nucléaire. Ce qui va iné­luctablement accroître la tension. Le danger de ce scénario est que l’escalade croît de plus en plus à cause des complications du conflit syrien, au point que le régime syrien a réclamé l’aide de ses alliés, avec en tête la Russie et l’Iran. Et il est connu qu’Israël est très sensible à toute présence militaire de l’Iran et de ses alliés dans son voisinage. Ce qui explique les opérations militaires israéliennes répétitives sur le ter­ritoire syrien. Avec le retrait amé­ricain de l’accord nucléaire, ces opérations sont entrées dans une nouvelle phase. L’Iran a riposté aux frappes militaires israé­liennes en visant des sites dans le Golan occupé.

Il semble clair que les deux par­ties (Iran et Israël) soient conscientes du danger d’un affron­tement ouvert, puisque les frappes étaient bien calculées. Cependant, ces évolutions dangereuses doi­vent être prises au sérieux par tous ceux qui sont concernés par la question de la paix dans une région très sensible. En effet, n’importe quelle erreur peut mener à une catastrophe évidente.

Il est incompréhensible que cer­tains se réjouissent du retrait américain de l’accord nucléaire et trouvent des prétextes aux frappes israéliennes en Syrie, malgré les répercussions catastrophiques de l’escalade. Si cette façon de pen­ser existe dans les cercles de prise de décision, ceci signifie que la catastrophe est très proche. Le fait que les pays arabes possèdent une force face au danger iranien ne signifie pas qu’il faut prendre l’ennemi à la légère, et les com­portements des pays de la région doivent être basés sur les plus hauts degrés de sagesse. De plus, il faut prendre en considération le fait que l’escalade actuelle, qui a mené au retrait américain de l’ac­cord nucléaire, sert un objectif américain que Trump n’a jamais caché. Le président américain trouve que les richesses de cer­tains pays arabes sont un droit qui revient aux Etats-Unis en contre­partie de la protection qu’ils pro­curent à ces pays. Et il n’y a pas de meilleur moyen d’exploiter les richesses arabes que d’accentuer la tension dans la région au point de convaincre ou d’obliger les pays arabes à acheter des armes américaines à des milliards de dollars. Malheureusement, le plan de Trump semble réussir jusqu’à maintenant.

Tout ceci prouve que nous avons besoin d’un plan arabe pour affronter l’escalade actuelle, un plan basé sur l’assimilation cor­recte du danger représenté par le projet hégémonique iranien et les meilleurs moyens de l’affronter. Mais le problème réside chez ceux qui pensent que l’unique moyen d’affronter ce danger est d’avoir recours aux solutions militaires. Il est vrai que le recours aux solu­tions militaires devient indispen­sable quand le danger augmente comme ce fut le cas au Yémen. Il est aussi indispensable que les pays arabes, en particulier les voi­sins de l’Iran, préservent l’équi­libre des forces face à l’Iran et ne lui permettent pas de faire un chantage militaire pour obtenir des concessions.

Un certain nombre de pays arabes comme l’Egypte et l’Ara­bie saoudite ont fait des tentatives dans cette direction et ont réalisé un succès relatif, mais ce n’est pas suffisant. Il faut également déployer plus d’efforts pour proté­ger les sociétés arabes contre l’in­filtration iranienne. Il faut aussi prendre au sérieux l’idée d’enga­ger un dialogue arabo-iranien. Les parties arabes ont prouvé à plu­sieurs reprises, et dernièrement dans le conflit yéménite, qu’elles pouvaient affronter le danger ira­nien à condition de s’unir pour engager un dialogue avec l’Iran qui sauvegarderait les droits des deux parties, voire qui construirait un système d’intérêts mutuels qui remplacerait les tendances hégé­moniques. Accentuer la tension dans la région est un genre de suicide dont nous n’avons pas du tout besoin



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