Semaine du 16 au 22 mai 2018 - Numéro 1225
Regain de vigueur pour le secteur privé
  Six mois après la promulgation du décret d’application relatif à la loi sur l’in­vestissement, le climat de l’investissement s’améliore. Le nombre d’entreprises créées ou qui ont étendu leurs activités a sensiblement aug­menté grâce notamment à la facilitation des procédures. Explications.
Regain de vigueur pour le secteur privé
L’industrie avale 24 % des nouveaux investissements. (Photo:AFP)
Gilane Magdi16-05-2018

Le climat de l’investisse­ment en Egypte s’améliore après la promulgation de la loi sur l’investissement et de son décret d’application. Tous les indicateurs le montrent. D’après les chiffres du ministère de l’Investisse­ment, 5202 nouvelles entreprises ont été créées au cours du premier tri­mestre de cette année, représentant une valeur globale de 18,9 milliards de L.E. Ce montant dépasse la valeur réalisée tout au long de l’année 2016-2017, soit 15 milliards de L.E. « Le chiffre record a été franchi pendant le mois de mars, après l’inauguration officielle du Centre de services pour les investisseurs, en février, par le président de la République, Abdel-Fattah Al-Sissi. 2226 nouvelles entreprisesont été fondées en mars, ce qui reflète l’appétit des investis­seurs, qui veulent créer leurs propres entreprises après la facilitation des procédures », indique le rapport mensuel du ministère de l’Investis­sement, publié le mois dernier.

Cette bonne performance vaut aussi pour l’expansion des entre­prises, les capitaux versés pour réali­ser ces expansions ayant doublé en l’espace d’un mois. Ces capitaux ont atteint leur pic en mars, avec 7,1 milliards de L.E., contre 2,1 mil­liards de L.E. en février, soit avant l’inauguration du Centre de services. « Depuis la promulgation de la loi sur l’investissement et de son décret d’application, le gouvernement ne cesse d’envoyer des messages aux investisseurs, leur assurant qu’il prend toutes les mesures pour instal­ler l’infrastructure institutionnelle sur le terrain, afin de mettre en oeuvre la loi. Cela a incité les inves­tisseurs nationaux et étrangers à reprendre leur confiance dans le climat d’investissement », a indiqué à l’Hebdo Esra Ahmed, analyste économique auprès de la société de recherche Mubasher.

Le 1er novembre 2017, le décret d’application de la loi sur l’investissement est venu donner naissance à la loi, ratifiée en juin par le président (voir encadré). Il consiste notamment à créer un Centre de services rassemblant des représentants dunotariat, du ministère des Finances et des douanes pour offrir une dizaine de services aux investisseurs, concernant notamment l’attribution des licences et le changement d’activité. L’objectif majeur est de faciliter les procédures de la création d’entreprises et d’offrir différents services juridiques et administratifs aux 14000 entreprises qui opèrent en Egypte. « Il y a des représentants de 66 instances au sein du Centre de services, chargées de faciliter la création de sociétés en l’espace de 24 heures seulement et en deux étapes. La première est la présentation des documents et la deuxième concerne la signature du contrat d’entreprise et l’obtention du registre commercial de la société ainsi que la carte fiscale », indique le rapport du ministère.

Mohamed Al-Dessouki, membre de l’Association des investisseurs du 6 Octobre, raconte son expérience avec la filiale du Centre de services au 6 Octobre en le décrivant comme étant très actif. « Pour la première fois de ma vie professionnelle, j’ai obtenu la licence pour la création d’une usine en 24 heures seulement. Une procédure qui prenait une année avant la promulgation de cette loi », note-t-il. Et d’ajouter: « En plus, j’ai obtenu la licence à vie au lieu de devoir la renouveler chaque année, comme c’était le cas auparavant ».

Fin mars, le ministère de l’Investissement a en outre publié, sur son site Internet, la carte détaillée de l’investissement, qui offre plus de 1 000 opportunités d’investissement dans différents secteurs. Cette carte constitue une nécessité pour attirer les investissements vers les secteurs qui en ont besoin. « Depuis le lancement de la carte, celle-ci attire l’attention des investisseurs. Environ 10000 visiteurs se sont rendus sur le site pendant la période d’essai, soit en moyenne 300 visites par jour », explique Malek Fawaz, conseiller de la ministre de l’Investissement, ajoutant que le ministère a reçu, au cours du premier mois après le lancement de la carte, plus de 200 demandes d’hommes d’affaires désirant investir dans des opportunités répertoriées sur la carte. « Nous avons fait des réunions avec eux pour les informer des étapes à suivre pour investir, que ce soit par le ministère de l’Investissement ou des organismes gouvernementaux titulaires de mandats sur l’opportunité d’investissement », indique Fawaz.

Booster l’investissement privé

La carte d’investissement fournit une explication complète des opportunités dans tous les secteurs et inclut une liste indépendante des opportunités d’investissement dans les projets nationaux.

Bien que le ministère de l’Investissement ait renforcé l’infrastructure institutionnelle nécessaire pour booster l’investissement privé et commencé à en cueillir les fruits, la répartition sectorielle des investissements reste un obstacle pour la croissance économique. D’après les chiffres du ministère de l’Investissement, le secteur des services avale presque la moitié des nouveaux investissements, suivi par l’industrie (24%), l’agriculture (7%) et les télécommunications (5%). « La concentration des investissements dans des secteurs non productifs, tels que les services, n’est pas profitable pour la croissance économique durable. Il faut inciter le secteur privé à intensifier ses investissements dans les secteurs économiques productifs, tels que l’industrie et l’agriculture », explique Esra Ahmed, en proposant au gouvernement d’allouer des crédits facilités au secteur industriel, en particulier aux industries capables de remplacer les importations.

De même, l’augmentation de la part de l’investissement privé dans le PIB reste un défi. D’après les chiffres du ministère de l’Investissement, l’investissement privé a augmenté pendant le premier semestre de l’année financière 2017-2018, pour atteindre 186,1 milliards de L.E., contre 143,7 milliards de L.E. durant la même période de l’année précédente. « L’augmentation de ce chiffre montre vraiment que le climat d’investissement reprend sa position après la promulgation de la loi et la stabilité du taux de change. Toutefois, sa part dans le PIB reste modeste », souligne Esra Ahmed. D’après la ministre de l’Investissement, Sahar Nasr, « la part des investissements privés ne représente que 9% du PIB. C’est une part minime par rapport au rôle significatif qu’il peut jouer pour booster le développement économique du pays. C’est pourquoi le ministère a défini les priorités nécessaires pour encourager l’investissement privé ». Pour ce faire, il est notamment indispensable de faire baisser les coûts de l’emprunt .

Le décret d’application de la loi sur l’investissement
Le décret d’application de la loi sur l’investissement met sur un pied d’égalité les investisseurs étrangers et égyptiens. Ceux-ci jouissent aujourd’hui des mêmes droits et sont égaux devant la loi qui régule les activités des organes du ministère de l’Investissement. Les avantages accordés aux investisseurs sont multiples. L’investisseur étranger obtient ainsi le droit de résidence pendant la durée de mise en oeuvre de son projet. En outre, l’investisseur peut employer un maximum de 20% de la main-d’oeuvre étrangère possédant les qualifications nécessaires à son projet. Le principe d’égalité s’applique non seulement aux investisseurs, mais aussi aux projets eux-mêmes et à la zone d’investissement. Cela veut dire que les petits projets ont les mêmes chances que les grands.

En ce qui concerne les avantages et les garanties, la loi les assure sous forme d’exonérations d’une partie des frais d’enregistrement des contrats de création des entreprises. Sans oublier les facilités de paiement, qui vont jusqu’à 5 ans. Par ailleurs, il existe des avantages douaniers et fiscaux sous forme d’exonérations de 50% des recettes fiscales des projets de la catégorie A (regroupant les régions qui ont le plus grand besoin de développement conformément à la carte d’investissement), et de 30% pour la catégorie B (qui regroupe une palette diversifiée de petites et moyennes entreprises) .




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