Semaine du 9 au 15 mai 2018 - Numéro 1224
Madagascar : L’inquiétude regagne la grande île
  L’annulation de la nouvelle loi électorale contestée par l’opposition n’a pas apaisé la rue à Madagascar. Les manifestants réclament le départ du président malgache.
Madagascar : L’inquiétude regagne la grande île
Sabah Sabet avec agences09-05-2018

Cela fait deux semaines que la situation à Madagascar est tendue et que des députés de l’opposition de la grande île descendent dans la rue de la capitale presque chaque jour pour dénoncer les nouvelles lois électorales jugées favorables au pouvoir en place, et demander la démission du chef de l’Etat. Face à cette fronde, la Haute cour constitutionnelle a fait marche arrière en décidant, jeudi 3 mai, de réviser plusieurs articles des nouvelles lois électorales, adoptées un mois plus tôt. Un geste qui n’a pourtant pas calmé la rue et les députés de l’opposition. Ceux-ci veulent tout simplement la démission du président de la République, Hery Rajaonarimampianina.

Une situation qui a inquiété l’Onu, qui a dépêché son envoyé spécial, Abdoulaye Bathily. Arrivé dimanche 6 mai à Antananarivo, la capitale, il entend aider à apaiser les tensions politiques. Abdoulaye Bathily a d’abord ren­contré le président de la République, Hery Rajaonarimampianina. Sa mission : appuyer les discussions entre les autorités et l’opposi­tion pour revenir à la stabilité, a-t-il expliqué à sa sortie d’un entretien d’une heure avec le chef de l’Etat. L’envoyé onusien a annoncé vouloir « rencontrer tous les acteurs mal­gaches, en concertation avec les autres élé­ments de la communauté internationale, en particulier l’Union africaine et la SADC ». A ses yeux, « la solution est entre les mains des acteurs malgaches ».

Mais l’envoyé spécial des Nations-Unies devra toutefois faire face aux réticences de l’opposition concernant l’implication de la communauté internationale dans la résolu­tion de cette crise. Certains députés expli­quent qu’ils ne sont pas totalement fermés aux discussions à condition que l’émissaire des Nations-Unies comprenne les tenants et les aboutissants de leur démarche. D’autres indiquent qu’une médiation internationale n’est possible que si le président de la République démissionne au préalable. Car l’autre obstacle, c’est bien le refus des députés de l’opposition de dialoguer avec le régime.

Lors de la première tentative de négociations fin avril, ils avaient finalement boycotté la deuxième rencontre organisée par les repré­sentants de la communauté internationale à Madagascar. En outre, la décision de la plus haute instance judiciaire malgache, qui a jugé « non conformes » plusieurs dispositions conflictuelles des textes des lois électorales, a renforcé la position des députés de l’opposi­tion qui poursuivent leur mobilisation et demandent toujours la démission du président de la République.

Pour le premier ministre, Olivier Mahafaly, la décision de la Haute cour constitutionnelle n’est pas un échec pour le gouvernement. « Personne ne sort ni victorieux, ni perdant », assure-t-il. Pour lui, « tout le monde gagne, puisqu’on est en démocratie. L’objectif c’est de pouvoir maintenir la stabilité à Madagascar. Nous devons tous ramener le débat au niveau du parlement, faire taire ses ambitions person­nelles et considérer l’intérêt supérieur de la nation ».

Or, la situation risque de dégénérer. Les responsables de la police, de la gendarmerie, de l’armée et le ministre de la Défense natio­nale ont demandé, dans une déclaration lue mercredi 2 mai à la presse et signée par eux, aux chefs des partis politiques, de mettre un terme aux tensions actuelles. Une demande qui a suscité les soupçons de l’opposition. « L’armée n’a pas à s’impliquer dans la poli­tique ». Telle est la réponse des députés de l’opposition. « Si jamais les forces armées ont l’intention de prendre le pouvoir, sachez que ce n’est pas leur rôle et que c’est une autre forme de coup d’Etat », a averti Hanitra Razafimanantsoa, députée du TIM, parti de l’ancien chef de l’Etat, Marc Ravalomanana. Intransigeants, les 73 députés de l’opposition unis dans un souhait de « changement » atten­dent la décision de la Haute cour constitution­nelle sur leur demande de déchéance du prési­dent de la République.




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