Semaine du 9 au 15 mai 2018 - Numéro 1224
La diplomatie active de l’Egypte
  En présence du chef de la Diplomatie, Sameh Choukri, une cérémonie a été organisée à Al-Ahram, à l’occasion de la publication d’un supplément spécial par la revue Al-Siyassa Al-Dawliya sur le mandat de l’Egypte au Conseil de sécurité. Bilan.
La diplomatie active de l’Egypte
Le chef de la Diplomatie égyptienne, Sameh Choukri, lors de son discours à Al-Ahram.
Aliaa Al-Korachi09-05-2018

« Lorsque le président de l’Assemblée générale des Nations-Unies annonçait l’élection de l’Egypte comme membre non permanent au Conseil de sécurité, après avoir reçu 177 voix, j’ai ressenti immédiatement une grande fierté et de l’enthousiasme, mais une grande responsabilité aussi vu l’ampleur de la polarisation qui domine la scène internationale. Mais très vite, tout sentiment d’inquiétude s’est dissipé en me rappelant les cadres dont regorge le ministère des Affaires étrangères », a déclaré Sameh Choukri, chef de la Diplomatie égyptienne, lors de la cérémonie organisée, mercredi 2 mai par la Fondation Al-Ahram, à l’occasion de la publication d’un supplément spécial par la revue Al-Siyassa Al-Dawliya (la politique internationale) intitulé « Deux ans au Conseil de sécurité: Une décision indépendante et un rôle responsable ».

Ce supplément, qui est en fait le fruit d’une coopération entre la revue et le ministère des Affaires étrangères, dresse le bilan de deux ans de présence égyptienne au Conseil de sécurité. « Evaluer de façon objective la performance de l’Egypte au Conseil de sécurité ne doit pas se baser uniquement sur les séances publiques transmises par les médias. Celles-ci ne représentent effectivement que 20 % des activités du conseil. D’où l’importance de ce supplément spécial dont le contenu et la date de publication sont importants. C’est un témoignage historique sur le dynamisme diplomatique de l’Egypte au sein de cette organisation internationale », peut-on lire dans l’introduction du supplément. Le moteur de ce dynamisme était la « volonté de tirer le maximum de profits de l’adhésion de l’Egypte aux Nations-Unies qui a coïncidé avec sa présidence du Conseil de la paix et de la sécurité de l’Union africaine », révèle le rapport.

Approche pragmatique

Selon l’ambassadeur Hassan Rakha, membre du Conseil égyptien des affaires étrangères, ce dynamisme est dû également à la position unique qu’occupe l’Egypte par rapport aux autres pays membres. « Elle a plusieurs affiliations: arabe, africaine, musulmane et méditerranéenne », explique Rakha, avant d’ajouter: « Cette position a offert un avantage au négociateur égyptien au sein de l’Onu, car il était toujours présent dans les négociations autour des différents dossiers régionaux. Cet avantage représente également une lourde responsabilité pour la diplomatie égyptienne au sein du Conseil de sécurité ou en dehors de celui-ci ».

Pourtant, les défis ne manquent pas. Le chef de la diplomatie égyptienne a réaffirmé que le droit de veto au Conseil de sécurité empêchait cette organisation d’accomplir son rôle pour faire respecter la paix et la sécurité internationales, car les intérêts des grandes puissances se croisaient de plus d’une manière. Et face à cette polarisation entre les deux camps, occidental et oriental, l’Egypte a adopté, comme le cite le rapport, « une approche pragmatique et objective » basée sur l’indépendance. Une stratégie qui a porté ses fruits, « et l’Egypte a réussi à garder, au cours de deux ans, une marge d’action et un grand degré de crédibilité ».

Riche contribution

En fait, la présidence de l’Egypte a été riche en contributions en ce qui a trait aux dossiers régionaux, arabes et africains, ainsi que dans la lutte contre le terrorisme et le maintien de la paix. Sur le plan arabe, l’Egypte, seul membre arabe du Conseil de sécurité, « s’est activée à plusieurs niveaux pour transmettre la vision arabe », cite le rapport. Dès les premiers jours de son mandat, l’Egypte a adopté une initiative, la première en son genre, qui consiste à « créer un mécanisme de consultation entre la Ligue arabe et le Conseil de sécurité » pour consolider le partenariat entre ces deux institutions.

Déjà, l’Egypte avait réussi à organiser en mai 2016 une réunion consultative conjointe entre le Conseil de sécurité et la Ligue arabe, au Caire, pour discuter des questions régionales. La Libye, la Palestine et la Syrie étaient au centre de l’agenda égyptien au sein du Conseil de sécurité, comme le révèle le rapport. En ce qui concerne la crise libyenne, la diplomatie égyptienne a joué un rôle important pour la promulgation de la résolution 2214 qui a invité la communauté internationale « à aider la Libye dans sa lutte contre le terrorisme ». Quant à la cause palestinienne, l’Egypte a réussi à faire passer « une résolution historique», la 2334, au Conseil de sécurité, dénonçant la colonisation israélienne dans les Territoires palestiniens.

La diplomatie active de l’Egypte

« Cette résolution est très importante, puisqu’elle est considérée aujourd’hui comme la principale référence juridique pour les Palestiniens », cite le rapport. Quelques jours avant la fin de son mandat, l’Egypte a multiplié aussi les efforts pour faire passer, au nom du groupe arabe, un projet de résolution rejetant la décision des Etats-Unis de reconnaître Jérusalem comme capitale d’Israël.

Bloqué par le veto américain au Conseil de sécurité, le projet a été approuvé par la suite à une large majorité des voix, soit par 128 pays à l’Assemblée générale. Au sujet de la crise syrienne, le Conseil de sécurité de l’Onu a adopté en décembre 2017 la résolution 2393 proposée par l’Egypte et destinée à renouveler l’accès à l’aide humanitaire transfrontalière et entre les lignes de démarcation en Syrie pendant 12 mois supplémentaires, soit jusqu’au 10 janvier 2019. S’agissant de l’Afrique, selon le rapport, l’Egypte, étant membre du Conseil de paix et de sécurité de l’Union Africaine (UA), a contribué, en avril 2017, à la signature d’un accord-cadre Onu-UA pour renforcer les partenariats en matière de paix et de sécurité.

De même, l’Egypte a joué un rôle important pour parvenir à un consensus au sein du conseil autour de la résolution 2 327, qui proroge et renforce le mandat de la mission des Nations-Unies au Soudan du Sud, ou autour de la résolution 2389 qui était la première résolution adoptée par le conseil en vue de renforcer la stabilité dans la région des Grands Lacs.

Lutte contre le terrorisme

Elue à l’unanimité, en décembre 2015, présidente du Comité de lutte contre le terrorisme auprès du Conseil de sécurité, l’Egypte s’est activée pour transmettre sa vision en matière de la lutte contre le terrorisme. « Présider ce comité était une bonne occasion pour l’Egypte, puisque c’est au sein de ce comité que les politiques de lutte contre le terrorisme sont élaborées à l’échelle mondiale. Ce comité est également chargé de surveiller la mise en oeuvre des résolutions du Conseil de sécurité concernant la lutte contre le terrorisme ». Prévenir le financement du terrorisme, empêcher l’utilisation d’Internet et des réseaux sociaux à des fins terroristes, et empêcher les terroristes d’acquérir des armes, l’agenda de l’Egypte a été très chargé. C’est au cours de sa présidence que deux résolutions importantes ont vu le jour: la première, 2370, a été adoptée en août 2017, visant à empêcher les terroristes de se procurer des armes ou les moyens d’en fabriquer. Et la résolution 2354, adoptée à l’unanimité, visant à créer un « cadre international global de lutte contre la propagande terroriste ».

L’Egypte, qui occupe la troisième place au niveau international en termes de contribution aux forces de maintien de la paix, a joué un rôle central, comme l’indique le rapport, « dans les négociations autour de la résolution relative à l’instauration du concept de la pérennisation de la paix ». Cette résolution a été adoptée simultanément en avril 2016, par l’Assemblée générale et le Conseil de sécurité.




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