Semaine du 25 avril au 1er mai 2018 - Numéro 1222
L'indispensable réforme
  Le ministère de l'Education a annoncé un plan de modernisation de l'enseignement pré-universitaire basé sur la technologie moderne, la réflexion et la recherche, plutôt que sur la mémorisation. Une réforme censée révolutionner le système éducatif. Dossier.
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La méthode d'apprentissage basée sur la réflexion est l'un des piliers du nouveau système.
May Atta25-04-2018

Un nouveau système pour le bac, l’entrée en service des écoles japonaises, l’application d’un nouveau système à la maternelle. Et surtout la suppression des méthodes d’en­seignement basées sur l’apprentissage par coeur au profit d’une approche basée sur la réflexion et la recherche. Ce sont là les grandes lignes du plan de réforme de l’éducation, initié par le gouvernement et qui sera appliqué dès septembre 2018. Il s’agit d’un plan ambitieux pour réformer l’enseignement qui souffre de problèmes chroniques depuis des décennies. Classes surpeuplées, programmes vieillots et locaux décrépits, apprentissage par coeur au détriment de la réflexion, professeursnon com­pétents et méthodes d’enseignement obso­lètes … une longue liste de défaillances aux­quelles le plan de réforme cherche à remédier. Un plan qui a beaucoup tardé, selon le ministre de l’Education, Tareq Chawqi. « Le nouveau système est basé sur la réflexion et la recherche plutôt que sur la mémorisation », a déclaré le ministre, qui a révélé les enjeux du nouveau plan de réforme (voir encadré). « Les pro­grammes sont ceux du ministère, mais ils seront modernisés pour qu’ils soient plus attractifs et plus utiles pour les élèves », a dit le ministre. L’un des volets de la réforme sera l’annulation des manuels scolaires jusqu’à la 6e primaire.

La nouvelle méthode éducative portera plu­tôt sur l’apprentissage « indirect » à travers des discussions collectives. Il n’y aura pas non plus de classes traditionnelles avec des bancs et un tableau, mais plutôt une sorte de table ronde réunissant élèves et professeurs. Selon Ahmad Khaïri, porte-parole du ministère de l’Educa­tion, la technologie jouera un rôle essentiel dans ce nouveau système. « Il faut avouer que les méthodes d’enseignement obsolètes, basées sur la mémorisation et les manuels scolaires et appliquées pendant des décennies, n’ont jamais donné un enseignement de qualité », dit-il. Le plan de réforme égyptien est inspiré des expériences réussies appliquées dans le monde. « Demander aux élèves de mémoriser des informations et de les réciter à l’examen est inutile. C’est pourquoi la nouvelle méthode pédagogique sera basée sur la recherche, la réflexion avec, en parallèle, des activités spor­tives et artistiques. Ainsi, l’élève sera correcte­ment formé au niveau intellectuel, physique et psychologique », ajoute Khaïri.

C’est la première fois qu’un plan de réforme global de l’enseignement est mis en place. « Le grand défaut des précédentes initiatives de réforme c’est qu’elles se sont limitées à un problème sans penser à l’ensemble du système éducatif », pense Ahmad Hafez, expert en pédagogie, qui salue « une approche posi­tive ». Même son de cloche pour Abdel-Salam Noueir, doyen de la faculté de commerce de l’Université d’Assiout. « Le plan est très pro­metteur. Nous devons remercier le ministre. Le niveau des étudiants à l’entrée de l’université est très mauvais et n’est absolument pas adap­té aux besoins du marché de travail. Les élèves ont l’habitude d’apprendre par coeur et non pas de comprendre et de réfléchir. Ils ont besoin d’un grand effort, de nouveaux pro­grammes et d’enseignants compétents et bien formés », assure-t-il.

Le gouvernement a conclu des accords avec les compagnies Discovery Education et Britannica Educational pour l’élaboration des programmes de la maternelle et de ceux du cycle primaire. « Ces programmes seront éta­blis sur le modèle des programmes internatio­naux. Il ne s’agit pas de manuels scolaires classiques, mais de programmes qui encoura­gent l’effort et la recherche. Les familles ne seront plus obligées de donner des leçons par­ticulières à leurs enfants ou d’étudier avec eux comme c’est le cas avec le système actuel », ajoute Hafez.

Cette nouvelle approche est perçue positive­ment par beaucoup de familles, qui souffraient de la lourdeur des cursus scolaires. « Les enfants sont accablés très tôt par des tonnes de manuels scolaires. Cela représentait un far­deau pour les élèves, mais aussi pour nous en tant que parents », estime Manar, mère de famille.

Quel budget ?

Le nouveau plan de réforme est donc ambi­tieux. Faut-il encore avoir les moyens de l’ap­pliquer ? Il faut équiper les écoles de salles de divertissements, de salles de sport et de musique, de projecteurs et de logiciels infor­matiques. Or, les infrastructures dans la plupart des écoles sont en mauvais état. Et les classes ne suffisent plus pour accueillir les élèves. Le nombre actuel des élèves est de 20 millions, d’ici 2030 il atteindra 30 millions. Il existe parfois des classes dans les écoles publiques qui comptent entre 90 et 120 étudiants. D’après le ministère de l’Education, l’Etat a besoin au moins de 17000 salles de classe pour remédier au problème de la surcharge des classes. Le ministre a annoncé que le plan de réforme coû­terait 2 milliards de dollars, qui seront assurés à travers une hausse du budget de l’Education au cours des 12 prochaines années. Pour appli­quer la première phase du plan, l’Egypte a obtenu un prêt de500 millions de dollars de la Banque mondiale. A noter que le budget de l’Education en 2017-2018 n’a pas dépassé les 9% du budget global, soit 1065 milliards de L.E. Or, d’après la Constitution, ce budget doit être équivalent à 4% du Produit National Brut (PNB), soit 136,36 milliards de L.E. C’est pourquoi le député Gamal Chiha, président de la commission de l’éducation au parlement, trouve que les hommes d’affaires doivent par­ticiper au financement de la réforme de l’ensei­gnement. « C’est un projet national qu’il faut soutenir par tous les moyens. L’enseignement est le fondement du développement de tous pays », dit-il. La députée Magda Nasr, membre de la commission de l’éducation au parlement, affirme: « Nous demanderons une augmenta­tion du budget de l’enseignement de 10 mil­liards de L.E. l’année prochaine ».

Sur un autre volet, Abdel-Salam Noueir reconnaît qu’il faut beaucoup de temps pour effacer l’héritage de trois décennies de système éducatif lourd. Il souligne un aspect impor­tant : la formation des enseignants. « Dans cette équation, il faut surtout accorder une attention particulière à la formation des pro­fesseurs », souligne-t-il. Le ministère a fait savoir que déjà 17000 enseignants ont suivi des stages de formation dans le cadre d’un protocole conclu avec l’Unesco. Améliorer les conditions de travail des professeurs est aussi nécessaire pour la réussite du nouveau sys­tème. Une chose est sûre: cette réforme en profondeur du système éducatif est nécessaire. Et elle a beaucoup tardé.




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