Semaine du 11 au 17 avril 2018 - Numéro 1220
Hani Raslan : L’intransigeance éthiopienne persistera sous le gouvernement d’Abiy Ahmed 
May Atta11-04-2018
 
  3 questions à Hani Raslan, spécialiste des affaires africaines au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, sur l’avenir des relations égypto-éthiopiennes suite à l’arrivée au pouvoir d’un nouveau premier ministre en Ethiopie.

Al-Ahram Hebdo : La désignation d’Abiy Ahmed comme premier ministre de l’Ethiopie ouvre-t-elle une brèche dans les relations égypto-éthiopiennes ?

Hani Raslan : En ce moment, il est difficile de s’attendre à une évolution remarquable dans les relations entre l’Egypte et l’Ethiopie. Abiy Ahmed ne marque pas de rupture par rapport à son prédécesseur. Il fait partie intégrante de l’ancien gouvernement du premier ministre démissionnaire, Hailemariam Desalegn, et reste le porte-voix d’un système qui l’a façonné depuis l’adolescence. D’autant plus que dans la situation actuelle tendue en Ethiopie, Abiy Ahmed est plus en mission d’apaisement interne que de reformulation des relations internationales.

— Et quelle sera sa position du dossier épineux du barrage de la Renaissance ?

— Sous Desalegn, l’Ethiopie a affirmé à maintes reprises son intention de procéder à l’achèvement de la construction du barrage et au remplissage de son lac sans attendre les résultats des études techniques sur ses impacts sur l’Egypte. Et là, Addis-Abeba joue sur le statu quo et le progrès qu’elle a déjà réalisé sur le terrain. Une intransigeance éthiopienne sur ce dossier problématique qui persistera même sous le gouvernement d’Abiy Ahmed. Si ce dernier ne réussit pas à apaiser la situation interne, il ne peut pas compliquer la situation avec l’étranger, surtout l’Egypte en ce qui concerne le barrage. En tout cas, l’Egypte ne cédera en aucun cas à ses droits à l’eau du Nil et défendra par tous les moyens sa sécurité hydrique.

— Outre la question du barrage, comment les relations entre les deux pays peuvent-elles évoluer ?

— Tout d’abord, il faut reconnaître que la nature des relations entre l’Egypte et l’Ethiopie a beaucoup changé par rapport aux années 1950 lorsque l’Ethiopie était sous occupation. Cette époque marquait l’âge d’or des relations égypto-éthiopiennes sous l’ancien président Gamal Abdel-Nasser qui soutenait l’Ethiopie politiquement autant que militairement pour obtenir son indépendance. Aujourd’hui, même si la donne a changé, le président Sissi accorde un grand intérêt au développement des relations économiques avec les pays du continent noir, notamment l’Ethiopie. Pour l’Egypte, l’établissement de fortes relations et le renforcement de la coopération avec l’Ethiopie contribuent à trouver un terrain d’entente sur les diverses questions, y compris le dossier du barrage de la Renaissance. Or, il semble que la partie éthiopienne ne voit pas l’affaire du même oeil. En situation économique lamentable, l’Ethiopie ouvre ses bras à tous les investissements étrangers qu’ils soient en provenance de l’Egypte ou d’Israël. Bref, ce sont les intérêts qui dominent.




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