Semaine du 21 au 27 mars 2018 - Numéro 1217
Les Palestiniens à la croisée des chemins
Hassan Abou-Taleb21-03-2018
 
 

La cause palestinienne est passée par des choix difficiles et s’est trouvée une fois de plus dans l’im­passe. Pourtant, l’optimisme était de mise et l’on espérait un changement de situation pouvant mener à la libé­ration et à la mise en place d’un Etat palestinien viable en Cisjordanie occupée et dans le secteur de Gaza. Or, ces jours-ci, il semble que la cause se trouve confrontée à un choix encore plus dur. Le rêve de l’Etat palestinien s’évapore à cause de « l’Affaire américaine du siècle ». Outre cela, les options de la résis­tance, civile ou politique, se trouvent face à des contraintes sans précé­dent. Les unes émanant de l’inté­rieur, les autres du contexte régional et international.

En même temps, au long des deux dernières décennies, à l’intérieur d’Israël, le rigorisme, voire le fas­cisme et le racisme ont pris de l’am­pleur, de telle sorte à mettre à mal toutes les options consensuelles pou­vant conduire à un règlement histo­rique de la cause palestinienne. Et l’objectif israélien focalisait sur un seul point, celui d’avoir la prédomi­nance sur les territoires palestiniens occupés en Cisjordanie, et ce, en augmentant la construction de colo­nies et en interdisant celle de loge­ments palestiniens. Ce n’est pas tout. Le Likoud et ses alliés extrémistes entendent faire passer une loi qui annule le droit de citoyenneté des non juifs. Si c’est le cas, Israël sera un Etat exclusivement pour les juifs. Et une telle loi deviendrait l’assise nécessaire pour expulser les Palestiniens.

En réalité, le projet de loi, qui relève du nationalisme juif, n’est pas dissocié du fascisme et du racisme de la société israélienne. En novembre dernier, les résultats d’un sondage d’opinion élaboré par l’Ins­titut israélien de la démocratie a révélé que 40% des Israéliens esti­ment qu’il est normal de leur octroyer des droits au détriment des Arabes israéliens, et 60% pensent que ces derniers ne doivent pas avoir le droit de vote. Ces taux montrent à quel point le racisme contre les Arabes israéliens et les Palestiniens est ancré dans la société israélienne. Ces taux sont aussi utilisés pour légitimer toutes les actions anti-arabes.

L’image devient plus sombre en scrutant la situation des Palestiniens, en proie à l’occupation et à la divi­sion. Surtout avec les informations qui sont transmises de temps à autre sur une possibilité que le président Mahmoud Abbas (Abou-Mazen) soit obligé de quitter son poste à cause de problèmes de santé, à un moment où les mécanismes de trans­fert de pouvoir font défaut. Ce qui mettrait l’Autorité palestinienne en danger au niveau de la représenta­tion devant Israël.

En même temps, la situation est d’autant plus complexe à cause des trébuchements de la réconciliation palestinienne malgré les efforts égyptiens qui avaient abouti à un accord entre le Fatah et le Hamas en octobre 2017. Un nombre d’obs­tacles continuent à bloquer la récon­ciliation, entre autres la difficulté de parvenir à un consensus sur la straté­gie à mener afin de créer un Etat face aux pressions oeuvrant à imposer une solution régionale ne reconnaissant pas les droits palestiniens.

Dans ce contexte, il est digne de mentionner que la politique du pré­sident Abou-Mazen n’est pas appréciée par les Palestiniens. Cette politique se compose de deux volets. Le premier concerne l’ac­tion étrangère contre l’alignement américain sur Israël, une action reposant sur les trois célèbres « non ». Le premier s’oppose au rôle américain exclusif dans le par­rainage du processus de paix. Par conséquent, Abbas refuse de ren­contrer les responsables américains jusqu’à ce que Trump renonce à sa décision de considérer Jérusalem comme la capitale éternelle d’Is­raël. Le deuxième « non » est adressé au « marché du siècle », c’est-à-dire le nouveau plan de paix américain qui n’a pas encore été officiellement proclamé. Alors que le troisième « non » est contre les pressions qui sont exercées à l’en­contre de l’Autorité palestinienne afin de stopper ses actions diploma­tiques pour devenir membre à part entière dans les instances interna­tionales.

Ces trois « non », qui représentent l’essence de l’action diplomatique palestinienne, ne représentent cepen­dant pas une alternative pratique dans le cas d’éventuelles négocia­tions avec Israël. En même temps, alors que les puissances internatio­nales hésitent à parrainer de telles négociations, il faudra beaucoup de temps avant que la Palestine ne devienne membre à part entière en tant qu’Etat aux instances internatio­nales. Ce qui donnera à Israël ample­ment le temps de manoeuvrer et de judaïser davantage les territoires occupés en Cisjordanie.

Sur le plan interne, le président Abou-Mazen tient à tenir une réu­nion avec le Conseil national palesti­nien sous l’ombrelle de l’Organisa­tion de la Libération de la Palestine (OLP). Et puisque les deux mouve­ments du Hamas et du Djihad isla­miste ne sont pas des membres de l’OLP, les prochaines décisions du Conseil national ne seront pas repré­sentatives d’une quelconque entente palestinienne. Ce qui complique la situation est la décision du Front populaire de la libération de la Palestine à renoncer à la participa­tion à cette conférence prévue à Ramallah en avril prochain .



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