Semaine du 7 au 13 mars 2018 - Numéro 1215
Passé-futur et vice-versa
  L'exposition Alexandrie 3000 du groupe artistique Nostalgie future, à la galerie Zamalek, communique une vision positive de la ville côtière, tout en préservant les parfums du passé.
Exposition
Névine Lameï07-03-2018

Comment imagine-t-on la ville d’Alexandrie en l’an 3000 ? En réponse à cette question, six peintres et leur mentor, Farghali Abdel-Hafiz, exposent leurs oeuvres sous le titre d’Alexandrie 3000, joie, sagesse et éternité à la galerie Zamalek. Les artistes s’appellent Yasmina Heidar, Carelle Homsy, Yasmine Al-Hazek, Noha Diab, Aya Al-Fallah et Adel Moustapha. Avec leur maître à penser, Farghali Abdel-Hafiz, ils forment le groupe artistique Nostalgie future, qui vise, dans cette exposition, à rendre à la ville d’Alexandrie sa splendeur d’autrefois, en recomposant le puzzle de son histoire.

Une ville moderne et mythique, par Farghali Abdel-Hafiz
Une ville moderne et mythique, par Farghali Abdel-Hafiz

Sur des planches en bois épais peintes à l’acrylique, de couleur de sable doré, Yasmina Heidar utilise le verre sculpté de manière abstraite pour donner l’effet de vagues ou de rochers. « Mêlant dans une même oeuvre peinture et sculpture, je me suis livrée à un jeu de contraste entre le bleu verdâtre et le jaune. J’invite les visiteurs à respirer la brise de la mer », explique Yasmina Heidar.

Coquillage sur béton par Adel Moustapha.
Coquillage sur béton par Adel Moustapha.

Cette dernière a recours également à des motifs symboliques : de petits poissons rouges qui flottent à la surface, symbole de l’éternité, ou un hibou, symbole de la sagesse, parmi d’autres. Sur l’une des toiles, elle a peint la reine Cléopâtre, s’adressant à son fils Césarion. Tous les deux aspirent à un avenir prometteur, même venant du passé. « J’aime mélanger le passé et le futur de cette ville cosmopolite, foyer de plusieurs cultures et civilisations. Rien ne peut freiner son évolution, même si aujourd’hui, ses bâtiments anciens sont dans un état déplorable et ses habitants livrés à eux-mêmes », ajoute Heidar.

Une Alexandrie plus abstraite par Aya Al-Fallah.
Une Alexandrie plus abstraite par Aya Al-Fallah.

Pour sa part, Carelle Homsy revisite la ville, celle de ces ancêtres : « Pour peindre l’Alexandrie de l’an 3000, j’ai dû plonger dans l’époque d’Alexandre le Grand, qui figure toujours quelque part sur mes toiles ». L’espoir est incarné, chez Homsy, par un immense portrait de la fille de l’artiste, en habit de Cléopâtre. Une jeune reine ailée qui porte le sceptre de la victoire, inspirée de la statue La Victoire de Samothrace, au Musée du Louvre, Paris. Elle est à même de rendre à la ville sa splendeur et sa gloire passée. L’artiste a garni sa toile d’ornementations gréco-romaines ou maritimes. On y retrouve le fameux phare d’Alexandrie, ses navires, ses maisons aux couleurs gaies ainsi qu’une galerie de portraits de personnages alexandrins, comme Youssef Chahine, Sayed Darwich, Seif et Adham Wanli et Cavafy. « Pour évoquer son côté moderne, il y a cette fille en maillot de bain, tenant une fleur de lotus, symbole de l’accomplissement spirituel de l’être. Il est temps de rejeter tout obscurantisme », dit Homsy.

Les nouveaux super-héros

Mon pégase à moi, par Noha Diab.
Mon pégase à moi, par Noha Diab.

Tous les artistes participant à l’exposition font appel au passé pour exprimer le futur. Nul ne peut échapper à l’histoire ancestrale de la ville. Ainsi, les protagonistes de Adel Moustapha s’inspirent de l’époque ptolémaïque, de ses dieux et déesses, gisant au fond de la mer alexandrine, en face-à-face avec les gros blocs de béton installés pour éviter l’érosion. Moustapha a incrusté sa toile de poèmes en arabe, sur la mer et la ville.

Cléopâtre, la victorieuse, par Carelle Homsy.
Cléopâtre, la victorieuse, par Carelle Homsy.

Les plus jeunes du groupe, Yasmine Al- Hazek, Noha Diab et Aya Al-Fallah, donnent à la ville un côté plus abstrait, parfois fantasmagorique. Tout est flou, bigarré. Le passé est là tel un spectre lointain. Et le futur semble jovial et badin. « Alexandrie 3000 peut être peuplée d’extraterrestres, d’esprits légers, en fumée, qui planent sur la ville. Ceux-ci peuvent peut-être la sauver et lui assurer un avenir meilleur. Ce sont de nouveaux super-héros », déclare Noha Diab. Et d’ajouter : « Le pégase mythique allie les qualités du cheval — fougue, impétuosité et force — à celles de l’oiseau — rapidité, légèreté et envolée vers le divin. Il ne se laisse dompter que par de vrais héros. Il est attaché aux forces de la nature et particulièrement à l’eau, car son père est le dieu des mers,Poséidon ».

Respirer la brise de la mer, avec Yasmina Heidar.
Respirer la brise de la mer, avec Yasmina Heidar.

Yasmine Al-Hazek multiplie à son tour les personnages fantasmagoriques, avec une touche d’ironie. « J’aime lier le passé d’Alexandrie à son futur, à l’aide de toiles en noir et blanc, symbole du passé, et d’autres en couleur, symbole du futur », précise Hazek, qui, dans ses oeuvres, adopte aussi une position critique face aux habitants actuels de la ville. Et d’ajouter : « La colonne romaine et le phare sont fort présents dans mes toiles. Mes personnages sont munis de cerfs-volants pour mener une aventure dans le ciel, pour construire la nouvelle Alexandrie tant rêvée ». Dans un style encore beaucoup plus abstrait et agité, Aya Al-Fallah s’inspire du temple de la déesse Hathor, situé à Dendérah, dans le sud de l’Egypte. Elle souhaite de tout coeur que sa ville natale préserve aussi bien ses couleurs que le fait le temple de Dendérah, avec ses murs splendides. « Je récrée une ambiance énigmatique : griffonnages, lignes abstraites ... C’était comme réaliser un film de science-fiction », déclare l’artiste .

Alexandrie 3000, de Yasmine Al-Hazek, Noha Diab, Adel Moustapha, Yasmina Heidar, Carelle Homsy, Aya Al-Fallah et Farghali Abdel-Hafiz. Jusqu’au 26 mars, de 10h à 21h (sauf le vendredi) à la galerie Zamalek. 11, rue Brésil.

Nostalgie future ou la force du travail collectif

Entre fantasme et réalité se situe Yasmine Al-Hazek.
Entre fantasme et réalité se situe Yasmine Al-Hazek.


Créé en 2014, le groupe Nostalgie future a lancé ses activités par une exposition tenue à la galerie Zamalek la même année. « Nous avons voulu ressusciter la tradition des groupes artistiques, dont le dernier en date était celui d’Al-Mehwar dans les années 1980. Nostalgie Future vise à redonner à l’art contemporain égyptien une dimension humaine, en continuité avec son évolution historique. Et ce, en opposition avec l’art décoratif qui prévaut et qui n’a aucun rapport avec l’histoire du pays », déclare l’artiste Farghali Abdel- Hafiz, fondateur du groupe qui compte aujourd’hui 7 artistes de générations différentes. Et d’ajouter : « L’art n’est pas censé être une réminiscence de la tristesse et du désarroi. Or, c’est ce que j’ai observé lors de la révolution de janvier 2011. Le ton était à la discorde. Les Egyptiens n’étaient plus d’accord sur rien. Et comme je suis toujours en quête d’horizons nouveaux, j’ai choisi de faire un travail collectif avec des jeunes qui croient au rôle social de l’art, avec leurs différents styles et techniques ». Ainsi à chacune de leurs expositions, les artistes du groupe travaillent sur un thème en particulier, ayant trait à leur nom, c’est-àdire un sujet liant passé et futur, nous aidant à mieux comprendre le temps présent.

Farghali, qui a souvent fait des expositions sur des villes au cours de son parcours personnel, participe à l’exposition Alexandrie 3000, à la galerie Zamalek, avec ses trois peintures dominées par la couleur jaune, celle du soleil et du sable. Il passe en revue l’histoire d’Alexandrie par le biais de personnages fantasmagoriques, oscillant entre mythique et contemporain. Ils continuent à défier le temps, contre vents et marées.




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