Semaine du 7 au 13 mars 2018 - Numéro 1215
Opération séduction
Sabah Sabet avec agences07-03-2018
 
  Multiplier les échanges commerciaux et être plus influent en Afrique. Tel était l’objectif de la tournée effectuée la semaine dernière par le président turc en Afrique de l'Ouest.

Les tentatives d’étendre l’existence et l’in­fluence turques en Afrique se poursuivent par le président Turc Recep Tayyip Erdogan. Après sa visite fin décembre au Soudan— la première d’un président turc dans ce pays—, qui a abouti à la signature de plusieurs accords dans les domaines agricole, économique et militaire, le président turc a effectué la semaine dernière une tournée de cinq jours, du 26 février au 2 mars, au Maghreb et en Afrique de l’Ouest. Accompagné d’une importante délégation d’hommes d’affaires turcs, Erdogan est parti en Algérie, en Mauritanie, au Sénégal et au Mali.

A chaque étape, des discussions avec ses homologues mais aussi des échanges avec les acteurs économiques et les investisseurs et la signature de plusieurs accords de partenariats ou de contrats pour les entreprises turques. « Il s’agit de renforcer davantage les liens étroits qui nous unissent avec ces pays, et en particulier de conclure de nouveaux accords pour de nouveaux projets, dans le cadre de notre partenariat éco­nomique et commercial », a ajouté un porte-parole de la présidence turque.

L’influence des entreprises turques, qui opè­rent sur le continent, a connu un développement sans précédent et dans presque tous les domaines (infrastructures, industrie, énergie, services, édu­cation...). Selon les chiffres du ministère turc de l’Economie, l’Afrique représente près de 21 % du chiffre d’affaires des entreprises turques à l’international avec une part de l’Afrique du Nord qui pèse 19%. On compte à ce jour plus d’un millier d’entreprises turques opérant sur le continent dont des poids lourds. Cette dyna­mique s’est d’ailleurs accompagnée d’une expansion des investissements turcs en Afrique avec des échanges entre la Turquie, qui sont passés de moins de 100 millions de dollars dans les années 2000 à plus de 20 milliards actuelle­ment. Istanbul ambitionne désormais de les porter à 100 milliards d’ici les cinq prochaines années, c’est-à-dire à l’horizon 2022, et pour ce faire, elle ne compte pas lésiner sur les moyens.

Stratégie d’expansion

En Afrique de l’Ouest, particulièrement au Sénégal et au Mali, la visite du président turc a une forte valeur symbolique. Bien que l’in­fluence de la Turquie ne se démente point au vu de la présence de ses entreprises ainsi que de ses investissements, c’est la première fois qu’Erdo­gan se rend en sa qualité de chef d’Etat dans ces pays, tout comme c’est le cas en Mauritanie. Elle conforte cependant la place qu’occupe la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) dans la stratégie d’ex­pansion turque. En 2016 déjà, le président Erdogan était en Afrique de l’Ouest, en Côte d’ivoire, au Ghana, au Nigeria et en Guinée.

La nouvelle tournée en Afrique intervient juste après la tenue, les 22 et 23 février à Istanbul, du premier Forum économique entre la Turquie et la CEDEAO.

De 2005 à ce jour, le nombre d’ambassades turques en Afrique est passé de 12 à 41. Derrière l’opération de séduction d’Erdogan, des intérêts géopolitiques en jeu puisque d’autres domaines sont également en jeu dans l’alliance que le pays est en train de nouer en Afrique. « La stratégie de la Turquie depuis 2003 est basée sur le principe de fortifier son rôle et son influence à l’extérieur. Cela se tra­duit par la plus grande base militaire turque installée en Somalie, et récemment l’accord avec le Soudan sur la gestion de deux îles en mer Rouge », explique Amira Abdel-Halim, spécialiste de l’Afrique au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. L’experte ajoute que « la recherche de nou­veaux alliés pour garantir un soutien africain dans les différends à l’Onu est une autre raison de l’existence turque, surtout que ce pays entretient des relations tendues avec ses voi­sins ».

« La Turquie veut influencer l’Afrique par la force douce. De plus, les pays de l’Afrique de l’Ouest présente une grande masse des musul­mans et donc une bonne occasion pour Erdogan de se rapprocher en tant que président musul­man », poursuit l’experte.




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