Semaine du 7 au 13 mars 2018 - Numéro 1215
La réforme en suspens
Ghada Ismaïl07-03-2018
 
  72 ans après sa création, l’Organisation des Nations-Unies peine toujours à se réformer. Les tentatives ne manquent pas. Mais la réforme reste, elle aussi, tributaire de la volonté des grands.

L’agenda pour la paix de Boutros Boutros-Ghali

Dès son arrivée à l’Onu, Boutros Boutros-Ghali, le sixième secrétaire général des Nations-Unies (janvier 1992-1997) a formé un premier groupe de travail pour revitaliser le rôle des Nations-Unies dans les questions liées à la paix et à la sécurité des Etats. Il a présenté en 1992 sa première initiative intitulée « L’Agenda pour la paix ». Celle-ci aborde quatre conceptions: la diplomatie préventive, dont l’objet est d’éviter l’apparition d’un différend, la transformation d’un différend en conflit ou l’extension d’un conflit. Le concept de rétablissement de la paix, qui vise à mettre fin à un conflit et à rapprocher les parties hostiles. Le troisième concept est celui de maintien de la paix, qui consiste à établir une présence de l’Onu sur le terrain en vue d’élargir les possibilités de prévention de conflits. Et finalement, le concept de consolidation de la paix après les conflits, par un ensemble de mesures économiques et politiques.

Les deux initiatives de réforme de Kofi Annan

Kofi Annan, septième secrétaire général de l’Onu de 1997 à 2006, a lancé, une fois élu, son premier plan de réformes intitulé « Rénover les Nations-Unies ». Ce plan, présenté aux Etats membres, en juillet 1997, a mis l’accent sur « l’amélioration de la cohérence et de la coordination de l’action traditionnelle de l’Onu dans les domaines du développement et du maintien de la paix et de la sécurité internationales ». Un autre processus de réforme engagé par Annan a été présenté en septembre 2003. Dans les deux cas, une expansion du Conseil à 24 membres était proposée. Le premier modèle ajoutait 6 nouveaux membres permanents ainsi que 3 membres non permanents. Le deuxième créait une nouvelle catégorie de 8 sièges non permanents avec un mandat de 4 ans renouvelable et ajoutait également un siège non permanent de deux ans non renouvelable.

Les groupes régionaux en compétition

En 2005, l’Allemagne, le Brésil, l’Inde et le Japon, surnommés le G4, ont présenté un projet de résolution prévoyant l’élargissement du Conseil, principal organe de décision de l’Onu, qui passerait à 25 membres, dont 6 permanents, contre 15 actuellement. La rivalité commence entre les groupes régionaux de l’Onu. Ainsi, pour les contrer, plusieurs pays, dont le Pakistan, l’Italie et l’Argentine, ont formé le groupe « Unis pour le consensus », qui rejette, au contraire, toute création de nouveaux sièges permanents. Les pays africains ont revendiqué eux aussi deux sièges permanents avec droit de veto. Enfin, un dernier groupe s’est formé, le « S5 » (Suisse, Liechtenstein, Jordanie, Singapour et Costa Rica), pour oeuvrer à l’amélioration des méthodes de travail du Conseil.

L’initiative de la France, encadrer l’usage du veto

La France a, elle aussi, présenté en 2013 son projet de réforme du Conseil de sécurité, formulé par l’ex-président français François Hollande. Celui-ci soutient l’accession à un siège permanent de l’Allemagne, du Brésil, de l’Inde, du Japon, d’un pays arabe et une présence plus importante des pays africains. Dans son projet, la France promeut également un encadrement de l’usage du droit de veto par les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, en cas d’atrocité de masse. N’impliquant aucune modification de la charte de l’Onu, l’initiative française propose que le secrétaire général, après avoir été sollicité par le Haut-commissaire aux droits de l’homme et/ou 50 Etats membres, puisse saisir le Conseil de sécurité sur une situation ou des crimes de masse sont constatés.

Antonio Guterres pour une réforme structurelle

Antonio, le secrétaire général actuel prône, lui aussi, depuis sa prise de fonction une réforme structurelle de l’Onu et une réduction de ses coûts de fonctionnement. Dans son rapport sur le « repositionnement du système des Nations-Unies au service de la coopération internationale pour le développement », la vision de Guterres est d’accélérer la transition entre les objectifs du Millénaire pour le développement et le programme 2030 des Nations-Unies. Les autres idées directrices du Guterres incluent le renforcement d’une voix politique plus cohérente des Nations-Unies au niveau régional, le renforcement de la responsabilisation du système de développement de l’Onu et la garantie de structures de financement efficaces qui offrent un meilleur retour sur l'investissement et des rapports sur les résultats à l’échelle du système.




Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire