Semaine du 7 au 13 mars 2018 - Numéro 1215
Le Caire et Riyad font front commun
  La visite cette semaine au Caire du prince héritier d'Arabie saoudite, Mohamad bin Salman, reflète les liens étroits entre Le Caire et Riyad, deux piliers de la stabilité régionale.
Le Caire et Riyad font front commun
(Photo : AFP)
May Al-Maghrabi07-03-2018

C’est en grande pompe que le président Abdel-Fattah Al-Sissi a reçu au Caire, dimanche 4 mars, le prince héritier d’Arabie saoudite, Mohamad bin Salman, pour sa première visite officielle de trois jours en Egypte. Il s’agit du premier déplacement de Bin Salman à l’étranger depuis sa nomination comme prince héritier en juin 2017. Il doit se rendre ensuite au Royaume-Uni et aux Etats-Unis. Le calendrier de la visite du prince héritier était surchargé (voir encadré).

Le choix par le prince héritier du Caire comme première étape de sa tournée à l’étranger n’est pas fortuit. « C’est un nouveau chapitre dans les relations égypto-saoudiennes », indique un communiqué de la présidence. Le prince héritier a transmis au président Sissi les salutations du roi d’Arabie saoudite. Bin Salman a exprimé le souhait que cette visite « donne un élan aux relations stratégiques entre l’Egypte et l’Arabie saoudite tant sur le plan officiel que populaire et renforce la coopération bilatérale ».

Le président Sissi et le prince héritier ont convenu d’unir leurs efforts pour « faire face aux agissements visant à créer des divisions dans la région ». « Les deux parties ont souligné qu’elles continueraient à travailler de concert pour faire face aux tentatives de division des Etats de la région et pour former un front uni contre les défis auxquels la région est confrontée, dont le terrorisme et les Etats qui le soutiennent », affirme le communiqué de la présidence.

Le Caire et Riyad font front commun
Le prince héritier a été reçu en grande pompe à Ismaïliya.

Cette visite du prince Mohamad bin Salman intervient à quelques semaines du sommet arabe de Riyad qui se tiendra fin mars. Lors d’une première séance de négociations dimanche, le président Sissi a affirmé à son hôte que « toute atteinte à la sécurité du Golfe ne sera pas tolérée par l’Egypte ».

Pour sa part, le prince Bin Salman a réaffirmé le soutien sans faille de l’Arabie saoudite à l’Egypte. La lutte contre le terrorisme, la coopération économique et les relations bilatérales ont été aussi au menu des discussions entre les deux leaders.

Concertations politiques

Le Caire et Riyad font front commun
Dans la région du canal, le prince héritier a visité plusieurs projets nationaux.

Le président Sissi et le prince saoudien ont évoqué les dossiers régionaux, notamment la cause palestinienne et les répercussions de la décision américaine de reconnaître Jérusalem capitale d’Israël, la guerre au Yémen, la rupture des liens avec le Qatar et les derniers développements en Syrie. Des dossiers qui ont leur importance pour la sécurité de la région arabe, surtout le Golfe, menacé par les convoitises iraniennes.

L’Egypte fait partie de la coalition militaire menée par l’Arabie saoudite au Yémen depuis mars 2015 pour soutenir les forces progouvernementales contre les rebelles houthis, qui contrôlent une partie du pays dont la capitale Sanaa. Le Caire et Riyad font aussi partie des quatre capitales arabes, qui ont décrété en juin dernier un blocus sur le Qatar, qu’ils accusent de soutenir le terrorisme.

Selon le politologue Tareq Fahmi, cette visite est porteuse d’un message. « En se rendant en Egypte, avant sa rencontre avec le président américain, le prince Bin Salman reconnaît le rôle et le poids de l’Egypte en tant que pays axial au Proche-Orient et médiateur incontournable dans le conflit israélo-palestinien. Cette visite coupe court à toutes les tentatives visant à envenimer les relations égypto-saoudiennes », affirme Fahmi. Il rappelle que depuis la révolution du 30 juin 2013, Riyad compte parmi les principaux alliés de l’Egypte. Les deux pays se sont rapprochés après la chute de l’ex-président issu de la confrérie des Frères musulmans, Mohamad Morsi, en juillet 2013. Riyad a déclaré les Frères musulmans organisation terroriste en mars 2014, et a massivement soutenu l’Egypte financièrement et politiquement, surtout avec l’accession au trône du roi Salman en Arabie.

« L’Egypte et l’Arabie saoudite ont la même approche au sujet des dangers qui menacent la région, dont le terrorisme et l’expansion de l’influence iranienne. Ils ont donc un intérêt commun à consolider leurs relations stratégiques pour faire face aux dangers qui guettent la région », explique Fahmi. Décryptage partagé par Nourhane Al-Cheikh, professeure de sciences politiques à l’Université du Caire, qui indique que les relations égypto-saoudiennes sont importantes non seulement pour les deux pays, mais surtout pour les relations interarabes. « Aujourd’hui, les priorités de la politique étrangère saoudienne ont changé. L’Arabie saoudite veut former un axe arabe avec l’Egypte et les Emirats arabes unis, pour remplacer l’alliance militaire islamique avec la Turquie, surtout que cette dernière a rejoint l’alliance Russie-Iran sur le dossier syrien, et plus récemment, a pris le parti du Qatar dans la crise du Golfe », explique Al-Cheikh. Par ailleurs, le prince héritier veut unifier les positions avec l’Egypte sur les dossiers enflammés dans la région avant de rencontrer le président américain. « L’Egypte et l’Arabie sont deux forces régionales influentes. Leur convergence sur les dossiers-clés, comme le statut de Jérusalem, la guerre au Yémen et autres, est une carte de pression sur Washington », conclut Al-Cheikh.




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