Semaine du 28 février au 6 mars 2018 - Numéro 1214
Magdi Sobhi : C’est autour de l’exportation vers l’Europe que tourne la compétition dans la région 
  Magdi Sobhi, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram, revient sur la concurrence autour du gaz naturel en Méditerranée.
Magdi Sobhi
Samar Al-Gamal28-02-2018

Al-Ahram Hebdo : Comment voyez-vous la carte du gaz naturel dans la région ?

Magdi Sobhi : Il y a divers critères pour mesurer le poids régional. Le premier, qui est de loin le plus important, concerne les réserves prouvées en gaz naturel. Au Proche-Orient, l’Iran arrive en tête de liste, selon les chiffres du British Petroleum (BP), avec une production de 33,5 trillions de m3, suivi du Qatar avec environ 24,5 trillions de m3. Vient ensuite l’Arabie saoudite avec 8,4, puis les Emirats avec 6,1. Mais les réserves dans ces deux derniers pays n’ont pas été encore exploitées. Même en Iran, la grande partie de la production est destinée à la consommation locale. Téhéran importe même du gaz pour les régions est au lieu de prolonger son gazoduc. Le Qatar est le premier exportateur de gaz liquéfié au monde, avec 104 milliards de m3 en 2016. Pourquoi j’avance ces chiffres? Car c’est dans cette région que se trouve le centre de gravitation du gaz naturel et si nous passons du côté de la Méditerranée, la situation change complètement.

L’Algérie est le pays le plus important de cette région avec des réserves d’environ 4,5 trillions de m3. L’Egypte arrive derrière avec environ 2 trillions de m3, avec la découverte du champ Zohr (850 milliards de m3). La Libye avec 1,5 et Israël avec des réserves estimées à un peu moins d’un trillion de m3. Puis Chypre.

— Quelle est l’importance donc des pays de la Méditerranée ?

— Leur importance vient en effet du fait qu’ils se transformeront de pays importateurs de gaz en pays exportateurs. Comme l’Egypte, Israël et Chypre.

— D’où émanent alors les conflits autour du gaz dans l’est de la Méditerranée ?

— Les conflits sur le gaz portent non pas sur le gaz lui-même, mais sur les moyens de l’acheminer des zones de production vers les zones de consommation. C’est le vrai conflit. Il est plus ou moins illusoire de penser que les pays de la Méditerranée pourraient avec leur production contrebalancer la Russie dans ses exportations vers l’Europe.

La complète capacité de liquéfaction de l’Egypte, Israël et Chypre combinés est environ 17 milliards de m3 par an, la Russie a exporté vers l’Europe l’an dernier plus de 170 milliards de m3.

Les choses pourraient changer si de nouvelles découvertes, à l’instar de Zohr, sont faites. Ceci permettra à l’Europe de diversifier ses ressources et de diminuer sa dépendance par rapport à la Russie.

L’idée est que la région n’est pas non plus préparée pour l’exportation du gaz, je parle de l’infrastructure. Le gaz est exporté liquéfié soit par navires soit par gazoducs. L’Egypte, par exemple, n’a que deux stations de liquéfaction à Edkou et Damiette.

L’Europe pensait construire une ligne à l’est de la Méditerranée, de Chypre, vers Israël en passant par l’Egypte, puis Crêtes et l’Italie. C’est une ligne qui dépassera 1000 km de long et ses coûts de construction seront très élevés, car elle sera sous-marine. Et la quantité de production ne permet pas de compenser ces coûts.

— A un certain moment, l’idée de construire un gazoduc a été soulevée en Egypte, et ce, dans le cadre du gazoduc arabe. Où en est ce projet ?

— C’était une idée lancée avec la découverte du gaz en Egypte en 2004, pour construire un gazoduc destiné à acheminer le gaz en partie vers Israël et aussi vers la Jordanie, la Syrie, le Liban puis vers la Turquie et ensuite vers l’Europe.

Le gazoduc a été construit et est arrivé vers les frontières syriennes. Et l’Egypte exportait vers la Jordanie et Israël au moyen de deux lignes via Al-Arich. En ce moment, les deux sont utilisées dans le sens inverse, pour les importations égyptiennes.

— Comment exporter le gaz vers l’Europe ?

— C’est autour de cette question que tourne la compétition entre les pays de la région. Construire de nouvelle zones de liquéfaction ou un gazoduc franchissant les pays. Pour l’instant, l’Europe a opté pour le nordiste Stream, un gazoduc qui passe par la Russie vers la mer Baltique et directement vers l’Allemagne. La première phase qui permet d’acheminer 55 milliards de m3 a été achevée. On examine aujourd’hui la construction de la seconde phase avec une capacité de 55 milliards de m3 également.

— Vous écartez un véritable conflit, mais des tensions existent autour des plateformes de gaz entre le Liban et Israël par exemple ...

— Je minimise la portée d’un tel conflit, car le volume de production est assez bas à comparer avec d’autres régions. Le champ Zohr, par exemple, quand il fonctionnera à pleine capacité, pourrait permettre à l’Egypte une autosuffisance vers la fin de 2018 et même l’exportation de sa production vers la fin 2019. Mais cela reste fictif, car cette autosuffisance ou cette exportation se basera en partie sur l’achat de la part du partenaire étranger. En réalité, c’est une importation, mais à coûts réduits.

Le conflit entre le Liban et Israël tourne autour dudit bloc 9 à la frontière maritime entre les deux pays. Il y a Gaza aussi, mais Israël exploite ses champs.

Un autre conflit est lié à la demande de la Turquie d’avoir sa part des champs chypriotes en se basant sur son autonomie sur la partie turque de Chypre.




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