Semaine du 21 au 27 février 2018 - Numéro 1213
Iraq: Le difficile pari de la reconstruction
  Des milliards de dollars ont été débloqués par la communauté internationale pour la recons­truction de l'Iraq, essentielle pour stabiliser le pays et éviter la résurgence du terrorisme. Mais d'impor­tants obstacles doivent d'abord être surmontés.
Iraq  : Le difficile pari de la reconstruction
L'Iraq a besoin de 22 milliards de dollars pour les projets de priorité. (Photo:AFP)
Maha Salem avec agences21-02-2018

88,2 milliards de dollars, telle est la somme nécessaire pour reconstruire l’Iraq après trois ans de guerre contre le groupe djihadiste Daech, 22 à court terme et 66 à moyenne échéance. Pour l’heure, les autorités iraqiennes ont réussi à collecter 30 milliards de dollars lors de la Conférence internationale sur la reconstruction de l’Iraq tenue du 12 au 14 février au Koweït.

Une somme qui sera sans doute consacrée aux projets prioritaires. Une liste de 200 en quête de financements a été établie par les autorités iraqiennes. Il s’agit par exemple de la construction de raffineries de pétrole et de centrales électriques, la réhabilitation d’aéroports, ou encore de chemins de fer et de routes. Aussi, il s’agit de rétablir d’ici dix ans les services de base dans plusieurs lieux dévastés, en particulier Mossoul. La reconstruction de l’aéroport de la deuxième ville du pays figure parmi ces projets, mais aussi la construction de logements pour les 3 millions d’Iraqiens déplacés. « Plus de 138000 maisons sont endommagées, dont la moitié est complètement détruite », a souligné Mustafa Al-Hiti, président du Fonds de reconstruction.

Un bon début, certes, mais bien insuffisant. La reconstruction de l’Iraq, deuxième producteur de pétrole de l’Opep, s’annonce toutefois longue et difficile. Même si ses ressources en or noir le rendent solvable pour les financements internationaux, la confiance des investisseurs reste fragile. Car la situation politique reste fragile malgré la victoire annoncée contre Daech. « Les investisseurs sont loin de se précipiter en Iraq où la situation politique, et surtout sécuritaire, est instable, notamment à cause des tensions persistantes entre chiites et sunnites. Or, pour que les efforts de reconstruction parviennent à leurs objectifs et que des fonds y soient consacrés, les investisseurs ont besoin d’un climat calme et sûr, sans attentats, sans différends ni luttes pour le pouvoir », explique Dr Samah Rachad, analyste au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram. « La stabilité politique et la sécurité sont toujours les premiers facteurs nécessaires pour attirer des investissements étrangers dans n’importe quel pays », dit-il.

A cela s’ajoutent d’autres défis non moins importants. « Il y a la corruption. L’Iraq est le pays arabe le plus corrompu. Et aussi la question des législations, il faut qu’elles soient claires et qu’elles attirent les investisseurs. Par exemple, celles concernant les contrats d’investissements, les allègements fiscaux, la réduction des tarifs douaniers. Les hommes d’affaires et les institutions ont besoin de garanties et les responsables iraqiens doivent les présenter », affirme Sameh. « Quant aux pays du Golfe, ils hésitent pour une autre raison: le régime iraqien est chiite, il est donc pour eux un adversaire d’autant plus qu’il est soutenu par l’Iran », ajoute l’analyste politique.

Face à ces éventuelles entraves, Bagdad tente tant bien que mal d’as­surer les contributeurs. Bagdad se dit ainsi déterminé à combattre sérieuse­ment la corruption et présenter toutes les garanties nécessaires, notamment en promulguant les lois à même de faciliter et d’attirer les investisse­ments. « Nous continuerons de com­battre la corruption qui est l’une des raisons de la montée du terrorisme », a ainsi annoncé le premier ministre iraqien, Haider Al-Abadi, au cours de la conférence internationale sur la reconstruction de l’Iraq.

Or, entre les paroles et les actes, il peut y avoir un monde: l’Iraq est classé parmi les 10 pays les plus cor­rompus au monde, selon Transparency International.

« Les déclarations du premier ministre sont importantes, mais ce dernier n’a pas annoncé comment son régime allait combattre la corruption. Il n’a pas non plus présenté son pro­gramme sur les législations et les garanties destinées à attirer les inves­tissements », explique Dr Sameh.

Eviter une répétition des mêmes scénarios

Malgré tous ces obstacles, la com­munauté internationale a tout intérêt à aider l’Iraq à se construire pour son propre intérêt, explique le politologue. « Le groupe djihadiste Daech est né dans le chaos qui a secoué ce pays pendant de longues années. Et il faut faire en sorte que ce climat ne revienne pas d’autant plus que tous les ingré­dients sont toujours là, notamment avec les différends entre chiites et sunnites. Car une telle atmosphère est la plus convenable pour la résurgence de Daech ou la naissance d’autres groupes extrémistes ».

D’où les appels du secrétaire géné­ral de l’Onu, Antonio Guterres, lancés à la communauté internationale pour qu’elle soutienne les efforts de recons­truction de l’Iraq. « Le monde entier vous est redevable pour votre lutte contre la menace mondiale que repré­sente Daech. Il est temps d’exprimer notre gratitude et notre solidarité avec le peuple iraqien », a lancé M. Guterres lors de la conférence. Le chef des Nations-Unies a annoncé à cette occasion un programme d’assis­tance de deux ans de l’Onu visant à aider le gouvernement iraqien à mettre en oeuvre les aspects sociaux du projet de reconstruction .



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