Semaine du 14 au 20 février 2018 - Numéro 1212
Mahmoud Abdel-Moghni : Le goût de l’éclectisme
  A 39 ans, Mahmoud Abdel-Moghni est en tête d’affiche du nouveau film Al-Kahf (la caverne) Au cours de sa carrière, le comédien a su incarner les caractères les plus divers tout en gardant toujours son côté simple et naturel.
Mahmoud Abdel-Moghni
Yasser Moheb14-02-2018

Incarnation typique de l’anti-héros, Mahmoud Abdel-Moghni est parmi ces acteurs qui ont réussi à avoir un style caractéristique. Il ne passe pas inaperçu à l’écran. Sa manière de bouger est celle d’une personne toujours à l’affût, toujours prête à bondir. C’est cette présence qui séduit le public comme les cinéastes.

C’est après une carrière pleine de hauts et de bas professionnels que Abdel-Moghni gagne du crédit auprès du public, des critiques et des producteurs. Il vient d’enchaîner coup sur coup deux oeuvres, incarnant deux personnages complètement différents, à savoir le feuilleton Zell Al-Raïs (l’ombre du président) et le film Al-Kahf (la caverne), où il partage la vedette avec Magued Al-Masri, May Sélim et Ibrahim Nasr. Ce long métrage compte parmi les films d’action en vogue dans le cinéma égyptien. « Je considère Al-Kahf parmi mes films les plus importants, vu son idée réaliste, inspirée de la vie quotidienne au sein des ruelles égyptiennes. J’y tiens le rôle d’un jeune marginalisé atteint de vitiligo, broyé par ses problèmes. Ce personnage qui se trouve partout dans notre vie réelle, mais qui est peu traité à l’écran. C’est ma tâche artistique préférée, celle de mettre en lumière des types différents, peu acceptés par leur entourage ».

Depuis des semaines, Abdel-Moghni ne parle que du film et ne fait que suivre ses échos dans la presse ou les préparatifs de sa sortie en salle, pour s’assurer que tout va bien. Le succès vient récompenser tout un parcours, parsemé de défis et d’aventures. Mahmoud Abdel-Moghni n’a pas connu de jeunesse aisée. De cette enfance ferme et simple au quartier pauvre d’Imbaba, il a développé très tôt un grand sens de la responsabilité et du sérieux. Sa passion pour la comédie, le petit Mahmoud l’a bien entretenue depuis l’adolescence. Lors de ses études scolaires à l’école Al-Saïdiya à Guiza, il a découvert en lui la graine du futur comédien. En route pour l’école, il imitait devant ses camarades les différents acteurs en vogue. C’est à cette époque aussi qu’il a participé à tous les spectacles et concours artistiques organisés par les établissements secondaires. Décidé à suivre sa passion, il s’est orienté ensuite vers des études en arts dramatiques, à l’Institut des arts théâtraux. « Je me souviens bien que la grande majoritédes candidats étaient pistonnés et avaient sur eux des cartes de visite d’une telle ou telle personne », raconte-t-il, en riant. « Moi, bien au contraire, j’étais seulement armé de mon talent, de mes rêves et de ma détermination. C’est cette recette qui a donné le bon plat, puisque j’ai été parmi les 12 candidats à réussir le test d’amission à l’institut ». C’est sur les planches de l’Institut du théâtre et de l’Académie des arts qu’il a interprété presque tous les textes littéraires classiques arabes et shakespeariens, tout en étudiant la comédie et la mise en scène. Il a également participé à différentes éditions du Festival du théâtre expérimental, donnant des spectacles partout dans le monde arabe et en Italie. Quatre années d’études et de pratique tant riches que fructueuses pour lui.Sa carrière en tant qu’acteur professionnel avait commencé bien avant qu’il n’obtienne son diplôme, avec quelques seconds rôles, notamment dans le feuilleton L’Imam Al-Bokhari en 1992, puis dans la 5e saison du fameux feuilleton Layali Al-Hélmiya (les nuits du quartier Al-Hélmiya), réalisé par Ismaïl Abdel-Hafez. Son premier vrai pas dans le cinéma était en 1999, lorsqu’il a été sélectionné par le réalisateur Chérif Arafa pour jouer dans le film à succès Abboud Ala Al-Hodoud (Abboud à la frontière). Grâce à ce film, Abdel-Moghni a fait d’une pierre deux coups: d’une part, il a séduit le public par son allure de Monsieur Tout-le-Monde, et d’une autre part, il s’est fait remarquer par d’autres réalisateurs, qui ont fait appel à lui quelques mois plus tard, pour d’autres castings.

« Pendant le tournage de Abboud à la frontière, le réalisateur Gamal Abdel-Hamid m’a proposé de faire partie de l’équipe de travail du feuilleton Zizinia. Ainsi, j’ai commencé à me faire connaître au début des années 2000 », dit Moghni, comme l’appellent ses amis et collègues. Les souvenirs se bousculent dans sa tête, jusqu’à nous raconter la soirée où il a rencontré le réalisateur Wafiq Wagdi en assistant à un spectacle. Abdel-Moghni avait déjà deux succès à son actif dans le domaine du théâtre, après avoir joué dans les pièces Al-Toq Wal-Eswéra (le collier et le bracelet) en 1996 et Ayam Al-Insan Al-Sabea (les sept jours de l’homme). Wagdi lui a alors proposé de jouer l’un des rôles les plus importants de sa filmographie, celui du président égyptien Anouar Al-Sadate, dans la 2e saison du feuilleton Awraq Masriya (papiers égyptiens). « Même s’ils m’ont choisi pour ce rôle pour la simple ressemblance physique— la peau mate et le visage allongé—, j’ai tout fait pour réussir à prouver une certaine verve qui pouvait dépasser le simple côté physique. Je n’oublierai pas l’encouragement de mes collègues et du réalisateur, qui m’applaudissaient à la fin de chaque scène », se souvient fièrement Abdel-Moghni.

Les propositions se succèdent, les tournages se multiplient et le jeune comédien brun au physique très égyptien se retrouve vite aux génériques de tout un bouquet d’oeuvres au cours de l’année 2005. Il excelle surtout dans l’un des rôles principaux du film Dam Al-Ghazal (sang de gazelle), face à Nour Al-Chérif, Mona Zaki et sous la houlette du réalisateur Mohamad Yassine. « C’était le personnage de Réda Richa, le percussionniste accompagnant les danseuses orientales dans les noces et fêtes populaires. Vu le contexte social, il a décidé de changer de cap du jour au lendemain et est devenu un fanatique, voire un terroriste. Un rôle profond que j’ai beaucoup aimé », souligne le comédien. Mais c’est avec le personnage de Fathi, le tueur futé dans le film Mallaki Eskendériya (chauffeur privé d’Alexandrie) de Sandra Nachät qu’il va connaître une consécration. « Ne me déçois pas, m’a lancé le réalisateur Chérif Arafa, en me confiant le rôle de l’enquêteur Tareq, dans la première partie du film Al-Guézira (l’île) en 2007, avec Ahmad Al-Saqqa, Khaled Al-Sawi et Hind Sabri », raconte l’acteur. Encensée par la critique, l’oeuvre atteint des sommets au box-office avec des millions d’entrées.

Sa notoriété lancée, Abdel-Moghni va alterner les rôles et les genres. En 10 ans, il tournera presque une vingtaine d’oeuvres. On le retrouve notamment aux génériques d’une comédie délirante, Houch Elli Wéëa Mennak (fais attention), d’un polar, Al-Chabah (le fantôme) avec Ahmad Ezz et Zeina, dans un premier rôle plein d’humour bien dosé, Kachf Héssab (un reçu) avec Khaled Aboul-Naga et Nour, d’une imitation d’une série européenne, Lahazat Haréga (moments délicats) et d’une comédie sociale Mälab Haramiya (truc à lancer) avec Magued Al-Kidwani et Salah Abdallah. Dans tous les rôles, le comédien fait preuve de sa capacité à changer de peau et de style, sans jamais se départir de son côté simple et naturel.

Son goût pour l’éclectisme continue de dominer en 2013, dans Al-Rakkin (homme de garage), feuilleton où il tient le premier rôle. « Faire tête d’affiche signifie pour moi être plus à l’aise dans mes choix, avoir la liberté d’incarner tel ou tel personnage; c’est ce qui compte à mes yeux ». Et d’ajouter: « Tous les personnages que j’ai interprétés ces dernières années étaient difficiles, mais importants. Ce sont des gens que l’on peut croiser dans les rues, sans s’attarder ou s’interroger sur leurs sorts ou leurs douleurs. Je me sens comme leur avocat, leur porte-parole à l’écran ».

Un autre changement de registre ? C’est sans doute le rôle de l’officier de police Hazem Saqr, qu’il a incarné, il y a quelques mois, dans le feuilleton Zell Al-Raïs (l’ombre du président), diffusé durant le dernier Ramadan. Le comédien a dû changer de look pour coller davantage à la peau des responsables sécuritaires, contrairement aux rôles de voleurs ou de marginaux qu’il avait l’habitude d’incarner. Ce rôle continue à avoir des échos dans la rue, propulsant le comédien vers une autre phase de sa carrière.




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