Semaine du 7 au 13 février 2018 - Numéro 1211
Nasr Salem : Cette opération marque le début de la fin du terrorisme en Egypte
  Le général Nasr Salem, expert militaire et conseiller auprès de l’Académie militaire Nasser, revient sur l’importance et les objectifs stratégiques de l’opération militaire globale « Sinaï 2018 ».
Le général Nasser Salem,
Aliaa Al-Korach14-02-2018

Al-Ahram Hebdo : Comment évaluez-vous les premiers bilans de l’opération militaire globale baptisée « Sinaï 2018 », et quelle est, à votre avis, son importance stratégique ?

Nasr Salem : Tout d’abord, il faut savoir que quelques jours à peine après le lancement de l’opération, le résultat est honorable. Vers la fin novembre, le président Abdel-Fattah Al-Sissi avait ordonné au chef d’état-major et au ministre de l’Intérieur de restaurer la sécurité et la stabilité dans le Nord-Sinaï dans un délai de trois mois en utilisant, selon le terme du président, « la force brutale ». Cet appel avait été lancé quelques jours après l’attaque meurtrière de la mosquée d’Al-Rawda, dans le Nord-Sinaï, qui avait fait plus de 300 morts. L’objectif de l’opération est donc d’éradiquer les organisations terroristes et criminelles, de nettoyer les zones où se trouvent les foyers terroristes, de couper tous les moyens de communication entre ces éléments et de renforcer le contrôle des zones stratégiques frontalières.

Cela dit, l’importance stratégique de cette opération est énorme, car depuis 2013 l’Egypte subit de plein fouet un terrorisme aveugle qui menace notre sécurité et nos intérêts et qui fait couler beaucoup de sang. Il fallait donc à tout prix mettre un terme à toute présence terroriste. Cette opération globale en cours est le début de la fin du terrorisme au Sinaï.

— Que signifie « l’opération globale » du point de vue militaire ?

Cette opération marque le début de la fin du terrorisme en Egypte 

— Décrire l’opération comme étant « Globale » c’est une qualification très précise qui consiste à mobiliser les institutions de l’Etat concernées, que ce soit les forces armées ou les services de sécurité, et à déclarer l’état d’alerte maximale pour combattre le terrorisme. Quant aux forces armées : les forces terrestres, aériennes, navales et même celles stationnées aux frontières, toutes sont engagées dans cette guerre. L’opération est aussi globale du point de vue géographique puisqu’elle dépasse les zones d’opérations traditionnelles, pour inclure d’autres régions du pays et aller s’étendre dans tous les axes stratégiques du territoire égyptien, dans le Sinaï, dans des régions du delta du Nil et dans le désert occidental, frontalier de la Libye, ainsi que dans les zones montagneuses et les frontières maritimes. L’Egypte présente ainsi, à travers cette stratégie globale anti-terroriste menée avec professionnalisme, un modèle à suivre pour tous les pays du monde.

— Cette opération militaire n’est pas la première. Depuis 2013, les opérations antiterroristes n’ont pas été interrompues. Quelles sont exactement les différences entre « Sinaï 2018 » et les précédentes opérations ?

— Il y a, en fait, beaucoup de différences qui distinguent cette opération des précédentes. Notamment les opérations comme Nesr 1 et Nesr 2 et le Droit du martyr qui, toutes, étaient « spécifiques », c’est-à-dire qu’elles se déroulaient dans un endroit précis, durant une période limitée et avec un objectif clair. En revanche, « Sinaï 2018 » est la plus grande opération du genre en termes de nombre des forces et d’équipement depuis la guerre de 1973, avec une forte mobilisation des forces et des opérations militaires combinées. Les tactiques également sont aussi différentes cette fois-ci, puisque c’est la première fois que l’armée recours à l’utilisation du Mistral.

Je pense que les résultats seront également plus décisifs, notamment grâce à la bonne planification et grâce à la grande expérience acquise par les forces égyptiennes au cours des précédentes opérations, surtout en ce qui concerne les différentes tactiques des groupes terroristes.

— Y a-t-il un délai à prévoir pour la fin de cette opération ?

— Il y a toujours des limites fixées, que ce soit pour la durée, l’étendue géographique et même les coûts de toute opération militaire. Mais il existe également un principe de flexibilité qui permet de modifier les plans préalablement préparés. C’est-à-dire qu’en fin de compte, ce sont les données sur le terrain qui déterminent le délai de l’opération. Tant qu’il y a des terroristes, l’opération ne s’arrêtera pas.

Je voudrais souligner que la dimension humaine est l’une des priorités des forces armées. Dans le Sinaï, les terroristes se cachent parmi les civils et les prennent comme boucliers humains pour se protéger. Ce qui oblige les forces armées de cibler avec précision, tout en garantissant la protection des civils. D’ailleurs, depuis le commencement de cette opération, les plus grandes pertes et destructions dans le camp des terroristes ont été enregistrées par les frappes aériennes qui visent les foyers terroristes, leurs lieux de stockage d’armes et les entrepôts d’explosifs, tandis que les terroristes tués par les forces terrestres sont moins nombreux. Ce qui prouve que les frappes menées ne sont pas faites de manière aléatoire.

— Vous avez parlé de l’importance des préparatifs, qu’en est-il ?

— Sans aucun doute. Cette opération n’était pas soudaine. Depuis que le président Sissi avait donné l’ordre, en novembre dernier, d’éradiquer le terrorisme et jusqu’au jour du lancement de l’opération, l’armée, la police et les services de renseignements s’y préparaient. Cette phase préparatoire est très importante. Elle est cruciale pour que l’opération atteigne ses objectifs. Le commandement de l’opération a travaillé pendant deux mois à dessiner une carte bien détaillée des cibles à bombarder, des laboratoires d’explosifs, des foyers des terroristes, des entrées et sorties des montagnes, où s’infiltrent les éléments terroristes, etc. Parallèlement, la marine a préparé son propre plan concernant le renforcement de la protection des frontières maritimes pour empêcher l’arrivée de nouveaux éléments terroristes. Une autre étape de la préparation et qui ne manque pas d’importance consistait aussi à garantir la protection des civils et des institutions vitales.

Tous ces préparatifs sur le terrain étaient nécessaires avant de donner le coup d’envoi de cette opération afin de garantir sa réussite.

— Outre l’objectif principal de cette opération qui est l’éradication du terrorisme, de quels autres messages est-elle porteuse ?

— Cette opération vise à transmettre beaucoup de messages à la fois à l’extérieur et à l’intérieur de l’Egypte. C’est une démonstration de force, qui prouve que les capacités militaires de l’Egypte sont très grandes et ont été largement renforcées. Preuve en est l’utilisation, comme les images les transmettent à travers les écrans, du Mistral, de F16, ou de Rafales. C’est un message dissuasif et clair aux forces externes qui tentent de porter atteinte à la sécurité nationale égyptienne. C’est aussi un message aux Egyptiens pour les tranquilliser et les rassurer quant aux capacités et à la puissance d’action de leurs forces armées et de leur police.




Lien court:

 

Courriel
 
Nom
 
Titre
 
Commentaire