Semaine du 7 au 13 février 2018 - Numéro 1211
Une crise d'identité
May Sélim07-02-2018
 
  Après avoir assisté aux deux spectacles de la Troupe de danse contemporaine et de la troupe Forsan Al-Charq pour le patrimoine, des questions surgissent quant à la place qu’occupe la danse au sein de ces représentations.

Lorsque la Troupe de danse contemporaine a été créée par Walid Aouni en 1993, ce dernier la rangeait sous l’étiquette de la danse-théâtre. A l’époque, il s’est attiré aussi bien l’admiration que la critique quant à ce genre relativement nouveau en Egypte. Mais au fil du temps, la troupe s’est imposée sur scène grâce à son lan­gage corporel novateur. Puis, ce fut tour de Monadel Antar de prendre la relève, en tant que directeur artistique de la troupe, après le départ de Aouni. Il a cherché alors à atteindre une sorte d’équilibre entre la danse et le théâtre (jeu, dialo­gue, etc.). « L’étiquette de danse contemporaine nous a permis de nous ouvrir à différentes disci­plines. Elle nous donne la liberté d’avoir recours à des langages corporels variés et modernes, tout en gardant les cadres et les formes essentiels de la chorégraphie contemporaine », explique Monadel Antar. Parle-t-on alors d’une mosaïque de disciplines? D’une fusion des styles et des genres ? Eh oui, ceci est incontournable. « Antar a réussi à attirer un public plus large. Il est intel­ligent et sait comment profiter de la réussite d’un best-seller littéraire ou d’un récit tiré du patri­moine pour monter un spectacle dansant éblouis­sant, même si je considère qu’il a une vision très différente de la mienne, restant moi-même plus fidèle à la danse-théâtre », souligne Walid Aouni, ancien directeur et fondateur de la troupe. Partant de cette idée de s’attribuer une plus grande liberté, de varier les styles et les genres, les spec­tacles de la troupe ont été au fur et à mesure signés par d’autres chorégraphes et metteurs en scène. Ces derniers n’avaient pas toujours une notion assez claire de ce qu’ils voulaient faire. Ils se sont montrés tellement flexibles que la troupe a perdu son identité. Antar s’explique: « Il existe chez les jeunes chorégraphes une grande confu­sion entre le fond et la forme. Ils ne savent pas s’ils veulent faire de la danse contemporain ou du show commercial ».

Moins fidèle au folklore
La troupe Forsan Al-Charq pour le patrimoine, créée elle aussi par Walid Aouni en 2009, visait essentiellement la danse folklorique, dans les thèmes du patrimoine, pour en présenter une forme moderne visuellement parlant. Plus de rythme, plus de vivacité ont au départ servi à redonner vie à plusieurs danses oubliées. Cette approche a caractérisé les premiers spectacles donnés par la troupe, notamment La Grande Rue, signé par Aouni lui-même en 2011. Les danseurs, triés sur le volet après plusieurs tests de sélection, ont été bien entraînés, pendant plus de deux ans, avant de monter sur scène. Ensuite, les directeurs se sont succédé et la troupe a également perdu de son identité. Aujourd’hui, elle ne retient du patri­moine que les sujets de ses spectacles. On se demande alors où sont les danses folkloriques d’autrefois... Quelle est la spécialisation de cette troupe? Et l’on s’interroge: pourquoi n’arrive-t-on pas à atteindre une meilleure coordination avec la Troupe de danse contemporaine, au lieu de sombrer dans cette impression chronique de déjà-vu? Les deux troupes en question parviendront-elles à se démarquer, à récupérer leur caractère ? Les prochains spectacles apporteront la réponse.



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