Semaine du 7 au 13 février 2018 - Numéro 1211
L'Onu impuissante
  Le Yémen vit actuellement la crise humanitaire la plus grave au monde. Une situation qui pointe du doigt l’incapacité de l’Onu, tant à parvenir à un règlement politique qu’à apporter une solution au volet humanitaire.
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Le Yémen est menacé d'une famine sans précédent. (Photo : AP)
Maha Salem07-02-2018

Le Yémen — où plus de 9200 personnes ont été tuées et près de 53000 blessées, et plus de 2 millions ont été déplacées depuis le début du conflit— est le théâtre de la pire crise humanitaire de la planète avec des risques de famine à grande échelle. C’est ce que vient de déclarer récemment l’Onu en dressant dans un rapport une longue liste de chiffres aussi alarmants l’un que l’autre. Selon le rapport, 21 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire et près de 10 millions des cas nécessitent une aide d’urgence. On estime désormais que 17 millions de personnes, soit 60% de la population, souffrent d’insécurité alimentaire et de malnutrition. Le spectre de la famine plane sur 8 millions d’entre elles. « La plupart des 22 gouvernorats du Yémen sont menacés par la famine dans les prochains jours, il n’y a presque aucune exception », explique Liny Suharlim, directrice de l’ONG Acted pour le Yémen. En outre, le Yémen doit maintenant faire face à la plus grave épidémie de choléra jamais enregistrée au monde et qui a gagné quasiment tout le territoire dévasté par le conflit. Près d’un million de cas ont été signalés et plus de 2200 personnes sont mortes depuis le début de l’épidémie.

Une catastrophe qui touche notamment les plus vulnérables : selon un rapport de l’Unicef, plus de 5 000 enfants ont été tués ou blessés dans les violences et 1,8 million souffrent de malnutrition aiguë.

Face à cette situation, l’Onu a lancé, le 21 janvier dernier, un appel de fonds d’un montant de 2,96 milliards de dollars pour apporter une aide d’urgence à 11,3 millions de personnes au courant de 2018. En réponse, l’Arabie saoudite a annoncé, deux jours après, un plan d’urgence humanitaire de 1,5 milliard de dollars et une opération pour augmenter la capacité des ports du pays en guerre, afin de faciliter les secours. Dans un communiqué, la coalition a annoncé également un pont aérien entre Riyad et la province de Mahrib, dans le centre du Yémen, avec des vols quotidiens d’avions C130 qui transporteront de l’aide humanitaire. 17 corridors seront établis depuis « 6 points d’entrée » pour assurer « en toute sécurité » le transport de l’aide « vers des ONG opérant au Yémen », a ajouté le communiqué.

Pourtant, selon Mona Salmane, chercheuse à la faculté de sciences politiques de l’Université du Caire, « toutes les tentatives d’aides humanitaires ne sont que des accalmies, la situation au Yémen est compliquée et sa résolution réside dans un règlement politique rapide pour mettre fin à cette crise dramatique ».

Echec des médiations

Or, jusque-là, toutes les tentatives de règlement ont été vaines. Alors que la situation ne fait que se compliquer, l’Onu a annoncé que son émissaire spécial pour le Yémen, Ismaïl Ould Cheikh Ahmed, quitterait son poste vers fin février, après l’expiration de son contrat, à son gré, trois ans après avoir pris en charge le dossier yéménite. Ould Cheikh, qui a parrainé pendant trois ans plusieurs séries de négociations entre pouvoir et rebelles yéménites, toutes s’étant soldées par un échec, quitte donc le pays sans avoir atteint son objectif de faire signer aux belligérants yéménites un accord de paix. Ni même de les avoir fait progresser sur le chemin des négociations, annonçant ainsi un grand échec de la mission onusienne au Yémen. Surtout que son prédécesseur, Jamal Benomar, avait lui aussi démissionné en avril 2015, après l’échec de cinq ans d’efforts pour établir une transition politique.

Selon Mona Salamane, deux raisons principales ont mené à l’échec de la mission de Ould Cheikh. La première est la nature complexe et difficile de la crise yéménite, qui s’est compliquée après le refus des Houthis de négocier avec lui, l’accusant de partialité en faveur du gouvernement du président yéménite Abd-Rabbo Mansour Hadi, soutenu par l’Arabie saoudite. La deuxième, non moins importante selon Salmane, est « le manque d’expertise de Ould Cheikh en matière de négociations internationales, dont c’était la première mission politique ».

Le secrétaire général des Nations-Unies, Antonio Guterres, a proposé de nommer le Britannique Martin Griffiths pour le remplacer. Reste à savoir si avec l’arrivée d’un nouvel émissaire, les choses pourront changer.



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