Semaine du 10 au 16 janvier 2018 - Numéro 1207
Campagne diplomatique turque en Europe
  Erdogan a effectué cette semaine une visite à Paris, et son ministre des Affaires étrangères à Berlin. Objectif : améliorer les relations tendues de la Turquie avec l'Europe.
Turquie
Inès Eissa avec agences10-01-2018

Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a mené une importante offensive diplomatique cette semaine en Europe. Une offensive qui s’inscrit dans un cadre diplomatique plus large, après une tournée arabe qui a inclus l’Arabie saoudite et le Qatar et qui avait pour objectif de renouer le dialogue avec l’Union Européenne (UE), avec laquelle les relations sont tendues. Erdogan s’est donc rendu en France, où il a été accueilli, vendredi 5 janvier, par le président français, Emmanuel Macron. Mais cette visite, la plus importante du président turc dans un pays de l’UE depuis le putsch manqué de 2016, a fait grincer des dents en France, notamment à cause de la question des droits de l’homme. Une question sur laquelle Ankara est largement critiquée depuis le putsch manqué : plus de 140 000 personnes ont été limogées ou suspendues, et plus de 55 000 ont été arrêtées, dont des universitaires, des journalistes et des militants prokurdes, accusés de propagande « terroriste » ou de collusion avec les réseaux du prédicateur Fethullah Gülen. Mais au-delà des sujets de contentieux, les deux pays ont des intérêts communs et les deux présidents ont discuté de la Syrie, sur laquelle ils ont certains points de convergence, et sur l’Europe. « Je pense que la coopération entre la France et la Turquie est d’une importance vitale pour la paix régionale et mondiale », a déclaré M. Erdogan. Ankara, comme Paris, cherche à peser dans les négociations engagées pour mettre fin au conflit syrien. Le président Erdogan espère, par ailleurs, relancer ses relations avec l’Europe, considérablement dégradées depuis la vague de répressions dans son pays et le quasi-gel des négociations d’adhésion de la Turquie à l’UE. « Si l’Europe reste un formidable espoir (..) c’est grâce à la France », a-t-il écrit dans une tribune, vendredi 5 janvier, au quotidien Le Figaro, alors que ses relations restent houleuses avec la chancelière allemande, Angela Merkel. Justement, outre Paris, Ankara veut améliorer ses relations vitales avec Berlin. C’est dans ce contexte que le ministre turc des Affaires étrangères était en Allemagne, samedi 6 janvier, au lendemain de la visite du président Erdogan à Paris. Les chefs de la diplomatie turque, Mevlüt Cavusoglu, et allemande, Sigmar Gabriel, ont affiché leur volonté de reprendre un dialogue étroit mis à mal par une année de relations orageuses.

« Des rapports de force très délicats »

Les pommes de discorde sont particulièrement nombreuses entre la Turquie et l’Allemagne : Berlin s’est notamment ému par l’arrestation de plusieurs de ses ressortissants en Turquie, certains ayant la double nationalité. Ankara, de son côté, accuse l’Allemagne d’indulgence envers les séparatistes kurdes et des putschistes présumés, et le président Recep Tayyip Erdogan est allé jusqu’à accuser la chancelière de « pratiques nazies ». Lors d’une conférence de presse commune, samedi, Sigmar Gabriel s’est dit « très heureux » que le dialogue entre Berlin et Ankara, partenaires stratégiques du fait de la forte minorité turque vivant en Allemagne, « revienne pas à pas sur une meilleure base ». « Nous nous sommes tous deux donné pour tâche de tout faire pour surmonter les difficultés dans les relations germano-turques », a déclaré M. Gabriel, précisant privilégier un dialogue « dans l’ouverture et le respect mutuel » même si les deux responsables « n’ont certainement pas le même avis sur tous les sujets ». Ni l’Allemagne, ni la Turquie « ne cèdent devant les pressions, les menaces ou les méthodes similaires », a insisté de son côté le ministre turc M. Cavusoglu. « Ce ne sont pas les bonnes méthodes, selon nous », a-t-il ajouté, affirmant la nécessité de relancer la coopération économique entre les deux pays par « le dialogue, la compréhension mutuelle et la coopération ». Le gouvernement turc a envoyé depuis novembre plusieurs signaux d’apaisement à Berlin, avec notamment la remise en liberté conditionnelle ou complète de plusieurs personnes détentrices du passeport allemand en Turquie. « La Turquie est pour l’Europe un partenaire difficile, mais incontournable. Ankara est indispensable pour l’UE dans la gestion de la crise migratoire qui ravage ses pays membres depuis plus de deux ans », explique un diplomate qui a requis l’anonymat. « Conscient de cela, le gouvernement turc exploite à fond cet avantage », ajoute le diplomate. Selon lui, la lutte contre le terrorisme dépend largement de la coopération avec la Turquie qui représente le point de transit principal des djihadistes présents en Syrie. « Dans ce contexte, des rapports de force très délicats régissent les relations entre l’UE et la Turquie », conclut le diplomate.



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