Semaine du 10 au 16 janvier 2018 - Numéro 1207
« Le mouvement vert » de 2009, une révolte avortée
  La crise que traverse actuellement l’Iran est la pire depuis 2009. A l’époque, le mouvement de contestation avait frôlé la révolution. Retour sur ces événements.
« Le mouvement vert » de 2009, une révolte avortée
En 2009, des manifestations éclatent en Iran après l'élection contestée d'Ahmadinejad. (Photo : AFP)
Amira Samir10-01-2018

En 2009, tout avait commencé le 12 juin, en réaction à l’annonce des résultats de l’élection présidentielle iranienne. Les autorités ont été accusées de fraude électorale pour garder au pouvoir le conservateur Mahmoud Ahmadinejad. S’ensuivit une vague de manifestations émaillées de violences avec les forces de l’ordre. Plusieurs semaines durant, l’Iran a tremblé face à cette vague de contestation, la crise la plus grave depuis la Révolution de 1979. Ce mouvement avait alors été qualifié de « mouvement vert ». Et avait surtout suscité de grands espoirs qui ont fini par se heurter à la réalité.

« La liberté d’expression inédite qui a précédé le jour du vote a laissé espérer, notamment à la jeunesse des villes, l’arrivée au pouvoir de nouveaux dirigeants. Ces espoirs sont vite changés le lendemain de l’annonce des résultats. Les Iraniens se soulevaient en masse pour protester contre des fraudes massives survenues durant le scrutin présidentiel qui a porté Mahmoud Ahmadinejad au pouvoir pour un second mandat », explique Atef Saadawi, chercheur au Centre des Etudes Politiques et Stratégiques (CEPS) d’Al-Ahram.

L’Université de Téhéran a été fermée et plusieurs sites Internet, dont Facebook et d’autres réseaux sociaux, ont été bloqués. Idem pour les communications téléphoniques. Car les protestations avaient pris forme sur Internet à tel point que l’appellation « Révolution Twitter » a été créée en raison de l’importance qu’a eue le réseau social, devenu un espace de liberté et une source d’information privilégiée servant notamment à l’organisation des manifestations. Un slogan s’était alors répandu sur la Toile : « La révolution ne sera pas télévisée, elle sera twitterisée ».

Interdites ainsi par les autorités, les manifestations ont été violemment réprimées. Bilan : 150 morts, selon les chiffres de l’opposition. Sans compter les milliers d’arrestations des manifestants accusés de trahison et de collaboration avec l’étranger. D’ailleurs, les journalistes étrangers n’avaient pas été autorisés de couvrir les événements. Parce que, selon les autorités iraniennes, les protestations étaient manigancées « par les Occidentaux, la CIA et Israël ». Une théorie du complot étranger à laquelle le pouvoir a souvent recours pour expliquer la sortie du peuple dans les rues. Ainsi, le ministre iranien des Affaires étrangères de l’époque, Manouchehr Mottaki, avait accusé la Grande-Bretagne d’avoir comploté contre l’élection présidentielle pendant plus de deux ans, affirmant que « des éléments liés aux services de renseignements britanniques étaient arrivés en masse avant l’élection présidentielle ». Son porte-parole, Hassan Qashqavi, avait déclaré : « En contradiction avec les normes internationalement reconnues, de nombreux pays européens et l’Amérique soutiennent les émeutiers et les opportunistes au lieu d’inviter le peuple à s’en remettre aux institutions de la démocratie. La promotion de l’anarchie et du vandalisme par les puissances ainsi que par les médias occidentaux est absolument inacceptable ».

Si le mouvement vert n’a pas ébranlé le régime iranien, il l’a tout de même largement secoué. Et ce, pour la première fois depuis la Révolution islamique de 1979.



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