Semaine du 13 au 19 décembre 2017 - Numéro 1204
Les Egyptiens refusent unanimement la décision américaine
  La reconnaissance américaine de Jérusalem capitale d'Israël a suscité de vives réactions en Egypte, que ce soit au niveau officiel, populaire ou de la part des partis, des syndicats, d'Al-Azhar et de l'Eglise.
Les Egyptiens refusent unanimement la décision américaine
Manifestations devant la Mosquée Al-Azhar. (Photo : Reuters)
May Al-Maghrabi13-12-2017

Manifestations, condamnations, communiqués, campagnes de boycott et réunions. L’Egypte a réagi, au niveau populaire et officiel, contre la décision du président américain, Donald Trump, quant à la reconnaissance de Jérusalem comme capitale d’Israël. Sur le plan officiel, le président de l’Autorité palestinienne, Mahmoud Abbas, est venu lundi au Caire, où il s’est entretenu avec le président Abdel-Fattah Al-Sissi, suite à une invitation du président Sissi en vue de « discuter des développements liés à la reconnaissance par les Etats-Unis de Jérusalem comme capitale d’Israël », selon le porte-parole de la présidence, Bassam Radi. L’objectif de ce sommet est d’examiner les moyens de faire face à « cette crise de façon à préserver le droit légitime du peuple palestinien d’établir son Etat indépendant avec Jérusalem-Est comme capitale », a précisé le porte-parole. Déjà, mardi 5 décembre, le président Abdel-Fattah Al-Sissi avait mis en garde, au téléphone, son homologue américain contre le risque de « compliquer la situation dans la région en prenant des mesures qui compromettent les chances de parvenir à la paix au Moyen-Orient », a indiqué le porteparole de la présidence, Bassem Radi, dans un communiqué. Une mise en garde qui n’a pas dissuadé Trump de franchir un pas que tous ses prédécesseurs n’ont pas osé prendre. « Cette décision va à l’encontre des résolutions de la légitimité internationale concernant le statut juridique de Jérusalem et ignore également la prééminence particulière que représente la ville de Jérusalem dans la conscience des peuples arabes et musulmans », a affirmé le président Sissi à son homologue palestinien, Mahmoud Abbas, lors d’un appel téléphonique, mercredi 6 décembre, suite à l’annonce de Trump. Le président Sissi lui a aussi affirmé le refus de l’Egypte de « la décision américaine et de tous les effets qui en découlent ».

Et ceci, tout en soulignant « la position constante de l’Egypte sur le maintien du statut juridique de Jérusalem dans le cadre des normes internationales et des résolutions de l’Onu », a indiqué le communiqué de la présidence. Pour l’Egypte, l’un des médiateurs du processus de paix, cette décision unilatérale risque de saboter les efforts pour une relance du processus de paix israélo-palestinien, dossier dans lequel l’Egypte s’est beaucoup investie. Les services de renseignement égyptiens ont joué un rôle essentiel dans la réconciliation interpalestinienne entre le Fatah et le Hamas, signée le 12 octobre au Caire. Une réunion d’urgence a été convoquée samedi à la Ligue arabe, qui siège au Caire. L’Egypte a été aussi parmi les 8 pays ayant revendiqué la réunion en urgence du Conseil de sécurité à l’Onu qui s’est tenue vendredi.

Le ministre des Affaires étrangères, Sameh Choukri, a vivement condamné une violation des résolutions internationales sur le statut de Jérusalem. « L’Egypte est extrêmement préoccupée par les conséquences potentielles de cette décision sur la stabilité de la région. Cette décision aura en outre un impact négatif sur l’avenir du processus de paix entre Palestiniens et Israéliens, Jérusalem étant l’une des questions-clés de ce processus », a déclaré Choukri, samedi lors de la séance extraordinaire de la Ligue arabe tenue au Caire. Lors de son discours, le ministre des Affaires étrangères a souligné que l’Egypte n’avait pas ménagé ses efforts pour empêcher la prise d’une telle décision unilatérale, « qui met toute la région au bord d’une explosion ». « Le président Sissi s’est entretenu avec son homologue américain pour le dissuader de prendre cette décision, mais en vain. Les appels du président Sissi de relancer le processus de paix n’ont eu aucun écho auprès du président Trump », a regretté Choukri. Sur un autre volet, le parlement a tenu une séance, le jour même de l’annonce de Trump, pour discuter des moyens de contrecarrer la décision américaine. Les députés ont appelé le gouvernement à prendre des mesures d’escalade en riposte à la décision de Trump. « Si l’Egypte et les pays arabes ne se mobilisent pas en faveur de Jérusalem, elle sera perdue à jamais », prévient la députée Nachwa Al- Dib.

Parmi les propositions des députés figurent le boycott économique, le rappel pour consultations des ambassadeurs égyptiens aux Etats-Unis et en Israël, la revendication de l’application des résolutions internationales en faveur de la cause palestinienne, dont celle de l’Unesco adoptée en séance plénière, en mai 2017. Cette résolution sur le statut de Jérusalem stipule notamment que « toutes les mesures prises par Israël, une puissance occupante, qui ont altéré ou visent à altérer le statut de la ville sainte de Jérusalem seront nulles et non avenues et doivent être annulées ». Elle dénonce donc la loi d’annexion de Jérusalem- Est conquise en 1967 par Israël.

Solidarité d’Al-Azhar et de l’Eglise

Les Egyptiens refusent unanimement la décision américaine
Le grand imam d'Al-Azhar, cheikh Ahmad Al-Tayeb, et le pape Tawadros II, tête de l'Eglise copte orthodoxe, ont refusé de rencontrer le vice-président américain Mike Pence.

L’institution sunnite d’Al-Azhar a été en première ligne pour défendre la mosquée Al- Aqsa. Le grand imam d’Al-Azhar, cheikh Ahmad Al-Tayeb, a décidé, mercredi soir, d’annuler sa rencontre, qui était prévue le 20 décembre prochain, avec le vice-président américain Mike Pence, en signe de protestation contre la décision de Trump. « Comment me permettrai-je de m’asseoir avec ceux qui ont octroyé ce qu’ils ne possèdent pas à ceux qui ne le méritent pas ? », a déclaré le grand imam, dans un communiqué, chargeant le président américain des répercussions de sa décision qui alimente la montée de violence et de terrorisme. « Il s’agit d’une falsification de l’histoire mettant en jeu l’avenir des peuples », a fustigé Al-Tayeb. Il a ajouté : « Cette décision ignore les sentiments de plus de 1,5 milliard de musulmans et de millions d’Arabes chrétiens qui ont un lien avec les églises et les monastères de Jérusalem ». Samedi, le pape Tawadros II, tête de l’Eglise copte orthodoxe, a de même refusé de rencontrer Mike Pence, estimant dans un communiqué que « la décision américaine a fait fi des sentiments de millions d’Arabes et défie les résolutions de la légitimité internationale adoptées par l’Assemblée générale de l’Onu et du Conseil de sécurité de l’Onu ». L’Eglise a d’ailleurs réaffirmé son soutien au processus de paix entre les Palestiniens et les Israéliens. L’Eglise égyptienne copte administre sept églises coptes à Jérusalem qui sert plus de 10 000 Palestiniens chrétiens orthodoxes coptes, selon les chiffres du Centre d’information palestinien.

Réactions en cascade

La colère et le rejet d’une décision « invalide », qui ne pourra en aucun cas changer les réalités historiques et politiques prouvant le statut arabe de Jérusalem, ont été le mot d’ordre réunissant toutes les forces politiques, institutions religieuses, syndicats, et citoyens à la divergence de leurs tendances. Une position commune et une colère que chacun a exprimées à sa façon. Le ministère des Waqfs a consacré, exclusivement, le sermon de ce vendredi à la cause palestinienne et l’arabisme de la mosquée Al-Aqsa. Toutes les chaînes publiques et privées ont diffusé en direct la prière hebdomadaire de la mosquée d’Al-Azhar où des milliers de fidèles ont écouté le sermon fait sur ce sujet par le ministre des Waqfs, Mokhtar Gomaa. A la fin de la prière à la mosquée d’Al-Azhar, et à celle d’Al-Qaëd Ibrahim à Alexandrie, des centaines de fidèles furieux ont manifesté hors de la mosquée, scandant des slogans de solidarité avec la Palestine et exprimant le devoir de tous les peuples arabes de défendre la mosquée Al-Aqsa. Brûlant les drapeaux israéliens et américains, les manifestants ont exhorté la communauté internationale, les organisations islamiques et arabes à s’attaquer à la décision américaine par tous les moyens.

Dimanche, le président de l’Université d’Al- Azhar a conduit une manifestation au sein de l’université à laquelle ont participé des centaines d’étudiants. D’autres manifestations avaient été organisées le jeudi d’avant à l’Université américaine au Caire, au cours desquelles des dizaines d’étudiants ont dénoncé « une violation américaine » des droits du peuple palestinien ainsi que du droit historique de tous les Arabes à la mosquée Al-Aqsa. Les ordres des Avocats et des Journalistes ont aussi abrité des dizaines de manifestants hostiles à la judaïsation de Jérusalem. L’ordre des Pharmaciens n’a pas organisé de manifestations. Or, son conseil d’administration a approuvé jeudi, à l’unanimité, une décision sur le boycott de tous les médicaments américains, en signe de contestation contre la décision de Trump. « On a décidé de boycotter tous les produits pharmaceutiques américains, en réaction à la décision de Trump sur Jérusalem. Ce boycott fera perdre aux entreprises pharmaceutiques américaines des profits d’environ 35 milliards de L.E. qu’elles gagnent du marché égyptien. C’est la moindre réponse sur la décision américaine illégitime. L’entité sioniste n’est qu’une force d’occupation qui n’a aucun droit ni à une capitale ni à un Etat sur les territoires occupés », indique Mohieddine Ebeid, président de l’ordre des Pharmaciens, annonçant la levée du drapeau palestinien à côté de celui égyptien sur le bâtiment en solidarité avec la Palestine.

En outre, dix partis et mouvements politiques libéraux et de gauche se sont réunis mercredi pour négocier les actes à prendre contre la décision américaine, tels que les partis Al- Karama, Pain, liberté et justice sociale, le Parti socialiste égyptien, ainsi que la campagne populaire pour le boycott d’Israël (BDS Egypt). Dans un communiqué conjoint, les responsables ont décidé de lancer une vaste campagne de boycott des produits américains, en contestation contre la politique américaine « partiale » à Israël. Le communiqué a aussi exhorté les gouvernements arabes à arrêter leurs investissements aux Etats-Unis. Ils ont aussi décidé de former des délégations populaires qui devront se rendre à la Ligue arabe et au Conseil de sécurité pour remettre des lettres de protestations contre la décision américaine et mettre en garde contre ses graves retombées. Ils ont aussi appelé à unifier, en une seule entité, tous les initiatives, mouvements et comités populaires contre la normalisation pour défendre l’arabisme d’Al-Aqsa.




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