Semaine du 6 au 12 décembre 2017 - Numéro 1203
Sahar Rami : La ballerine du 7e art
  Ancienne prima donna du ballet du Caire, comédienne et productrice de cinéma, Sahar Rami a parcouru la moitié du globe. Elle reste fidèle à la mémoire de son mari, le comédien, musicien et présentateur Hussein Al-Imam, avec qui elle a connu tous les aléas du cinéma.
Sahar Rami
Amr Kamel Zoheiri06-12-2017

Sahar rami essaye desurmonter son chagrin,après avoir perdu son mari,le comédien, musicien etprésentateur de télévision HusseinAl-Imam, disparu subitement il y aplus d’un an. Avec leur fils Youssef,il parachevait le film Zay Oud Kabrit(comme une allumette), un métraged’une heure et demie reconstruisantdes séquences de plusieurs filmsanciens, tournés notamment parle réalisateur Hassan Al-Imam, lepère de Hussein et l’un des maîtresdu mélodrame. A ces séquences,ils ont ajouté d’autres nouvellesscènes jouées par Hussein et sonépouse Sahar Rami. Le couple étaitbien réuni dans la vie comme surles écrans. Une belle complicitésoudait leur mariage d’amour. Unecomplicité que l’actrice et ancientop-modèle n’arrive pas à s’endéfaire. Pourtant, elle a vécu biendes choses.

A 14 ans, elle s’est vu couperdu monde en Iran, lorsqu’elleétait danseuse dans la troupeimpériale de Téhéran. A l’époque,la révolution iranienne a éclaté en1979. Elle se souvient que l’arméeles accompagnait dans tous leursdéplacements. Elle se souvientaussi que parmi la cinquantaine dedanseuses et danseurs de la troupe, iln’y avait que quatre ou cinq Iraniens.Sahar Rami avoue qu’elle n’apresque rien connu des événementsde la révolution, pendant les quatremois qu’elle a passés à Téhéran,avant que les autorités ne lui rendentson passeport et lui permettent dequitter le pays. « A la télévision, iln’y avait que des marches militaireset du Coran », lance-t-elle, touten soulignant que l’Iran est untrès beau pays. Et d’ajouter : « Entant que danseuse étoile, j’ai eu lachance de parcourir la moitié duglobe terrestre, mais le pays qui m’amarquée le plus c’est le Japon. J’aipu découvrir ainsi dansles années 1970-1980le lavabo électronique,la lumière qui s’allumeautomatiquement àl’entrée d’une pièce ...C’était fascinant ! ».L’ancienne danseusea appris à s’adapter età vivre des momentsinoubliables, sanspenser au lendemain.« Au Japon, onavait des difficultésculinaires, pas de pain, pas desandwichs … C’était inexplicablepour la troupe égyptienne ». Dès satendre enfance, elle a été admise àla troupe égyptienne du ballet et ainterprété des dizaines de rôles dansdes chorégraphies, comme Giselleet Le Lac des cygnes. Rapidement,elle s’est fait remarquer par le grandpublic grâce à une publicité devenuetrès populaire en très peu de temps surune marque de tapis et de moquette.« On a tourné au moins quatreversions de cette publicité. Grâce àce succès, j’ai rencontré mon épouxqui m’a vue à la télévision, commeplein d’autres gens, a voulu merencontrer et m’épouser », déclareSahar Rami.

A ce moment, elle venait decommencer sa carrière théâtrale,suivait des cours particuliers avecle comédien Mohamad Sobhi ettravaillait avec la troupe de théâtre dece dernier. En tant quedanseuse de ballet, ellen’avait pas l’habitudede parler sur scène.Mohamad Sobhi l’arendue plus à l’aise surles planches en jouantdans deux pièces : IntaHor (tu es libre) et Al-Mahzouz (l’instable).Avec le comédienSaïd Saleh, elle a ensuitejoué dans trois pièces :Kaabalon, NahnouNashkour Al-Zourouf(nous remercions les circonstances)et Al-Boeboe (le monstre). Et avecle grand Fouad Al-Mohandès, ellea fait cinq pièces, dont Qesméti(mon destin). « Durant cette pièce,j’ai rencontré pour la premièrefois ma future belle-famille », sesouvient Rami qui, en effectuant untour d’horizon du théâtre à l’heureactuelle, juge que celui-ci n’a pas debeaux jours devant lui. Au début desannées 1980, Sahar Rami participeaux devinettes musicales duRamadan, celles de Fatouta, devantle célèbre humoriste et comédienSamir Ghanem. De quoi lui avoirpavé le chemin du cinéma, où elle atenu tout de suite des premiers rôles,parfois devant son mari HusseinAl-Imam, comme dans Kabouria(crabes), il y a 25 ans.

Ayant une trentaine de films à sonactif, elle peut se permettre quandmême de critiquer le cinéma égyptienet d’en faire le bilan. « Jusqu’audébut des années 1980, on vivaitencore sur la gloire de la royauté,avec ses stars et comédiens. Ensuite,la génération née sous Nasser apris la relève et a commencé àimposer ses diktats, avec toutesles déformations sociétales qui ontsuivi », souligne Sahar Rami. Etd’ajouter sur un ton révolté : « On aensuite connu les répercussions del’immigration égyptienne dans lespays du Golfe, de quoi avoir changémassivement les modes de vie. Lescodes vestimentaires de ces pays ontété introduits en Egypte, ainsi queles modèles de consommation. Toutceci a affecté le cinéma égyptien, lepublic n’est plus le même ».

La ravissante brunette estnostalgique du cinéma égyptien desannées 1940, 50 et 60. « Enfant,j’ai été fascinée par la danseuse etcomédienne Samia Gamal et tousses films de l’époque. Si l’on coupaitle son des films égyptiens en noir etblanc, on ne pouvait aucunement lesdifférencier des films européens ouaméricains de la mêmeépoque », assure SaharRami. Et d’ajouter :« Malheureusement,la dégradation de lasociété s’est reflétéesur l’ensemble des artsen Egypte, vingt ouvingt-cinq ans après.Aujourd’hui, tout lemonde se mêle ducinéma, et le résultatest la médiocritétotale. On est dépassépar le cinéma tunisienou libanais ou les drames téléviséssyriens. Ces pays-là ont entamé leurcinéma des dizaines d’années après,mais ils nous ont rattrapés ». Ramise montre pessimiste, mais en voyantson fils Youssef partir sur les tracesde son père et de son grand-père,cela lui donne espoir. Aujourd’hui,elle participe au feuilleton Karmade Essam Al-Chammaa, soit ladeuxième partie du feuilleton diffuséavec succès l’année dernière : Al-Kabrit Al-Ahmar (les allumettes rouges).

Loin du petit et grand écran, SaharRami s’intéresse depuis toujours à lamode. Elle crée ses propres vêtementset les confectionne elle-même. Parfoismême, elle signe des designs pourses proches, souvent d’inspirationbédouine ou pharaonique. Et bienqu’elle ait acquis une bonne réputationdans les milieux artistiques, elle restesans ambition à ce niveau et avoue :« Je manque de rigueur, de moyensfinanciers et je n’ai pas le sens del’organisation pour mener une telleexpérience et créer une maison dehaute couture ou lancer une marque.Ceci demande une production demasse, de la publicité, du marketing,et je n’en suis pas là ».La vedette s’inspire de l’époqueglamour, de la délicatesse des femmeségyptiennes des années 1940, 50 et60, des femmes comme celles qu’onvoyait au cinéma égyptien, commeSamia Gamal, son idole, la chanteuseSabah ou la comédienne MariamFakhreddine. Sahar Rami trouvaitque ces dernières ressemblaient pourbeaucoup à ses tantes ou à sa propremère.

« Aujourd’hui, les circonstancespoussent les comédiens à seridiculiser pour plaire au public.Touchons du bois, des comédiensde films commerciaux, commeMohamad Saad et MohamadRamadan, essayent de changer deregistre et d’entamer des expériencesplus sérieuses, comme avec le filmAl-Kenz (le trésor) », résume SaharRami, qui affirme que le cinémaégyptien détient toujours une placeparticulière dans les mémoires arabeset que rien n’est perdu pour de bon.Il peut toujours renouer avec sontemps plus glamour, untemps auquel sembleappartenir Sahar Ramiqui maintient sa ligneet sa beauté. Et ce, ensuivant tous les joursun programme sportiftrès strict : Yoga,Zomba, aérobics ...Elle n’a jamais penséentraîner les jeunesfilles à faire du ballet,en dépit de l’admirationqu’elle porte pour lesinstitutrices de danseclassique. « Il faut avoir beaucoupde talent pour bien enseigner,coacher et guider. Je porte unimmense respect pour celles et ceuxqui arrivent à exercer ce métier »,avoue Sahar Rami qui poursuit sonparcours, en silence, sans trop dechahut, suivant de près la démarchede ses deux fils : Salem et Youssef.Malgré son pessimisme affiché, unelueur d’espoir éclaire son visage enévoquant les noms de ces derniers.Ils sont les fruits de son amouréternel pour Hussein Al-Imam, quidurera des années après sa mort.

Jalons

1978 : Prima donna du ballet du Caire, elle joue le premier rôle dans de
nombreux ballets, comme Le Lac des cygnes et Giselle.
1979 : Ballerine en Iran au moment de la révolution.
1980 : Première publicité pour une marque de tapis et de moquette.
1983 : Joue le premier rôle féminin dans les devinettes du Ramadan
avec Samir Ghanem.
1992 : Sortie de son film Kabouria (crabes), avec Ahmad Zaki et Hussein
Al-Imam.
2018 : Tournage du feuilleton Karma, de Essam Al-Chammaa.


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