Semaine du 6 au 12 décembre 2017 - Numéro 1203
Qui a accepté de reloger les Palestiniens ?
Mohamed Salmawy06-12-2017
 
 

Le moment choisi pour annoncer quel’Egypte avait accepté, en 1983, derenoncer à une partie du Sinaï pourl’établissement d’un Etat palestinien,comme alternative aux Territoires palestiniensspoliés par Israël est certainement absurde. Cetteannonce, quelle que soit sa véracité, intervient à unmoment où les tensions au Sinaï connaissent uneescalade sans précédent, notamment avec le récentattentat terroriste, fomenté de l’étranger, et qui acausé la mort de plus de 300 citoyens égyptiensqui faisaient la prière du vendredi à la mosquéedu village Al-Roda. Cette annonce intervientégalement à l’heure où les Etats-Unis s’apprêtentà proposer un nouveau projet de règlement à lacause palestinienne qui n’a pas encore été rendupublic. Quel est donc l’objectif derrière toutesces manigances ? S’agit-il de légitimer un projetvieux de 30 ans tout en laissant insinuer qu’ilpourrait véhiculer une solution idéale pour mettreun terme aux secousses interminables au Sinaï ?L’ancien président Moubarak est sorti de sonmutisme et il a publié un communiqué niant toutesces allégations publiées par la BBC. Moubarak aréitéré que l’Egypte n’avait jamais approuvéune telle solution et qu’il n’avait même jamaisaccepté d’en discuter. Quant à la BBC, ses sourcesseraient des documents secrets britanniques quine devaient pas être rendues publiques avant undélai de 30 ans de leur date d’origine, et ce, envertu de la loi britannique. Leur publication doncen ce moment précis est justifiée. A vrai dire, legouvernement britannique n’a pas dévoilé cesdocuments, mais a seulement levé l’interdiction,ce qui signifie que leur consultation est devenuepossible. La question est donc : qui est derrièreleur transmission à la BBC ? Ou est-ce la BBCqui a tenu à les consulter et, dans ce cas, qui l’ainformée de leur existence ?

En se référant au document tel que publié parla BBC, il s’avère que ce sont des notes prises aucours d’une rencontre entre l’ancienne premierministre britannique, Margaret Thatcher, etl’ancien président, Hosni Moubarak, au coursd’une visite éclair à Londres qu’il avait effectuéesuite à une visite aux Etats-Unis en février 1983.Selon le document en anglais, il a été demandéau président Moubarak si l’Egypte était disposéeà accueillir des Palestiniens réfugiés au Liban. Ilavait répondu que ceci devrait s’inscrire dans lecadre d’un règlement global. A noter d’ailleursque la date de la rencontre était après l’agressionisraélienne sur les camps palestiniens au Liban.Ainsi, l’expression « accepter les Palestiniensen Egypte », citée dans le document, ne signifiepas leur établir un Etat sur le sol du Sinaïcomme alternative au leur colonisé par Israël. Lasignification correcte se réfère au côté humainloin de toute connotation politique. Il s’agissaitdonc d’accueillir des réfugiés et non pas de lesreloger suivant un règlement, selon les termes duprésident Moubarak.

Le document arabe publié par la BBC dit que leprésident Moubarak avait accepté le rapatriementdes Palestiniens, expression qui n’avait pas figurédans le texte en anglais. Ainsi, le communiquéde l’ancien président Moubarak est bien plusvéridique que les affirmations de la BBC, qui avaiten outre déclaré avoir obtenu les droits exclusifsde publier les documents officiels de l’Etat.En tout cas, nous sommes devant des proposverbaux rapportés au cours d’une rencontre avecThatcher, alors qu’il n’y a aucun document officielégyptien affirmant que l’Egypte est prête à relogerles Palestiniens en Egypte, voire à leur créer unEtat au Sinaï.Lesdites « révélations » de la BBC interviennentégalement 100 ans après la Déclaration balfour,un document officiel approuvé par le premierministre britannique et non pas de simples proposverbaux rapportés par Lord Balfour et le BaronRothschild.Ajoutons à cela 2 points essentiels : « Le Sinaï »n’a guère été évoqué dans le contexte de larencontre. Partant, le concept de l’Etat palestinien,tel qu’insinué par la BBC, n’y figurait pas. Maisla proposition était d’accepter d’accueillir desPalestiniens qui avaient été obligés de quitter leLiban à cause de l’agression israélienne. Ensuite,le document parle « des Palestiniens » et non pas« les Palestiniens ». C’est-à-dire une partie desPalestiniens et non pas tous.

C’est seulement en 2012, sous le régime desFrères musulmans, que l’Egypte avait accepté ceplan tant voulu par Israël d’annexer les Territoirespalestiniens occupés officiellement à l’Etat hébreuet l’établissement d’un Etat palestinien sur lesol du Sinaï. A ce moment, des informationscirculaient sur un accord de retrancher une partiedu Sinaï à proximité de Gaza pour mettre en placeun Etat palestinien démilitarisé. En contrepartie,l’Egypte devrait recevoir une superficieéquivalente dans le désert d’Al-Naqab. Selon leditaccord, Israël devrait annexer pour de bon lesTerritoires palestiniens occupés en Cisjordanie età Jérusalem. A l’époque, le président MahmoudAbbas s’était hâté de se rendre au Caire et derencontrer le président Mohamad Morsi et m’ainformé personnellement qu’il avait essayé envain de mettre un terme à ce projet louche qui feral’objet de refus de tout Palestinien. Mais Morsil’avait choqué en lui disant que les Palestiniens àGaza, à savoir le Hamas, l’avaient approuvé.Mais le régime des Frères a chuté, anéantissantpour de bon leur projet que d’aucuns veulentressusciter en falsifiant les réalités. Il est dignede noter que ce projet était plus tard approuvépar un président dont la destitution avait ennuyéles instigateurs pendant quelque temps. C’est cemême président qui avait convaincu le bras armédes Frères musulmans, à savoir le Hamas, de lavalidité d’une telle proposition l



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