Semaine du 6 au 12 décembre 2017 - Numéro 1203
Pyongyang provoque encore
  Considérécomme le plus puissant avec une altitude inédite,le récent tir nord-coréen a irritéla communautéinternationale qui reste divisée sur la politique àsuivre avec Pyongyang.
Pyongyang provoque encore
Selon Kim Jong-Un, la Corée du Nord est devenue un Etat nucléaire à part entière après la tir du missile Hwasong 15. (Photo:AP)
Maha Al-Cherbini avec agences06-12-2017

En dépit d’un déluge desanctions et de pressionsinternationales, la Coréedu Nord semble bel etbien décidée à continuer sur la voiedu nucléaire. Juste une semaineaprès la décision de Washingtonde réinscrire la Corée du Nord surla liste des « Etats soutenant leterrorisme », Pyongyang a lancéle 29 novembre un nouveau tir demissile intercontinental (ICBM)« le Hwasong-15 », susceptible detransporter une ogive lourde extralargecapable de frapper la totalitédu territoire continental américain.Selon les experts, la trajectoire dece missile montre qu’il s’agit dumissile « le plus puissant » jamaistiré par Pyongyang avec une portéeestimée à 13 000 kilomètres.Avec le test de ce nouveau typede missile intercontinental, laCorée du Nord a atteint, selon sondirigeant Kim Jong-Un, son butpoursuivi de longue date : devenirun Etat nucléaire à part entière.Samedi, la Corée du Nord a célébréen grande pompe son dernier tirde missile avec des feux d’artificeet des chorégraphies sur les placespubliques. « Nous avons finalementréalisé notre grande causehistorique, l’achèvement d’uneforce nucléaire d’Etat, la mise aupoint d’une puissance balistique »,a déclaré avec fierté Kim Jong-Un.Ce dernier a constitué un chocpour la communauté internationalepour plusieurs raisons. D’abordparce qu’il est le premier depuis le15 septembre : l’absence d’essaipendant deux mois et demi a nourriles espoirs que la Corée du Nord aitobservé une pause dans l’objectifd’ouvrir la porte à une solutionnégociée à la crise sous le poids de 8trains de sanctions de l’Onu. Ensuiteet surtout à cause de sa portée.

« C’est sans doute une grandeavancée dans le programmenucléaire nord-coréen. KimJong-Un a toujours répété queses armements nucléaires étaientnon négociables et qu’il nes’adresserait aux Etats-Unis qued’égal à égal. Avec ce récent tir,Kim Jong-Un prouve une fois deplus à Donald Trump que l’armedes sanctions resterait sanslendemain avec lui. Le régimenord-coréen ne renoncera jamaisà l’arme atomique qu’il considèrecomme son assurance-vie car ledéveloppement de cet armementprotègera la Corée du Nord de lapolitique de chantage et de menaceaméricaine », explique Dr HichamMourad, professeur de sciencespolitiques à l’Université du Caire.Hésitations internationalesJuste après le tir nord-coréen, leConseil de sécurité de l’Onu s’estréuni en urgence pour discuter desnouvelles pressions internationalescontre Pyongyang. Or, la réunions’est terminée sans résultat tangibleà cause de la division des paysoccidentaux quant à la politiqueà suivre avec ce nouveau cassetêtenucléaire. Alors que les unsappellent à plus de pressions, lesautres optent pour le dialogue.Côté américain, les réactions sontdiverses : Donald Trump a appelé àde nouvelles sanctions pour isolerencore plus la Corée du Nord, alorsque l’ambassadrice des Etats-Unisà l’Onu, Nikki Haley, a de plusmenacé de « détruire complètementle pays reclus en cas de guerre » etque le secrétaire d’Etat américain,Rex Tillerson, tempérant ces proposagressifs, a affirmé que les « optionsdiplomatiques » restent « sur latable ».

La France a elle aussi paruhésitante quant à la politique àsuivre avec Pyongyang. Le présidentfrançais, Emmanuel Macron, aappelé à plus de pressions et desanctions, alors que la ministrefrançaise de la Défense, FlorenceParly, a appelé Pyongyang àune issue « diplomatique » et à« un dialogue crédible avec lacommunauté internationale ».Même tergiversation affichée parl’Allemagne qui a réduit sa présencediplomatique en Corée du Nord etva continuer à le faire pour renforcerla « pression » contre le programmenucléaire nord-coréen. Une attitudequi ne va pas de pair avec lespropos conciliants de la chancelièreallemande, Angela Merkel, qui avaitappelé en septembre à un dialogueà l’iranienne avec Pyongyang.« Toutes ces tergiversationsoccidentales visent à laissertoutes les portes entrouvertes avecPyongyang. L’Occident veut fairepression sur ce pays, tout en laissantouverte la porte du dialogue, surtoutque Kim Jong-Un est un leaderjusqu’au-boutiste qui pourraitembraser la planète en cas de frappemilitaire contre son pays. La planètefait face à un grave casse-têtenucléaire après celui de l’Iran »,analyse Dr Mourad.

Parallèlement, c’est sur la Chine,principal soutien économique de laCorée du Nord et son quasi-uniquefournisseur de pétrole, que reposenttous les espoirs. Washington a ainsirenouvelé ses pressions sur la Chineafin qu’elle coupe ses livraisonsde pétrole à la Corée du Nord.« Je pense que les Chinois fontdéjà beaucoup, mais nous pensonsaussi qu’ils peuvent faire plus avecle pétrole. Nous leur demandonsvraiment de couper davantage leslivraisons de pétrole », a déclaréRex Tillerson. Pourtant, cet appelaméricain a été ignoré par Pékin quireste réticent à un embargo pétrolierintégral susceptible de provoquerl’effondrement de son voisin, unafflux de réfugiés en Chine, voireune intervention militaire américaineà sa frontière.Selon les experts, la priorité duprésident chinois, Xi Jinping, est,pour l’heure, d’éviter le chaos àses frontières. Déjà, le lien entrePyongyang et Pékin est trèsdétérioré : une interruption desapprovisionnements pétroliers« serait la goutte qui ferait déborderle vase » entre les deux pays. « Eneffet, Pékin est entre le marteau etl’enclume. Il ne peut pas admettreque son voisin communiste possèdel’arme nucléaire, mais il ne peutpas le priver de son soutien pourne pas provoquer un chaos et unecrise humanitaire à ses frontières.De plus, permettre l’effondrementde la Corée du Nord ouvrirait lavoie à une éventuelle réunificationde la péninsule sous dominationaméricaine, ce que Pékinn’accepterait jamais », analyse lepolitologue.

Outre l’appui chinois, Pyongyangjouit du soutien d’une autresuperpuissance de poids : la Russie.Cette dernière a paru ferme cettesemaine, rejetant toute nouvellesanction contre Pyongyang. « Nousavons souligné que la pression dessanctions est épuisée et qu’il fautentamer un processus politique afinde reprendre les négociations »,a déclaré le ministre des Affairesétrangères, Sergueï Lavrov. « Si lesEtats-Unis abandonnent l’accordnucléaire iranien, ce ne sera pastrès crédible aux yeux de ceuxqui souhaitent renoncer à leursprogrammes nucléaires, comme laCorée du Nord », a-t-il renchéri.Tant que la Corée du Nord trouvesoutien chez deux superpuissancesde poids comme la Russie et laChine, elle ne va pas facilementfaire machine arrière en matièrenucléaire. « L’unique solutionà la crise nord-coréenne seraitd’ouvrir un processus de dialogueà l’iranienne le plus vite possibleavant que la situation ne dégénère »,estime Dr Mourad .




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