Semaine du 29 novembre au 5 décembre 2017 - Numéro 1202
Rire de la vie
  Dans la paix issue de la réconciliation entre les générations, Ayman Salah Taher présente un monde où la légèreté et l’humour ont leur mot à dire.
Des personnages obéissant peu aux lois de la gravité terrestre.
Dans ce vestige de sentiments, la femme est toujours présente avec l’homme.
Soheir Fahmi29-11-2017

« Dans le passé, j’avais besoin de medémarquer de mon père, mais maintenant,je le recherche à travers ma peinture ».Ayman Salah Taher a dépassé le stade devouloir absolument faire ses preuves entant que peintre et être différent de sonpère, le grand peintre incontournable,Salah Taher. Un sentiment de plénitude etde continuité le lie à ses racines. « En effet,mon père m’a initié à la peinture, je vivaispresque dans son atelier », avoue-t-il avecfierté. D’ailleurs, si dans sa dernière expositionintitulée L’Autre, tenue il y a unesemaine environ à la galerie de l’Opéra,nous avons perçu le prolongement, c’estparce que la réconciliation s’est faite etqu’il est clair qu’Ayman Salah Taher a misla main sur ce qui caractérise son art à lui.Dans le silence, sans trop de chahut, AymanSalah Taher poursuit sa quête personnellesur les chemins de l’art. Après avoir, durantdes années, pratiqué la plongée sousmarineet la photographie du monde sousmarin,le peintre est atteint de saturation etse tourne vers l’art pictural. Toutefois, lescréatures maritimes, et surtout les poissons,ne sont pas très loin de ses peintures. Nouspercevons, ça et là, des poissons qui sefaufilent dans ses planches. Mais c’est cetautre énigmatique et omniprésent quipeuple ses peintures. La femme est toujoursprésente, évasive et profondémentenracinée. Ayman Salah Taher est envoûtépar cette créature omniprésente qu’est lafemme. Dans un duel sanglant, violent ouextrêmement aérien, elle s’évapore dansdes strates de couleurs et de formes, où lacouleur grise ou blanche se meut dans descercles à l’infini. Toute en sensualité, ellese fond dans l’autre, pour le meilleur et lepire. D’ailleurs, Ayman Salah Taher avecun sourire narquois décrète : « La femmen’est-elle pas le complément naturel de nosvies ? ». Dans des enlacements violents ouextrêmement idylliques, elle reste présente.Et les couleurs en témoignent. Dans durouge foncé, du brique ou du noir et surtoutdu blanc, la panoplie des couleurs estgrande et tous les états d’âme se pressent.Ayman Salah Taher semble maître de sesoutils et de son identité. Persévérant etpaisible, à son habitude, il poursuit sonchemin dans l’art. La peinture lui permet,contre vents et marées, de surmonter lesproblèmes quotidiens et de trouver sonéquilibre.

Relativiser le monde

On le sent en rupture avec des momentsanciens, sans toutefois les rejeter. La boxe,qui était son violon d’Ingres, ou encore laplongée sous-marine et la quête des tréfondsdes mers restent présents, mais ilssont des strates d’une histoire qui se complète.Est-ce pour cette raison que sesformes, dans leur légèreté, se meuvent versdes hauteurs qui semblent décrocher le ciel.Il est assis, calme et serein, dans la quiétuded’un homme qui, sans oublier lesproblèmes du quotidien, et ils sont nombreux,sait relativiser le monde des hommeset percer les profondeurs des âmes. Il sait,pertinemment bien, la valeur de l’autre,quels que soient les conflits. Mère, épouseou amante, la femme est présente avecl’homme dans ce vertige des sentiments etde sens, et ce, jusqu’à l’éternité.Dans cette rupture qui caractérise sonnouveau monde, il y a un renouveau quipointe et nous fait un clin d’oeil. C’est l’humourqui est omniprésent. Les formessourient, grimacent ou se tortillent avechumour et légèreté. Comme Ayman SalahTaher n’a plus besoin de se prouver ou dese battre contre des fantômes inconscients,il se laisse aller à cette sagesse souriante.Pourquoi ne pas rire de la vie ? D’ailleurs,cette réconciliation se fait à tous lesniveaux. Il le dit lui-même : « Il y avait desplanches que j’avais peintes il y a plus dedeux ans, et que j’avais écartées, je les airegardées d’un autre regard, et je les airetravaillées. Elles ont fait partie de matoute dernière exposition ».

Son père qui continue à « l’habiter »,comme il le souligne avec simplicité, estdevenu une source d’harmonie dans sa vie.Il recherche de plus en plus ce prolongementsi attendu avec le grand Salah Taherpour refermer une boucle qui prolonge lacontinuité des générations. Un acte nécessairepour avancer au lieu de se battrecontre ses démons intérieurs. Ainsi, la légèretéet l’humour peuvent prendre place.




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