Semaine du 29 novembre au 5 décembre 2017 - Numéro 1202
Cinéma versus terrorisme
  La 39e édition du Festival du film du Caire poursuit ses activités et ses projections jusqu’au 30 novembre, avec pour slogan « Cinéma contre terrorisme ». Films et tables rondes abordent le rôle du 7e art face au fanatisme.
Cinéma versus terrorisme
Yasser Moheb29-11-2017

La direction du Festivalinternational du filmdu Caire a décidé demaintenir les activitésde sa 39e édition jusqu’au 30novembre, comme un « acte derésistance contre le terrorismeet le fanatisme », après l’attaquemeurtrière qui a ciblé la mosquéed’Al-Rawda au nord du Sinaï.Et ce, malgré les trois jours dedeuil national et l’aggravation desmesures sécuritaires. « En dépit dela tristesse et de l’émotion ressentiespar les organisateurs, nous avonsopté pour cette option, comme pouraffirmer que nous continuerons àvivre, contre vents et marées. Nousne voudrions pas qu’un si grandévénement cinématographique pourLe Caire soit annulé. Ceci auraitété une victoire pour tous ceux quiveulent affecter notre mode de vie »,a souligné la direction du festival,dans un communiqué de presse.Cette décision a divisé les rangsdes cinéastes et des festivaliers :d’aucuns ne pouvaient continuercomme si de rien n’était et d’autrestrouvaient dans les thèmes abordéspar certains films la meilleureréponse à ce genre d’acte fanatiqueet violent.

Parmi ces films qui ont captél’attention de par leur acuité a été ledocumentaire Sea Sorrow (la douleurde la mer) de Vanessa Redgrave.Cette fameuse actrice britanniquede légende — fêtant cette annéeses 80 ans — est passée pour lapremière fois derrière la camérapour réaliser ce documentaire surles migrants, lançant un appel desolidarité avec eux et dénonçant unedéshumanisation sous la pressiondes pouvoirs nationalistes.

Sea Sorrow — dont le titre estemprunté à une réplique de LaTempête, de Shakespeare — et quia été encensé tant par la critiqueque par les cinéphiles lors de saprojection en séance spéciale àCannes, a été tourné en Italie,en Grèce, à Calais et à Londres,retraçant le trajet des réfugiés quicherchent à obtenir le droit d’asileen Europe.

Anxieusement, l’oeuvre rappelleun monde oublieux du meilleur dece que nous pouvons être, mais àl’écoute du pire. Ainsi, dénoncentVanessa Redgrave et son camaradeLord Dubs la destruction de lajungle de Calais, qui a été menéeavec une violence inutile. Unedémonstration de force uniquementdestinée à flatter le Front national,puissant dans les Hauts-de-France.Dans leurs souvenirs, VanessaRedgrave et Dubs ont retrouvé deuxenfants réfugiés déplacés. Au débutde la Seconde Guerre mondiale, lui,il a été évacué de Prague dans lestrains au départ pour la Grande-Bretagne, tandis qu’elle, elle a dûquitter Londres et trouver refugeà la campagne pour échapper auxbombes allemandes. Une mémoiredont le film tire des leçons utiles,prouvant d’abord que les criseshumanitaires sont une histoireéternelle, et que la vérité sort le plussouvent de la bouche des enfants.Comme la cinéaste l’était autrefoisen réalité, devant sa caméra, unegamine d’aujourd’hui dit la mêmechose : elle veut aider les réfugiés.Si la voix de Redgrave est devenuefaible et sa force limitée, son regardreste toujours aussi intense, etsa capacité de dévoiler les mauxhumains toujours extraordinaire.

Souffrance syrienne
A côté des traditionnelles grossesproductions occidentales dévoiléesen compétition officielle du festival,certaines productions asiatiques,notamment arabes, prêtent un aircosmopolite aux thématiques desoeuvres sélectionnées pour lessections de cette 39e édition dufestival.

Soulignons, à titre d’exemple, lefilm syrien Tariq Al-Nahl (la routedes abeilles) de Abdel-Latif Abdel-Hamid, qui a ouvert le programmede la section Horizons du cinémaarabe. Basée essentiellement surl’histoire d’une famille de déplacéssyriens, cette comédie romantiquejette la lumière sur le sort humain etsentimental des réfugiés lors de lapériode de l’après-guerre.

A peine une semaine après sa sortieà Damas, La Route des Abeillesvient d’être projeté au 39e Festivalinternational du film du Caire, pour lapremière fois en dehors de la Syrie.Même si cette comédie romantiquesort du lot et du stéréotype ducinéma syrien de ces six dernièresannées — qui s’est concentré surles drames de ce pays, à travers lesimages de violence de tristesse etde misère —, elle reste fidèle auxendurances des citoyens syriens.Dans ce film, certains sont desréfugiés, d’autres des sans-papiers etd’autres encore tentent de chercherrefuge ailleurs, en Occident. Leréalisateur Abdel-Latif Abdel-Hamidy a concentré tous ces sujets dansun tout assez simpliste, comique etromantique.

Il s’agit de l’histoire deRamzi — joué par Yamen Hgele,un jeune aide-soignant qui loueune chambre dans une maisondamascène. Le matin, son regardtombe sur une belle jeune fille,Leïla — Gina Anid — qui vit dans lamême maison avec son frère, aprèsla mort de leurs parents lors d’unbombardement. Le coup de foudre aeu lieu entre ces deux jeunes coeurs,surtout en écoutant un extrait de lacélèbre chanson de Faïrouz, TariqAl-Nahl, qui donne son titre au film.« Plusieurs fois, nous sommes restés,toi et moi, au bord de la plaine etsur la ligne du ciel bleu, qui est laroute des abeilles », dit la chanson.Toutefois, on suit tout au long dufilm un déchirement d’amour etd’estime entre l’héroïne et troispersonnes, dont chacun garde uncertain privilège auprès de cette bellefille. Du politique, de la romance etdu drame sont donc au menu de cetteoeuvre au goût et aux techniquespropres aux téléfilms.

Les pluies controversées de Homs
Toujours sur cette même note dela douleur syrienne, sous le joug descombats et de l’instabilité, intervientla projection du drame syrien MatarHoms (la pluie de Homs), réalisé parJoud Saïd.Tout au contraire du style indirectde Abdel-Latif Abdel-Hamid dansla présentation des problèmespolitiques syriens en arrière-fond,Joud Saïd les attaque directementdans son film, produit en 2014. Celuicirelate l’histoire d’un homme, sonneveu, une femme et sa jeune soeur,qui viennent de camps politiquesdifférents. Tous se trouvent coincésdans la ville détruite de Homs pendantles combats de 2014. Ils luttent alorssous les feux des antagonistes, touten s’abritant derrière leur amournaissant contre la mort.Interprété par Mohamad Al-Ahmad, Lama Hakim, HusseinAbbas, Bachar Ismaïl et KaramChaarani, ce long métrage a soulevétant de controverses à sa projection, ily a quelques semaines, dans le cadredes Journées cinématographiquesde Carthage. Il a laissé le public etles critiques partagés, entre ceuxqui le trouvent pro régime syrien etceux qui le considèrent comme uneprésentation réaliste de ce qui s’estpassé à cette époque dans la villeruinée de Homs.

En fait, le débat cinématographiqueintéressant et houleux autour du filmest assez représentatif de la diversitéaffichée par le festival et que l’onpeut facilement détecter tout au longde la programmation.




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