Semaine du 29 novembre au 5 décembre 2017 - Numéro 1202
Corée du Nord : Washington multiplie les pressions
  Décidés à stopper les activités nucléaires nord-coréennes, les Etats-Unis accentuent les pressions sur le régime de Pyongyang et son allié chinois.
Corée du Nord : Washington multiplie les pressions
Malgré les pressions américaines, le régime nord-coréen semble décidé à développer son arsenal nucléaire. (Photo:Reuters)
Maha Al-Cherbini avec agences29-11-2017

Bien que la politique du bâton ne semble pas avoir eu d’impact sur la Corée du Nord, décidée à poursuivre ses expériences nucléaires, l’Administration américaine continue à faire pression sur le régime de Pyongyang. Deux semaines après sa tournée en Asie visant à accentuer la pression internationale sur la Corée du Nord, le président américain, Donald Trump, a réinscrit cette semaine le régime de Pyongyang sur la liste noire américaine des Etats soutenant le terrorisme. Pyongyang avait déjà figuré sur cette liste de 1988 à 2008 pour son implication présumée dans l’attentat à la bombe contre un avion sud-coréen qui avait fait 115 morts en 1987. Selon le secrétaire d’Etat américain, Rex Tillerson, il s’agit d’une mesure « symbolique » qui vise à faire comprendre au régime de Kim Jong-Un que « la situation va s’empirer s’il refuse de négocier ». Selon les experts, les Etats-Unis espèrent qu’une fois totalement isolé, soumis à un blocus économique draconien et sous la menace de l’option militaire brandie par le président américain, le leader nord-coréen, Kim Jong-Un, finira par accepter des négociations sur son programme nucléaire.

Dans le cadre des pressions, les Etats-Unis ont affirmé samedi qu’ils vont envoyer des avions de chasse furtifs F-22 Raptor en Corée du Sud pour participer à des manoeuvres conjointes avec l’armée sud-coréenne, appelées « Vigilant Ace » qui débuteront le 4 décembre. Il y a quelques semaines, d’autres manoeuvres ont, pour la première fois depuis dix ans, mobilisé trois porte-avions américains, en plus de sept navires sud-coréens, dont trois destroyers. Outre les manoeuvres, Washington a imposé vendredi de nouvelles sanctions économiques visant des entreprises nord-coréennes.

Se rangeant aux côtés des Etats-Unis, le ministre français des Affaires étrangères, Jean-Yves Le Drian, a affirmé samedi que seules les sanctions peuvent forcer la Corée du Nord à négocier, jugeant que la proposition de Pékin d’une suspension simultanée des essais nucléaires de Pyongyang et des exercices militaires américano-sud-coréens n’est « pas la bonne approche ». Il s’agit là d’un « point de désaccord » entre la France et la Chine même si les deux pays ont voté ensemble au Conseil de sécurité de l’Onu les résolutions renforçant les sanctions contre le régime de Kim Jong-Un. « Toutes ces pressions seraient sans lendemain avec Pyongyang. Déjà, sept trains de sanctions du Conseil de sécurité n’ont pas amené Pyongyang à renoncer à son programme nucléaire. Pour ce régime qui n’arrive pas à nourrir son peuple, le nucléaire est un outil de chantage et un moyen de se protéger contre toute agression américaine », explique Dr Hicham Mourad, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire.

La Corée du Nord a qualifié de « grave provocation » sa désignation par Washington comme un « Etat soutien du terrorisme », affirmant que les sanctions ne la forceraient jamais à renoncer à son programme d’armes nucléaires. « Notre armée et notre peuple sont emplis de rage et de colère envers les gangsters haineux qui ont osé mettre le nom de notre pays sacré sur cette misérable liste de terrorisme. Tant que les Etats-Unis poursuivront leur politique hostile anti-nord-coréenne, notre dissuasion en sera d’autant plus renforcée », a déclaré un porte-parole du ministère des Affaires étrangères cité par l’agence officielle KCNA.

Pyongyang ne manque pas d’alliés
Dans sa guerre contre les Etats-Unis, Pyongyang ne manque pas d’alliés. Outre Pékin et Moscou, deux principaux soutiens de Pyongyang, la Corée du Nord et Cuba ont formé cette semaine un front commun face aux Etats-Unis. En effet, les relations entre Washington et Cuba, rétablies en 2015 après un demi-siècle de rupture, sont très délicates depuis la prise de fonctions de Trump. Cet été, la tension s’est accrue entre les deux pays en raison de la mystérieuse affaire des « attaques acoustiques » qui ont affecté la santé de 24 diplomates américains à La Havane. Washington, qui blâme Cuba pour ne pas avoir su assurer leur sécurité, a drastiquement réduit son personnel sur l’île et a expulsé une partie du personnel diplomatique cubain aux Etats-Unis.

A l’occasion d’une visite cette semaine sur l’île du chef de la diplomatie nord-coréenne, Ri Yong Ho, Cuba a apporté un ferme soutien à son allié nord-coréen, affirmant qu’une solution à la crise nord-coréenne ne se ferait qu’à travers le « dialogue et la négociation ». Même position pour Moscou dont le ministre des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, a accusé vendredi les Etats-Unis de « provoquer » la Corée du Nord. « Il est très préoccupant que pendant ces deux derniers mois, la Corée du Nord n’a pas effectué d’essais ou de tirs de missiles, mais Washington a semblé ne pas en être satisfait et aspirait à faire quelque chose pour irriter ou provoquer Pyongyang », a dit M. Lavrov alors que la porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a accusé les Etats-Unis de pousser la Corée du Nord vers « une catastrophe ».

Pressions américaines sur Pékin
Outre les pressions américaines sur le régime nord-coréen, Donald Trump fait pression sur la Chine, principal soutien de Pyongyang, deux semaines à peine après son retour de ce pays où il s’était rendu dans le cadre de sa visite asiatique. Lors de cette visite, Donald Trump avait exhorté son homologue chinois, Xi Jinping, à durcir sa position vis-à-vis de son voisin communiste.

Accusant Pékin de « mollesse » vis-à-vis de son voisin communiste, le président américain a adopté cette semaine de nouvelles sanctions contre quatre sociétés d’import-export chinoises qui font du commerce avec la Corée du Nord, a annoncé le secrétaire au Trésor américain, Steve Mnuchin. Les Etats-Unis avaient déjà adopté au printemps des sanctions visant des entités chinoises, notamment des importateurs de charbon ou de minerais, mais aussi une banque, Bank of Dandong, désormais privée d’accès au système financier américain. Au total, un ressortissant chinois, treize sociétés et entités ainsi que vingt navires sont frappés par ces mesures américaines. Des données publiées vendredi montrent que le commerce entre la Chine et la Corée du Nord est tombé à son plus bas niveau depuis février, les importations chinoises n’ayant jamais été aussi faibles depuis des années. Conformément aux sanctions onusiennes qu’elle a approuvées, la Chine a interrompu ses achats de charbon, de minerais et de fruits de mer nord-coréens, avant d’imposer de surcroît des restrictions bancaires. Pour autant, hanté par la perspective d’un effondrement chaotique du régime nord-coréen ou d’un conflit à sa porte, le géant asiatique poursuit son soutien à Pyongyang, notamment via ses exportations pétrolières. « Pékin est dans une situation embarrassante. Il ne peut pas admettre que son voisin communiste possède l’arme nucléaire, mais il ne peut jamais le priver de son soutien, car il va sans doute s’effondrer. Cet éventuel effondrement aurait de lourdes conséquences sur la péninsule coréenne et sur la Chine elle-même, notamment une crise humanitaire et un exode massif des Nord-coréens vers la Chine. De plus, permettre l’effondrement de la Corée du Nord ouvrirait la voie à une éventuelle réunification de la péninsule sous domination américaine, ce que Pékin n’accepterait jamais », conclut Dr Mourad .




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